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Succession "tribale" de Paul Biya: Le Professeur Hubert Mono Ndjana accusé, se défend avec vigueur

Succession « tribale » de Paul Biya: Le Professeur Hubert Mono Ndjana accusé, se défend avec vigueur

Après sa récente sortie au sujet de la succession de Paul Biya où il indique sans ambages qu’un « Béti » à la place de l’actuel Chef de l’Etat serait vecteur de guerre civile, le Professeur Hubert Mono Ndjana, l’un des plus anciens supporters du Président de la République, précise le fond de sa pensée.

Nous ne l’avons jamais caché et nous ne le cacherons jamais, dans les années 90, le Professeur Hubert Mono Ndjana était l’un de nos plus impitoyables adversaires idéologiques. Mais cela n’a jamais été quelque chose de personnel, le Professeur essayant chaque fois de convaincre et non de vaincre. C’est pour cela qu’un tel personnage qui a pris tant de risques pour soutenir le Président Biya et tous ces frères «Bétis» contre ce qu’il a appelé «l’ethno fascisme» des «Bamilékés» vient aujourd’hui affirmer que la prise du pouvoir par un «Bétis» à la suite de Paul Biya serait vecteur de guerre civile, il faut lire avec attention ses déclarations plutôt de s’acharner sur lui comme s’il s’agissait d’un «ethno fascisme» à l’envers. De toutes les façons, le Professeur a des «flippes» pour se défendre.

Depuis mon interview à Cameroon-Info.net, conversation spontanée réalisée par M NGANGUE à l’entrée du campus de Yaoundé 1, dans ma voiture, un tollé de réactions de toutes sortes a surgi également de toutes parts dans le monde, au sujet du profil du probable successeur de PAUL BIYA. J’avais suggéré négativement qu’un frère de sa tribu, ou de son ethnie Fang-Béti ne devait pas songer à cette éventualité, et cela en arguant de ce qu’elle soulèverait une violente réprobation de la part des autres tribus ou ethnies, et probablement une incommensurable guerre civile.

Une cohorte d’injures

En dehors du courant abondant des lecteurs internes et de la diaspora qui ont partagé ce point de vue, dans le sens d’une démocratie apaisée, il s’est trouvé symétriquement un courant impétueux de ceux qui n’ont fait que verser dans l’injure personnelle à travers journaux, radios et télévisions, arguments ad hominen du genre «courant», «il dit que les Betis sont incompétents», «où a-t-il fait ses études » «ça manque de dialectique», «je le respectais: il me déçoit», «il est moche en lunettes fumées», «raisonnement médiéval», «vulgaire tribaliste», «c’est un homme aigri», «il est jaloux de ceux qui ont réussi dans la vie», «c’est un Fang Beti en train de trahir ses frères …», et autres inventions inspirées d’une hypocrite indignation.

De nombreuses personnes m’ont appelé en reconnaissant que j’avais raison, mais qu’il ne fallait pas le dire « comme ça ». Je compare les spécialistes de l’injure gratuite à ces fous qui ne font que regarder votre doigt alors que vous leur montrez la lune, incapables de lever leurs yeux au-delà de l’index. Ils s’attardent alors à faire des commentaires sur votre doigt comme si c’était le sujet principal. Ils me font aussi penser à Molière disant qu’un homme sage est au-dessus de toute injure, et que la seule réponse à faire aux outrages est la patience et la modération.

En conséquence, au lieu de répondre …..tribalistes vulgaires qui pensent qu’un professeur émérite, à la fin et au sommet de sa carrière, peut être un homme aigri, je pense qu’il est utile de revenir à ce que je crois être la vérité, démonstrativement cette fois-ci, en usant des bases théoriques. Mes propos dans l’interview évoquée au début relèvent, quoiqu’exprimés dans le cadre d’une conversation à l’emporte-pièce, d’une théorie que j’appellerais la démocratie communautaire, la seule propice à être appliquée au Cameroun à l’heure actuelle.

Démocratie communautaire et notion du peuple

Définie comme gouvernement du peuple par le peuple, la démocratie ne peut pas en effet relever d’une même application, d’une application uniforme partout dans le monde et en toutes circonstances. L’argument massue de mes détracteur est l’usage rétrograde que je serais en train de faire de l’élément tribal dans une équation étatique où seule devrait jouer l’excellence d’un programme politique quel que soit le candidat qui présenterait ce programme. Le peuple devrait le choisir pour son excellence, indépendamment de l’origine tribale du concepteur. Donc aucun problème si c’est un Fang-Beti qui revient.

