Tony Nobody :Tous les pays ont besoin du rap

Le producteur et rappeur revient sur les difficiles conditions de promotion de ce style de musique au Cameroun.

 

Comment se porte le rap engagé au Cameroun ?

On ne parle plus vraiment d’engagement dans un paysage noyé par le capitalisme et l’intérêt des réseaux, des groupes, des lobbies. Le Cameroun est un pays où les gens n’osent pas autant dans le rap comme dans d’autres styles de musique. Le rap est devenu beaucoup plus festif et commercial. Il faut cependant relever que ce n’est pas le rap qui a changé, mais le milieu qui impose le changement au rap.

En tant que producteur, peut-on dire que les jeunes s’illustrent encore dans ce style ?

Oui, énormément. J’écoute beaucoup la musique des jeunes qui viennent avec des titres vraiment engagés. J’en écoute tous les jours. Mais, vous ne les écouterez presque nulle part par manque de soutien. Ils ne sortent pas, on les écoute juste. J’aime souvent dire, lorsque j’écoute ces textes engagés, qu’il y a énormément de disque d’or dans les disques durs, pour dire qu’il y a beaucoup de chansons de qualité, mais qui ne quitteront jamais les disques durs des ordinateurs pour être servis au public.

Le rap engagé a-t-il encore sa place au Cameroun ?

Oui, d’autant plus que notre pays traverse une crise sociale effroyable. Trop de tricheries, rien n’est à sa place. Tous les pays ont besoin du rap engagé. Le Cameroun ne va pas déroger à la règle. Le fait est que l’heure est à la facilité, au capitalisme. Les gens veulent avoir de l’argent rapidement. Par conséquent, ils produisent ce qui fait danser. Il y a beaucoup plus de textes d’ambiance aujourd’hui.

Que pourrait-t-on faire pour vulgariser le rap engagé au Cameroun ?

Des courageux, des martyrs, des hommes prêts à mourir de famine, car personne ne viendra faire quoi que ce soit. Mais, ce sacrifice aura un résultat même dans l’autre vie. Car, en ce moment, je produis l’artiste Oxb, un jeune camerounais de Bamenda qui parle de 2035 et de ce que nous risquons de rater, si nous ne mettons pas la vertu en premier dans nos vies. Des compatriotes comme lui sont nombreux. Tous parlent de vertu avec vertu, car le rap engagé ne veut pas dire insulter les politiciens.