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Tensions sociopolitiques au Kamerun :Vers un génocide ou la revanche des opprimés?

Tensions sociopolitiques au Kamerun :Vers un génocide ou la revanche des opprimés?

Le récent rapport de l’organisme australien «Atrocity forecasting project», nous informant que le Kamerun se trouve dans la liste des pays où les risques de violences massives et ciblées (génocide) sont perceptibles, demeure pour nous des alertes. Ce rapport ne peut perturber que ceux d’entre nous qui se reprochent bien des choses envers le peuple kamerunais ou alors ceux qui voudraient travestir, pour des buts inavoués, les batailles des patriotes pour les lendemains meilleurs. Le problème du Kamerun n’est pas et ne sera jamais une question ethnique ou communautaire, malgré toutes les mauvaises sirènes. Notre problème est politique. Les masses populaires et les vrais patriotes demeureront sur le terrain politique et chercheront à utiliser tous les chemins possibles de combat pour nous libérer du pillage néocolonial et de la dictature socio politique des «seigneurs» locaux. Ainsi, le Kamerun profond qui souffre et gémit, celui des masses populaires conscientes et des vrais patriotes et non celui des barons et élites politiques (cards) du Rdpc et de la soi-disant opposition politique (celle de Biya) et de quelques diplômés érigés en intellectuels ou guides « guidars » de communautés et des ethnies, ce Kamerun-là ne saurait à jamais confondre ni ses combats ni ses ennemis, au-delà, de toutes les provocations et manœuvres de diversion des uns et des autres.

Malgré toutes les alertes contenues dans ce rapport, qui sont bien réelles au Kamerun, il serait de mauvaise foi de prétendre à un complot contre notre pays, et même bizarre lorsque cela est véhiculé par certaines voix dans l’opposition, tel Charles Ngah Nforgan du Manidem, qui soutient qu’ : « il s’agit dans tous les cas, d’un complot contre le Cameroun et nous les Camerounais, de l’opposition ou du parti au pouvoir, nous dénonçons cela.» (1). Heureusement, a recentré le débat notre consœur Pauline Poinsier-Manyinga : « A vrai dire, la théorie du complot est usitée. C’est un argument de faiblesse, le refus de se regarder en face. (…). Les Camerounais veulent du travail, se soigner, manger, élever leurs enfants, toucher un salaire convenable, la transparence dans la gestion des choses de la cité, de l’honnêteté et des capacités de la gouvernance, et une démocratie qui s’inspire profondément du politiquement correct. C’est tout. Contre de telles choses, il n’y a pas de complot ! Du moins pas au point de déboucher sur une guerre qui débouche elle-même sur un génocide. » (2).

A côté des « animateurs » de l’idée d’un complot visant à déstabiliser le Kamerun, se recrutent, malheureusement, certains compatriotes qui savent déjà ceux qui seront les victimes de ce « génocide ». Dans les rangs de ceux-là, se retrouvent des ethno fascistes habituels qui croient pertinemment qu’ils sont issus d’une race vraiment multi élue au Kamerun. A telle enseigne, que sans eux rien d’important ne peut se faire dans notre pays.

Néanmoins, il demeure vrai que lors de la guerre révolutionnaire de libération nationale, la noble Région Bamiléké a supporté très lourdement le fardeau du prix du sang imposé aux Nationalistes Kamerunais par la France et ses alliés autochtones et externes. Faudrait-il pour cela recevoir exclusivement, en terme régionaliste, une quelconque rente post indépendance ? Car, il est établi que lors de la guerre révolutionnaire de libération nationale dont le dernier théâtre des atroces opérations de répression militaires conjointes de l’Armée française et les supplétifs locaux (Armée anti patriotique d’Ahidjo), appuyés par les troupes militaires africaines de l’AEF et celles de l’AOF, qui ont finalement lieu dans l’Ouest-Kamerun ; il fallut, afin de venir à bout des maquis nationalistes, la corruption et la collusion de la bourgeoisie bamiléké avec le régime fantoche et néocolonial d’Ahidjo, sans oublier la Garde civique (Bamiléké) opérant pour le compte du pouvoir d’Ahidjo contre les maquis, dans les zones de combat dans l’Ouest-Kamerun. Et ce dégradant épisode de la lutte contre l’Alnk (Armée de libération nationale du Kamerun) est fort relaté par Jean François Bayard : « Le gouvernement, enfin, tentait d’appâter économiquement des Bamiléké. Paul Monthé, bamiléké, dirigeant du Parti socialiste camerounais, fut significativement élu à la présidence de la Chambre de commerce en décembre 1961. Sur les conseils de la Chambre d’agriculture, deux décrets de juillet et d’octobre 1961 accordèrent à l’Union des coopératives de café Arabica de l’Ouest (UCCAO) le monopole de l’usinage et de la commercialisation afin de relancer l’agriculture de la région. Et les autorités fermaient les yeux sur la contrebande à laquelle se livraient certains commerçants avec le Cameroun britannique puis, après la réunification, tolérèrent qu’ils s’enrichissent en profitant illicitement des droits de douane moins élevés de l’Etat fédéré anglophone pour des marchandises en réalité destinées au Cameroun oriental. Sur le terrain, le gouvernement essayait de réaliser une « révolution pacifique » pour désamorcer la rébellion. (..) Toutes ces mesures aidèrent certainement les populations à se désolidariser des maquisards et accélérèrent le processus de fusion de l’aristocratie ancienne et les notables modernes» (3).Voilà, l’autre aspect de la construction historique du dynamisme économique de certains Hommes d’affaires Bamiléké.