Cette conception de la démocratie, à la Jean-Jacques Rousseau, dénote d’un idéalisme déconcertant. Ses tenants font comme s’il y avait, dans nos réalités sociales, un peuple capable de se déterminer en fonction d’un programme ou d’une idéologie. En fait, la notion de peuple suppose une maturité politique structurée par une instruction élémentaire avérée, tous les électeurs étant minimalement susceptibles de lire le nom des candidats, de cocher sur le OUI ou sur le non, bref de comprendre les enjeux d’une question et de lui apporter une réponse conséquente, un consentement éclairé comme en bioéthique, ou un refus également éclairé, indépendamment des cadeaux ou des avantages reçus et promis.

C’est en effet quand les populations peuvent transcender les dons de la classe politique en quête de suffrages, qu’elles peuvent atteindre la maturité politique. Tant qu’elles en sont à se mobiliser uniquement en fonction des enveloppes d’argent, des gigots de bœuf, des sacs de riz et de quelques vagues promesses en investissements socio-collectifs — motivation alimentaire primaire, elles n’atteindront nullement la dimension ou la dignité d’un peuple.

On peut trouver un paradigme de ce dernier dans les «Etats généraux» réunis à Paris en 1789, où les représentants des différentes régions de la France monarchique, ré¬pondirent par la bouche de Mirabeau aux gardes venus les disperser sur ordre de Louis XVI: «Dites au roi que le peuple n’a pas d’ordre à recevoir de lui, mais que c’est à lui de recevoir les ordres du peuple». Cette auto- proclamation de la suprématie d’un peuple fera fuir le roi, nuitamment, dans un temps après. L’objet unanime de la volonté du peuple accusait une certaine noblesse interne de par son objectivité: la souveraineté, et se plaçait par conséquent au-delà et au-dessus de l’intérêt alimentaire.

Ceux qui avaient préparé le terrain à cette perception supérieure, des affaires, c’étaient les contractualistes, les philosophes du pacte ou du contrat social, Hobbes et Rousseau. C’est sous la forme individualisée de l’homme et non sous sa forme communautaire ou tribale qu’ils avaient imaginé le passage de l’état de nature à l’état sociopolitique. Et c’est sur cette base que seront pensées et codifiées les démocraties qui vont ultérieure¬ment essaimer dans le monde occidental.

Ces dernières sont donc construites sous le mode d’une unification nationale déjà réalisée depuis des millénaires sous la férule monarchique. C’est dans cet état que les conquistadores et autres chercheurs d’or européens vont aller occuper l’Amérique où ils constitueront également, après des vicissitudes, les Etats-Unis d’Amérique sous la forme d’une nation parfaitement intégrée. Là-bas, ce sont des individus qui se présentent aux élections et qui sont diversement appréciés en tant que tels, pour leur valeur intrinsèque. Il s’agit, un tout petit peu comme dans la Grèce antique, et mutatis mutandis, d’une démocratie idéale. C’est le One man one vote.

Les réalités locales

La réalité camerounaise nous oblige malheureusement à constater que nous sommes loin de ces idéalités théoriques. Au Cameroun et presque partout dans l’Afrique subsaharienne, ce sont des communautés qui s’expriment en premier, avant que n’apparaissent les individus incarnant a posteriori une détermination qui était tout d’abord communautaire. Le choix d’un individu n’intervient que lorsqu’on s’est tout d’abord déterminé sur la bandes, ou la répartition des postes stratégiques, c’est l’importance des ressources naturelles apparentées aux populations avoisinantes, ou en¬core le râle primordial joué dons telle ou telle consultation électorale par elles, qui les autorise à poser des revendications communautaires. Après ce premier choix, on se met alors à rechercher, selon des paramètres in¬ternes sous-claniques, l’homme excellent ou la personne «idoine».

Un homme qui surgirait de nulle part, peu conforme aux macro- équilibres voulus mais nanti des programmes de développement les plus pertinents, ne remporterait que quolibets et sarcasmes horripilants. La faute de cet excellent homme consisterait à n’avoir pas apporté à manger. La «politique du ventre» dont parle Jean- François Bayait et que j’avais déjà dénommée moi-même «mentalité digestive», devrait donc être respectée au-delà des revendications communautaires par les impétrants. Les différents régimes africains, tout comme les organisations en lutte contre ces régimes, ont tous encouragé cette forme de corruption politique propre aux populations affamées.

Quiconque se contente de beaux programmes de développement et de généreux projets de société, tel est généralement le propre des intellectuels bien intentionnés, se verra rétorquer, par ces mêmes populations: «Est-ce-que c’est cela qu’on mange?». Echec et mat! Nous n’avions donc pas affaire à un peuple mûr, mais à des populations affamées et qui, pour n’avoir pas été éduquées autrement, ont raison de présenter des réactions alimentaires propres à la mentalité digestive.

