Table ronde sur « ISLAM ET VIVRE ENSEMBLE » : Plaidoyer pour la diversité religieuse et la tolérance

Pour une meilleure consolidation du vivre ensemble et de la diversité religieuse, les croyants doivent faire la connaissance de la religion d’autrui tel que recommandé par l’Islam. C’est la conviction des intervenants à la table ronde initiée hier par Monument de la Renaissance Africaine, en partenariat avec l’Institut Fondamental Cheikh Anta Diop, ex-Ifan.
Est-ce que l’Islam est la religion que nous pratiquons depuis le 7e siècle ? N’est-il pas aujourd’hui une idéologie qui a des visées expansionnistes ? Est-il possible de vivre ensemble en ayant des convictions différentes ? C’est autour de ces questionnements que le Monument de la Renaissance Africaine, dans le cadre de son programme culturel et artistique 2015 et en partenariat avec l’Institut Fondamental Cheikh Anta Diop, ex-Ifan, a initié hier une table ronde sur « l’Islam et le vivre-ensemble : défis théologiques, sociopolitiques et scientifiques contemporains ».
Pour le Pr Abdoul Aziz Kébé, enseignant à l’Ucad, « lorsqu’on parle de vivre ensemble, c’est comme s’il y a un problème actuellement dans le globe terrestre qui appartient à l’homme. « Nous assistons, se désole-t-il, à une exagération des identités secondaires au détriment de l’identité humaine ». C’est comme si, souligne l’enseignant au département d’Arabe de l’Ucad, « l’Islam était un obstacle au vivre ensemble ».
Dans la sourate « Les Appartements », il relève que la finalité de la création (de l’homme et de la femme) c’est d’instaurer « une diversité, une entente ». Nous sommes ici, dit-il, dans des « cercles d’inclusion ». « Aujourd’hui, nous voyons des cercles d’exclusion dus à une volonté de domination de l’autre », a-t-il indiqué. La ville de Médine était, selon lui, le symbole du vivre ensemble à l’époque du Prophète de l’Islam (Psl) parce que toutes les communautés religieuses y vivaient en harmonie. « Cette reconnaissance de l’autre, le Prophète de l’Islam, Mohammed (Psl), l’a démontrée de manière symbolique lorsqu’il avait accepté que des chrétiens entrent dans sa mosquée et fassent leur office », a-t-il rappelé.
Le khalife Oumar Boun Khatab a failli reproduire le même scénario, alors qu’il était dans une église. A l’heure de la prière, a rappelé le Pr Kébé, « Seydina Oumar est sorti pour prier en dehors de l’église». « Si j’avais prié à l’intérieur de l’église, les musulmans allaient la transformer en mosquée », avait-il justifié son geste.
C’est dans même esprit que l’islamologue a salué l’esprit d’ouverture et de tolérance de l’ancien souverain de l’empire du Ghana qui a même construit une mosquée en dehors de son Palais pour les musulmans. Aussi a-t-il évoqué les témoignages du président Senghor et de Monseigneur Thiandoum. « Musulmans et chrétiens, nous allons prier ensemble », avait lancé le président Senghor, lors de l’inauguration de la grande mosquée de Touba, à côté de Serigne Fallou Mbacké, le 7 juin 1963. Tandis que Monseigneur Hyacinthe Thiandoum rendait hommage aux musulmans et aux chrétiens qui saluèrent son ordonnancement comme Cardinal de Dakar en 1976.

Vecteur d’éducation
Pourquoi le vivre ensemble ne peut pas être compris comme étant un héritage ? s’est-il interrogé. Sa conviction est que le Daech, Boko Haram, etc., ne sont pas des « organisations religieuses ». « Ce sont des organisations politiques formées au nom de l’Islam et elles ne peuvent pas avoir l’adhésion de tous les musulmans », a-t-il insisté. Aujourd’hui, a regretté le Pr Kébé, « ce qui nous manque c’est la non-reconnaissance du droit de l’autre et de son identité ».
Selon lui, « l’esprit impérial des religions a pris le pas sur leur esprit inclusif. Or, l’impérialisme est un esprit politique ». « Les religions sont en passe d’être transformées en un outil de conquête et de conservation de pouvoir. Lorsqu’on transforme les religions en facteur de conquête et de conservation du pouvoir, on met en avant le complexe de supériorité qui dit que c’est moi qui doit dominer l’autre au lieu de revenir à l’esprit originel qui est de partager la terre et de respecter la diversité », a-t-il observé. Il a ainsi invité ses coreligionnaires à « retourner vers l’Islam originel marqué par une reconnaissance et une tolérance des autres communautés ».

Hijab, jihad et charia
Pour sa part, le Pr Rachid Yassin du Centre d’Etudes des religions de l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, est revenu sur le hijab, le jihad et la charia, symboles de l’Islam. Par exemple, dit-il, le jihad, contrairement à ce que pensent certains, ne fait pas l’apologie de la violence. Alors que le Pr Cheikh Guèye a fait une invite à une « introspection, notamment sur les rapports entre l’Etat et la religion, une renégociation du contrat social dans une société en mutations et auxquelles nous n’avons pas trouvé des réponses ».
A son tour, l’artiste Serigne Ndiaye a abordé la place de l’art dans la religion avec des images à l’appui. Selon lui, l’art a été toujours un vecteur d’éducation islamique car beaucoup de croyants ont pu comprendre la religion musulmane à travers l’image et les récits.