Tchagh’aa César “Il Ne Sert À Rien De Prendre La Mer Pour Aller Chercher Ce Qui Est Près De Nous.”

A la veille de la commémoration du 43ème anniversaire de l’avènement de l’Etat Unitaire, Tchagh’aa César, moniteur des jeunes de l’association Jeunesse Nord Makombé de Nkongsamba, nous a accordé un entretien à bâtons rompus, sur plusieurs faits d’actualité. Au menu de notre entrevue, le phénomène Boko Haram, l’immigration clandestine, …

Bonjour Monsieur Tchagh’aa. Pouvez-vous nous dire un mot sur l’association Jeunesse Nord Makombé de Nkongsamba ?

Merci de me recevoir et de me donner la parole. L’association Jeunesse Nord Makombe, est une association qui permet aux jeunes de s’épanouir, se former, de monter et de réaliser des projets nécessaires à leur insertion sociale. Malgré quelques difficultés que nous rencontrons très souvent sur le terrain, nous accompagnons ceux qui nous sollicitent dans la recherche de l’emploi.

Monsieur Tchagh’aa César, cela fait maintenant 43 années que le Cameroun célèbre le 20 Mai. Selon vous, quelle importance revêt une telle célébration ?

Nous savons tous, sans toute fois prendre le risque de me tromper que la date du 20 Mai est pour nous une date pleine de significations à l’initiative de M. Ahmadou Ahidjo, alors président de la République du Cameroun, le peuple camerounais s’est prononcé par voie de référendum, le 20 mai 1972, en faveur du passage de l’État fédéral à l’État unitaire. Le Cameroun devient un Etat totalement uni. La mutation historique s’est accompagné depuis lors d’importantes transformations des symboles du pays. Au niveau du drapeau aux couleurs vert rouge et jaune, l’on notera certains changements : Les deux étoiles jaunes de la bande verte symbolisant les deux états fédérés vont fusionner sur la bande rouge en une seule et unique étoile qui symbolise l’état unitaire. D’autres illustrations de l’état unitaire seront entre autres, la présence d’un chef d’Etat, la mise en place d’un gouvernement avec en prime la formation d’un unique parlement. 
Voilà en bref, quelques unes des significations importantes, quelques unes des modifications qui sont intervenues au lendemain de la célébration de cette fête qui consacre l’unité nationale camerounaise.

Comment comprendre la thématique de cette année qui est : « “Forces de défense en synergie avec les forces vives de la Nation, pour relever les défis sécuritaires et préserver la paix au Cameroun et en Afrique Centrale” » ?

Ce qu’il faut d’abord et surtout comprendre c’est que, si on regarde autour de nous avec tout ce qui se passe dans les pays voisins plus ou moins proches de notre triangle national, on voit un peu partout que lorsque l’armée ne se consacre pas à la construction nationale, lorsque l’armée commence à avoir des affiliations qui sont autres que des affiliations purement institutionnelles, cela constitue un danger pour le pays. La thématique de cette année est fort appropriée puisqu’elle invite l’armée à travailler en synergie avec les populations pour la protection de notre intégrité physique et territoriale. Comme quoi, l’armée est appelé à servir les institutions, à servir le pays, à participer à sa construction et à la consolidation de notre unité nationale. En soi je crois que, le thème est fort approprié surtout si on regarde ce qui se passe dans le grand nord du Cameroun avec les attaques récurrentes de Boko Haram ou à l’Est du Cameroun avec des attaques armées des groupes inconnus ici et là.

Parlant justement de ce Boko Haram. Selon vous, quelle est la solution miracle pour mettre un terme à leur présence sur notre territoire?

Les africains doivent s’unir, en commençant par les dirigeants africains. Il faut répondre à la menace dans une logique de solidarité africaine et panafricaine. Cela veut dire que les dirigeants de tous les Etats africains doivent, et c’est un impératif concevoir une vision pour faire face au problème  en Afrique. Autre point, l’armée camerounaise agit après coup. Elle n’est active que lorsqu’elle est attaquée. Pourquoi elle n’attaque pas l’ennemi ? Pourquoi elle n’anticipe pas dans l’action ? Je propose que le chef de l’Etat camerounais active le conseil national de sécurité pour qu’il existe effectivement. Qu’on crée dans notre pays un ministère chargé de la sécurité intérieure. Un ministère qui intègre la police et l’administration territoriale, ceci pour éviter toute confusion sur le terrain comme c’en est le cas très souvent d’après les échos que nous recevons de temps en temps en provenance du grand nord Cameroun

Pour l’édition de cette année à Nkongsamba, vous travaillez avec insistance sur les problématiques liées aux jeunes. Qu’est ce qui vous motive dans ce choix?

Aujourd’hui, l’Afrique est le continent de l’avenir. Moi même je suis jeune et j’ai soif de m’épanouir. Le Cameroun est un pays qui regorge un potentiel humain riche et diversifié. Mais, comment comprendre que des milliers d’entre eux, titulaires très souvent  au moins d’un diplôme de Baccalauréat finissent par mourir dans le désert ou dans la mer parcequ’ils recherchent le bonheur ailleurs ?
Le migrant n’a plus peur de la mort car, pour lui, l’essentiel c’est de partir, de fuir cette misère, cette souffrance dans laquelle il se trouve.

L’Afrique tue sa population parce qu’elle n’a pas trouvé une possibilité de faire valoir ses talents et de vivre de ses compétences ; l’Afrique  ronge sa jeunesse avec les portes de l’espoir fermées devant elle ; la torture parce que cette jeunesse  voit une toute petite partie de la population s’accaparer de tout, en ne lui laissant que la poussière et le soleil cuisant ! L’Afrique étrangle parce que la misère est le seul héritage que les dirigeants pourront léguer à leur progéniture.

La problématique de l’immigration laisse les pays africains indifférents au point où les observateurs avertis  tout comme moi, pensent qu’il est temps que quelque chose soit fait pour pallier à ce phénomène qui est devenue indicible. Oui, nous disons qu’il est peut-être temps.

Que pensez vous de ceux qui n’ont pour seule ambition que de partir du Cameroun? Quels conseils pourriez vous leur prodiguer?

Je sais que c’est pas facile et que l’herbe est toujours verte chez le voisin. Ce que je dis aux jeunes avec qui je travaille, c’est de bien se former à l’école, savoir comment entreprendre en  fonction du milieu. L’’agriculture ,l’élevage, la pêche, les métiers de construction etc. sont des secteurs porteurs mais, il faut du courage et de la patience; il ne suffit pas de partir parce que partout il faut se battre. Il ne sert à rien de prendre la mer pour aller chercher ce qui est près de nous.