A partir de ces descriptions, qui illustrent quelque peu le niveau moral et politique de nos sociétés, il faut convenir qu’une démocratie ne saurait être en avance sur les pratiques et les mœurs en vigueur, sur les orientations psychologiques et anthropologiques des populations concernées. Aucune démocratie ne peut sauter au-dessus de son temps pour viser un idéal abstrait. Si elle le fait, c’est qu’elle s’apprête à commettre des catastrophes. C’est en effet en tablant sur des schémas essentiellement abstraits que les théoriciens occidentaux de la démocratie africaine ont commis des erreurs irréparables dans leur politique d’ajustements structurels et autres conditionnalités.

Libéralisme et communautarisme

Ce n’est peut-être pas la mauvaise volonté qui aura poussé mes contradicteurs vers les abstractions d’une pure démocratie idéale. Ils ont cru devoir suivre le vent de la mondialisation, essentiellement libérale et marquée par une certaine vision des droits de l’homme et de la gouvernance. John Rawls en particulier, dans sa Théorie de la justice, a réactualisé les contractualisâtes que sont Hobbes et Rousseau, de la même manière que Fukuyama, dans sa construction de La fin de l’histoire et le dernier homme, a fait de la démocratie libérale le nec plus ultra de la gouvernance.

Pour être dans le vent et demeurer fréquentables, des intellectuels africains se sont dépêchés de faire allégeance aux penseurs libéraux attitrés, oublieux, par un mimétisme superficiel, des vieux schèmes de la démocratie africaine. En particulier, ils n’ont lu ni les théories opposées du communautarisme nord-américain, ou français, qui exaltent les vertus du local par rapport au global (small is beautiful), ni le récent ouvrage de notre compatriote Bernard Muna.

Le Défi la Démocratie africaine (2010), qui met en exergue la vieille tendance du consensus comme fondement de nos démocraties, aux antipodes du système occidental où le gagnant gagne tout, de même que le perdant, symétriquement, perd tout, même s’il représente 49% de l’électorat. En Afrique on appelle toujours le perdant, et l’on préserve l’harmonie sociale en partageant le pouvoir après l’affrontement, dans son esprit parfaitement consensuel.

Pour se libérer par conséquent des pressions du libéralisme totalitaire véhiculé par les structures de la mondialisation, les libéraux les plus universalistes, John Rawls, Alain Renaut, et les autres plutôt penchés vers les politiques de l’identité et du multiculturalisme, comme Michel Foucault, Charles Taylor, et Michael Walzer, recommandent de trouver refuge dans les petites communautés et de les valoriser dans un souci d’équité, et cela d’autant qu’elles constituent les structures de proximité qui procurent chaleur et sécurité au moi guetté par la solitude.

L’Afrique, elle, n’a pas à retrouver ces structures, ainsi que le préconisent Foucault ou Maffesoli, parce qu’elles sont naturelles sur son sol. C’est comme l’homophobie dont on parle aujourd’hui en disant qu’elle connaît une forte poussée en Afrique. Les structures communautaires, ou tribales, sont pour l’Afrique un DASEIN, un déjà là, tout comme l’homophobie, ou la forêt équatoriale. C’est la connaturalité de ces réalités de base, et non le refus de la modernité, qui amène des hauts dignitaires du pouvoir étatique et républicain, à rejeter, dès la moindre occasion propice, leurs casquettes de préfets, de ministres ou de DG, pour aller s’installer sur les trônes ancestraux en tant que Sultan ou Lamido (Foumban, Rey Bouba, Demsa, etc.).

La succession du pouvoir dans ces communautés est en tout cas héréditaire, pacifique et sécurisé. S’il est impossible et anachronique de transposer ce principe héréditaire, dans l’Etat moderne, le maintien de la forme pacifique apparaît, lui, comme un impératif pour la sécurité des citoyens.

C’est ce principe sécuritaire, présent dans la démocratie consensuelle ou communautaire, qui m’a fait dire qu’une succession à Paul Biya qui tomberait comme par hasard sur un Fang Beti, ne serait rien qu’explosive, parce qu’elle apparaîtrait comme rupture d’un intemporel contrat social, un pacte inter communautaire tacite, qui avait du reste bien fonctionné lors de la dévolution du pouvoir d’Ahmadou Ahidjo à son successeur constitutionnel Paul Biya.