Heureusement, qu’en dehors de ces construits historico mafieux, devenus des notables hommes d’affaires bamiléké aujourd’hui et les multi diplômés érigés en intellectuels guides « guidars » du peuple bamiléké, se trouvent bien de compatriotes nationalistes et progressistes bamiléké qui se sentent moins préoccupés du « problème bamiléké » que celui, de l’avenir de la Nation Kamerunaise. Car le problème ethnique au Kamerun, comme ailleurs en Afrique, n’est que l’excroissance de la protonation qui nous gouverne.

Notons que des notables ethno fascistes et des multi diplômés érigés intellectuels guides « guidars » écument, également, dans toutes les autres régions du triangle national.

Affrontement ethnique ou la lutte des classes des opprimés ?

Nous sommes des Kamerunais mais d’ethnies et de communautés différentes. La construction nationale se fera avec toutes les ethnies et communautés nationales. Malheureusement, l’avènement du Kamerun à l’indépendance s’étant déroulé comme le reconnait Pierre Messmer, à savoir que : « La France accordera l’indépendance à ceux qui la réclamaient le moins, après avoir éliminé politiquement et militairement ceux qui la réclamaient avec le plus d’intransigeance.». Ainsi l’Etat national du Kamerun qui doit être le garant de la construction et de la cohésion nationales est une fabrication néo coloniale, doublée, depuis 1960, de dictatures tropicales successives. Ces différentes dictatures néo coloniales (d’Ahidjo à Biya) naissent et vivent en cliques d’anti patriotes et pillards bourgeois qui par prisme déformant paraissent avoir des assises ethno communautaires. Hier, Ahidjo prit en otage les populations du Nord, aujourd’hui Paul Biya se sert des Béti. Ainsi comme le décrit Anicet Ekané : « Les régimes Uc et Unc, sous Ahidjo, avaient comme une de leurs caractéristiques, le contrôle politico-militaro-administratif du pays par la caste peuhl du Nord. Bien plus, sous Ahidjo, une bourgeoisie d’affaires et de commerce, issue de cette caste peuhl, et rapidement créée de toutes pièces, constituait la base de ce pouvoir militaro politico administratif. Le régime du Renouveau n’a rien inventé. Certainement qu’on peut lui attribuer une certaine grossièreté dans la fabrication des soi-disant hommes d’affaires béti. Cette opération avait pour objectif, de se constituer une base économique capable de concurrencer les bourgeoisies de l’Ouest et du Nord. » (4). Et reconnaissons le, de par la structuration de notre proto Etat, « le prétexte béti » (5) existant, serait sawa, bamiléké, bamoun ou bamenda, si jamais le Prince régnant avait été issu d’une de ces contrées…

