Théâtre: Mon tyran bien-aimé

Le comédien Wakeu Fogaing a donné un « point de presse » vendredi à Bafoussam.

Ils étaient une belle brochette de journalistes, membres de la Cameroon Art Critics (Camac), venus de Yaoundé et Douala pour un atelier de trois jours au centre d’arts visuels Bandjoun Station, présents au « point de presse » de Wakeu Fogaing ce 4 décembre 2015 à Bafoussam, dans les locaux de l’espace Tegang, propriété de la compagnie Feugham. Un « point de presse » particulier, puisque pièce de théâtre en réalité. Pour cette deuxième représentation de l’œuvre et pendant plus de vingt minutes, Wakeu Fogaing s’est une fois de plus glissé dans la peau de Monsieur n’importe qui – personnage créé par le comédien en 1999, changeant au gré des inspirations et des intrigues – pour cette fois incarner un dictateur.

Il était question pour Wakeu Fogaing, dont l’engagement est toujours aussi présent dans les textes, de lire l’histoire du point de vue du tyran et non pas, comme c’est le cas d’habitude, de la perspective de l’opprimé ou de son défenseur. Dans un décor spartiate, une chaise en rotin, le dictateur, l’expression grave, se lance dans une diatribe entre autoglorification messianique et discours martial. L’orateur manie les mots, la carotte illusoire et le bâton clouté avec virtuosité. Lui, le « guide » se prenant pour Dieu et son peuple pour Job : « si j’ai fait sortir des chars et des obus pour vous éprouver… »

La posture elle, est toujours avec le torse droit et bombé, que le dictateur soit debout ou assis. Le siège, c’est le symbole de son pouvoir. Même quand il n’est pas installé dessus, politique de la chaise vide oblige, il la tient fermement de sa main gauche. Quand il s’assoit, il se vautre dans ses certitudes. « Ce siège dans lequel je me sens utile ».

Toujours dans le style engagé, une autre pièce prendra le relais du « point de presse », « Je n’aime pas l’Afrique », ode à la liberté et à la fin de l’asservissement, joué par Louis-Marie Noubissi Tchoupo, dit Armstrong, autre membre de Feugham. L’œuvre dramatique, inspirée de la vie et du poème éponyme de l’écrivain guadeloupéen Paul Niger, est enrichie par un patchwork d’autres textes d’auteurs camerounais comme Kouam Tawa (co-directeur de la compagnie Feugham avec Wakeu Fogaing), René Philombe, Patrice Kayo, et de créateurs d’ailleurs comme Léon-Gontran Damas, Charles Nokan… Avant que la soirée ne se clôture par des échanges. Parce que, la Camac, elle était bien là pour apprendre.