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Super Makia, le gamin de Kumba qui a dominé la scène africaine du catch

Indétrônable depuis 1986 sur les rings africains, dans la catégorie poids lourds, le catcheur camerounais a décidé de laisser les combats dans un jubilé.

C’est par un climat capricieux de dimanche, comme peut l’être une femme, que nous allons rencontrer celui que le tout Cameroun sportif appelle affectueusement « Super Makia », dans sa résidence à Yaoundé, au quartier « Dakar ». Inhabituel sur les lieux, nous nous rendons à une station-service dans le quartier pour demander le siège de la fédération camerounaise de Catch. Les deux employés que nous trouvons en train de converser n’ont aucun mal à nous renseigner. A « Dakar », la fédération est connue de tous, grâce à une présence familière d’un catcheur, devenu au fil des années une institution.

« Champion ! », lance à haute voix le jardinier que nous trouvons dans les locaux qui font office à la fois de siège de la fédération camerounaise de Catch et de demeure du catcheur camerounais le plus connu dans le pays. « Super Makia », un homme qui, de visu, a une taille qu’on devine comprise entre 1,50 et 1,60m, en tenue de sport, avec une serviette déployée autour du cou, vient à notre rencontre. C’est que le sportif, une semaine avant ce rendez-vous qu’il nous accorde, a annoncé la préparation de son jubilé le 8 juin prochain et nous avons voulu en savoir un peu plus.

Notre interlocuteur s’exprime en français, sans gêne, avec un accent anglais très marqué. Cela s’explique. « Super Makia », le nom qu’il a adopté, est né un 28 février 1958 à Kumba, chef-lieu du département de la Meme, dans le Sud-Ouest, une région anglophone du Cameroun. Blasé par les victoires et les médailles, Mbeng Jacob Makia, son nom de naissance, veut se retirer des rings de catch. Dans sa carrière de sportif, avoue-t-il, sur 86 combats menés, il n’a eu qu’un seul match nul, contre le Nigérian Johny Clango en 1990…et 85 victoires. Sa ceinture de champion d’Afrique dans la catégorie poids lourd, il la porte depuis 1986 et ne l’a jamais perdu depuis lors. Tous les combats menés depuis cette date l’ont été pour conserver son titre, faisant de lui un double champion africain, le summum sur le continent, explique-t-il.

 

De Kumba à Lagos

Sa trajectoire, on peut la retracer à partir de 1972, date à laquelle le jeune Mbeng Jacob Makia achève le cycle primaire à la « Government school of Modika », sur l’axe Douala-Tiko, à 14 ans. « J’ai aimé le sport », confie-t-il. Une passion qui va le conduire au Nigéria en 1974, à la « Lagos school of sports » où il suit, pendant deux ans, une formation générale en éducation physique et sportive.

Les conditions qui l’amènent à pratiquer le catch s’offrent véritablement dès 1978 à Hong Kong où il y passe deux ans dans un milieu de professionnels à mener ses premiers combats sur le ring. De retour au Cameroun en 1982, il est recruté par la société de brasserie « Guinness » pour faire de la publicité. Une situation qui ne l’empêche pas de rêver et de poursuivre sa passion. Ironie du sort, c’est au Nigéria, à Lagos plus précisément, la ville qui l’a forgé à ses débuts, où il va remporter son titre de Champion d’Afrique en battant le nigérian Times Man Udo en 1986. Une ceinture qu’il a conservé jusqu’en 2014. « On ne fait pas le catch pour être un voyou en ville! » dit-il fièrement.