Par contre, la chance du Kamerun étant que : « Si le pouvoir militaro politico administratif est détenu essentiellement par le clan béti, cela n’entraîne pas une situation ethnique hégémonique. Comme cela se faisait sous l’Uc et l’Unc, avec Ahidjo, des pans entiers de ce pouvoir sont entre les mains d’autres clans ethniques » (6). Ainsi, en plus du cercle dur des ultras béti, détenteurs du pouvoir névralgique d’Etat, des élites et barons d’autres ethnies et communautés nationales gravitent et tourbillonnent, autour du pouvoir néo colonial, totalitaire et pillard de Yaoundé, en cercles concentriques et en retirent des dividendes. Il est vrai, qu’autant les membres de ce cercle dur des ultra béti que les barons et élites d’autres ethnies qui gravitent et tourbillonnent autour du pouvoir d’Etat, tandis qu’ils confisquent et abusent ensemble, plus ou moins, du Pouvoir socio économico politique au Kamerun, eux tous font également des efforts, avec les moyens de l’Etat et/ou des recettes mafieuses, en sorte que les ressortissants de leurs ethnies et communautés respectives s’identifient à leurs postes de Pouvoir. Parfois cette instrumentalisation marche… Mais le vrai peuple n’est pas dupe.

Nous sommes dans une protonation, où l’impérialisme international à pour assise la clique au pouvoir, qui est à ses ordres, celle-ci, à son tour, a également pour assise clientéliste autochtone une partie choisie de son village ou sa communauté, qui constitue le noyau dur de son régime asservi de l’extérieur. La dévolution impérialiste du pouvoir aux supplétifs de Yaoundé ou autres capitales africaines, confèrent à ces derniers le rôle très choyé de gendarmes fous autochtones. Ceux-ci sachant ce que les maîtres-gendarmes pratiquent comme pillage dans nos pays, afin de se tenir fermement aux ordres, les supplétifs autochtones sont libres de tous les tripatouillages politiques et pillages de seconde zone. A ces pratiques de république bananière, sont associés des élites et barons d’autres villages afin de tempérer leurs ressentiments à l’égard du noyau dur (du village) des ultras détenteurs du pouvoir névralgique et ainsi, à faire croire fictivement aux masses populaires que par la présence de leurs élites et barons, la gestion du pouvoir est nationale. Voilà le Kamerun socio politique d’Ahidjo à Paul Biya.

Hier comme aujourd’hui, la conception et les pratiques politiques n’ont pas changé. Sauf que Paul Biya fait face à une situation de pluralisme politique, tant réprimée sous Ahidjo.

Aujourd’hui au crépuscule d’un régime dictatorial dépérissant, ethno fasciste et pillard est-ce sérieux de parler : d’ « Un coup d’Etat tribal en projet » (7), ou d’un : «Génocide au Cameroun. C’est possible » (8). Le problème du Kamerun est politique et prend ses racines dans la défaite des Nationalistes Kamerunais lors de la lutte révolutionnaire de libération nationale. Un régime politique antipatriotique a été imposé aux Kamerunais et ce régime sous une forme mutante survit aujourd’hui. La question ethnique ou tribale n’est qu’une excroissance de ce régime politique antipatriotique, dictatorial et pillard. Mieux, la peur du génocide ou la mise en exergue de la question ethnique ne sont que de la diversion pour les masses populaires kamerunaises. La misère et la décrépitude sévissent sur tous les Kamerunais, hormis ceux, également recrutés dans toutes nos ethnies, qui tourbillonnent autour de ce pouvoir mafieux et en retirent des dividendes…

Par contre, c’est plutôt, l’exacerbation des frustrations, de la misère et de la mal gouvernance qui seront les meilleurs vecteurs des explosions socio politiques incontournables contre une gouvernance autiste et pillarde. Ce ne sera point un affrontement entre les communautés ou ethnies kamerunaises, mais une revanche des opprimés kamerunais contre la clique anti patriotique et ethno fasciste au pouvoir et leurs associés.

1- Joseph Olinga N., Charles Ngah Nforgan : « Il s’agit d’un complot contre le Cameroun ». Le Messager du Mercredi 23 avril 2014. P, 3

2- Pauline Poinsier-Manyinga, Faire l’économie d’un génocide au Cameroun. Le Jour n° 1670 du jeudi 24 avril 2014. P, 3

– 3- Jean François Bayard, L’Etat au Cameroun. Presses de la Fondation Nationale des Sciences Politiques. P-P, 89 et 90

4- Anicet Ekané, Le prétexte Béti. Mutations n° 3642. Mercredi 07 mai 2014. P-P, 14 et 15

5- Anicet Ekané, Le prétexte Béti. Ibd

6- Anicet Ekané, ibd

7- Journal La Météo, Succession de Paul Biya. Un coup d’Etat tribal en projet. N° 593 du 12 mai 2014. P. 1

8- Journal Emergence N° 251 du vendredi 25 avril 2014.

 

 

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