Malgré la médiation d’un mécanisme institutionnel et républicain, pour la forme, il apparaissait clairement que la communauté nordiste avait cédé le pouvoir à la communauté sudiste. Une succession «héréditaire», du père au fils ou du frère au frère, aurait causé bien des désagréments au pays. C’est pour cette raison que la tentative de récupération du pouvoir cédé, lors du putsch manqué du 6 Avril 1984, avait dressé tout le Cameroun contre cette volonté hégémonique. C’est d’hégémonisme en effet qu’il s’agit quand la même composante eth¬nique veut confisquer un pouvoir appelé à être consensuellement partagé.

La politique d’équilibre régional, instaurée et pratiquée par l’ancien Président Ahidjo et que l’intelligence paresseuse et maligne critique vertement aujourd’hui, relevait pourtant d’un principe éthique et philosophique majeur propre au libéralisme social dont l’essence est la redistribution équitable. Aristote avait déjà clairement posé la question de l’équité face à l’égalité. Quelles peuvent donc être les critères de la redistribution dans nos Etats au regard de leur forme et de leur niveau d’organisation quand l’idéologie dominante n’est pas l’individualisme?

Ceux qui prônent un individualisme universaliste sans considération de l’état actuel de nos sociétés ne connaissent pas le devoir d’adaptation et par la, exposent certaines populations à des désagréments cumulatifs. L’épineux problème de savoir comment combiner l’équité à l’efficacité ne doit pas cependant conduire à renoncer à l’adaptabilité de l’Etat à la situation, aux mœurs et aux coutumes des populations. L’adéquation de l’équité à l’efficacité ne saurait être résolue une fois pour toutes. Le travail quotidien des services publics, me semble être de rajuster, constamment les mécanismes de cette difficile adéquation. Sinon, à quoi servirait la réalité étatique? La remise en cause actuelle de ce principe redistributif enraciné au fond d’un contrat intemporel relève d’un cynisme effrayant tant que la société camerounaise n’a pas atteint les hauts niveaux de l’universalisme individualiste.

Si un Fang Beti, usant de son argent bien ou mal acquis, de subterfuges électoraux ou des combines difficilement maîtrisables de la «communauté internationale», s’avisait le moment venu de succéder à Paul Biya, ce ne serait pas une erreur, mais une faute, ayant pour conséquence le soulèvement de toutes les autres communautés ethniques contre la sienne, avec d’énormes tueries et destructions ma-térielles. La prudence sur laquelle j’insiste pst par conséquent une vertu qui mériterait d’être prise au sérieux. C’est précisément pour ne pas rompre la PAX BIYANA que les frères de Paul Biya doivent s’abstenir et faire preuve d’abnégation. Le consensus communautaire demande même parfois de savoir se déposséder.

La démocratie communautaire n’est pas une affaire de contemplation idéaliste et théorétique. Elle vient du terrain et je ne fais que la décrire dans le concept. Voici un exemple des titres de journaux qui parlent réalité au lieu de rêver: « AHMADOU ALI PERD L’ESPOIR DE DEVENIR PREMIER MINISTRE SI CAVAYE EST RÉÉLU PRÉSIDENT DE L’ASSEMBLÉE».

Ces titres et d’autres semblables, sont une parfaite photographie de la situation politique du moment. Tel qu’il fonctionne dans l’effectivité, notre système ne saurait garder concomitamment les deux personnalités à de si hautes positions stratégiques, tout simplement parce que les deux appartiennent à la même communauté. Et elles le savent,quand bien même elles se croiraient équivalentes dans l’excellence individuelle. Notre démocratie est pour l’instant une démocratie de tribus, au premier chef et non une démocratie d’individus. C’est pour cette raison qu’a l’occasion des célébrations du cinquantenaire de la Réunification, les Bakweri, dont le sous-sol regorge de pétrole et excipant de cet avantage, ont posé des revendications précises, qui n’ont scandalisé personne.

C’est à juste titre, et à cet égard, que le philosophe zaïrois Tshiamalenga Ntumba parle de la Bisofté (Biso =nous) en tant que base de notre système de pensée. C’est pour cela aussi que toute la communauté vient chanter et danser durant des jours et des nuits autour de la maison d’un frère ou d’une sœur nouvellement promu(e) à un poste hautement stratégique. Le GPS de la tribu travaille tellement ce jour-là que personne ne se trompe de chemin. Du haut de sa majesté, le chef de l’Etat sait alors que toutes les tribus sont contentes. Il a la paix de l’âme parce que règne l’harmonie chez lui, dans son pays, grâce à l’intemporel contrat et comme il l’aura voulu depuis son accession au pouvoir.

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