« Avant je mangeais huit poulets par jour»

Le catch à la télé donne l’impression qu’il s’agit d’ « un simulacre » de combat, indiquons-nous, pour relativiser l’accent que Super Makia met sur ses victoires. Que nenni ! rétorque le champion d’Afrique. « Si tu ne fais pas beaucoup d’entrainements, tu ne peux pas monter sur le ring », explique-t-il. Lorsqu’on soulève ton corps et qu’on le fait retomber brutalement sur le dos, cela peut être fatal, poursuit-il, sans une constitution musculaire appropriée. Pour preuve, il nous invite à toucher ses muscles, assez fermes, et les comparer à celles du reporter de Journalducameroun. Il faut avouer qu’ « il n’y a pas photo ! » comme disent les jeunes à Yaoundé pour signifier une comparaison impossible entre notre corps, chétif, face au sien sur lequel on réussirait à casser des pierres sans écorchures. A 56 ans, Super Makia avoue n’avoir rien perdu de sa superbe : « Je m’entraine deux fois par jour. Deux heures d’entrainement le matin, deux heures d’entrainement le soir. Et je réussis à soulever régulièrement une masse de 200 Kg ». Autant de choses que nombre de plus jeunes, comme il le dit, ne peuvent faire.

Sur un point quand même, tient-il à souligner, les choses ne sont plus pareilles. « Avant je mangeais huit poulets par jour », avance-t-il. « Avant » correspond à la période 1980-1990. Non pas que l’estomac soir devenu plus petit en 2014, mais les moyens « insuffisants » pour assouvir un tel appétit, « nécessaire à un catcheur », justifie Super Makia. « Les enfants sont venus à gauche à droite. Quand je veux manger celui-ci veut, celui-là veut, madame aussi veut. A la fin, tu vas avoir un peu… », Lance-t-il en poussant un rire. Marié avec quatre enfants et une carrière qu’il affirme avoir bâti personnellement, sans un centime de l’Etat, le double champion d’Afrique profite de la brèche ouverte sur la question des conditions de vie pour parler plus globalement de sa perception de la pratique du catch au Cameroun. « C’est vrai que j’ai installé ma vie grâce à cette discipline », rassure-t-il d’emblée. Sa propriété au quartier Dakar, la maison de ses parents, qui sont encore vivants, à Kumba, l’éducation de ces enfants, « tout ça c’est le catch ! » assène-t-il. Un bémol toutefois : « C’est à l’extérieur que j’ai combattu pour gagner mon argent. Ici ce n’est pas possible. […] Les gens ne sont pas habitués à payer pour voir des compétitions ; il y a de nombreux problèmes sur le sponsoring, les entreprises ne s’impliquent quasiment pas », se plaint-il.

L’Etat aussi

Super Makia avoue, au fil de l’échange, que le jubilé qui se tiendra le 8 juin 2014 devait se tenir de trois ans plus tôt. A force d’attendre un coup de main de l’Etat via le ministère des Sports et de l’Education physique, ne serait-ce que pour le jubilé, il a fini par se lasser. « Je ne peux pas faire mes choses quand je suis déjà mort ! » constate-t-il. Son jubilé il l’a programmé pour cette année avec ou sans l’aide, attendue, du ministère des Sports, pour un Camerounais qui a pu faire rayonner le nom du pays sur le continent dans un sport dit « mineur ». « Depuis que j’ai commencé ce sport, l’Etat ne m’a pas donné un franc. Je me suis battu seul. Il faut souvent qu’on dise la vérité. On me donne les médailles, oui ! Mais les médailles ne viennent pas avec l’argent. C’est rien qu’un nom, mais il n’y a rien », plaide-t-il.

Sa retraite des rings, Super Makia veut la consacrer à la fédération camerounaise de Catch dont il est le troisième vice-président national, en permettant notamment aux plus jeunes de trouver des opportunités d’aller sur les rings internationaux pour pouvoir s’épanouir. Sa passion pour le catch, il l’a déjà transmise à « Super Makia 2 », marqué comme tel dans la carte d’identité que nous avons pu consulter, l’un de ses fils, âgé de 22 ans et déjà champion du Cameroun poids léger (75kg) en 2013.

Le double champion africain, invaincu depuis près de 20 ans, veut faire une sortie honorable de la compétition, fini les combats avec des catcheurs du continent. Pour le jubilé qui se tient officiellement le 8 juin 2014, un duel avec l’Australien Chris Raaber, surnommé « Bambikiller », quatre fois champion du monde de catch dans la catégorie poids lourd, est à l’affiche. « Je souhaite que tout le monde vienne supporter Super Makia pour mon dernier combat », demande-t-il pour son ultime tour sur le ring.

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