Succession de Paul Biya : Philemon Yang lance-t-il le «G18» ?

Le Premier ministre (Pm) aurait, de sources généralement crédibles et concordantes, mis sur pied, un comité stratégique d’hommes et femmes totalement dévoués à sa cause. Avec apparemment en ligne de mire, l’alternance à la tête du Cameroun.

Selon un document ultraconfidentiel auquel La Météo a eu accès, le comité stratégique mis sur pied par le Pm Philemon Yang aurait pour coordinateur, le député du Social Democratic Front (Sdf, principal parti d’opposition) Nji Fidelis. Il regrouperait aussi des têtes couronnées du Rassemblement démocratique du people camerounais (Rdpc, au pouvoir) telles que Adamu Musa (directeur de l’information de la Crtv-radio), Tamfou (Société nationale des hydrocarbures, Snh), le directeur général du Chantier naval et industriel du Cameroun, Alfred Forgwei Mbeng, Mmes Ufei Melo (Mipromalo), Asheri Kilo, le secrétaire particulier du directeur de cabinet du Premier ministre et bien d’autres personnalités triées sur le volet.

D’après ledit document, la dernière réunion de ce comité stratégique se serait tenue le 23 juillet 2015 au domicile de Nji Fidelis. Sans plus de précisions. Au cours de ce conclave, apprend-on, le maître de céans a indiqué aux personnalités présentes l’urgence, selon les instructions de Philemon Yang, de confectionner un fichier comprenant l’ensemble des ressources humaines de la région du Nord-Ouest. Il a ainsi été demandé aux uns et autres, indique-on, d’identifier et de classer lesdites ressources selon une structuration bien précise. «Le fichier comprend huit catégories de personnes», précise le fameux document.

Dans le détail, la 1ère catégorie visée devrait concerner des hommes politiques et regrouper des membres du gouvernement, des sénateurs, des députés, des maires et des présidents de section Rdpc. Dans la deuxième catégorie, on retrouvera les directeurs généraux de sociétés d’État alors que la troisième catégorie est constituée de secrétaires généraux, d’inspecteurs généraux, de conseillers techniques ; de directeurs, sous-directeurs et autres chefs de service des administrations centrales de l’État.

S’agissant des quatrième et cinquième catégories, elles sont dédiées respectivement aux dignitaires traditionnels et autorités religieuses. La sixième catégorie, elle, est réservée aux opérateurs économiques. Au niveau de la septième catégorie, l’on note la présence attendue des acteurs d’autres secteurs dont des artistes, sportifs, avocats, architectes, consultants et autres organisations non gouvernementales. La catégorie 8 est réservée à la diaspora. La date du 19 août 2015 a été retenue pour la transmission des premiers rapports d’étape à Philemon Yang. Au cours de cette réunion, et après la mise en condition et l’ouverture des débats, il a été exigé aux participants le secret total sur ces assises.

Complot?

«Se retrouver entre élites de la même région, autour du Pm, n’est pas en soi un problème, mais le faire dans le contexte actuel, autour de certaines idées notamment la recherche, la constitution et la mise en place d’une banque de données de ressources humaines, financières, logistiques et intellectuelles de l’ensemble de la communauté nationale oblige à une interrogation», s’inquiète une personnalité ayant assisté aux différentes rencontres secrètes du comité stratégique. En effet, apprend-on, c’est au cours de l’avant-dernier conclave, qui aurait été présidé par Philemon Yang en personne, qu’il avait été décidé de l’urgence de la mise sur pied de la fameuse banque de données.

Au cours de cette réunion, un certain D. Jérôme aurait demandé ainsi à l’assistance à quoi servirait une telle initiative et pourquoi on n’a pas songé à se rapprocher de l’Observatoire de la présidence de la République, une structure formelle ayant les mêmes buts et objectifs. Selon des sources introduites, la réponse ambigüe du Pm aurait intrigué plus d’un. «Nous ne sommes pas contre le Rdpc. Nous travaillons avec le Rdpc», aurait alors soutenu le chef du gouvernement.

Dans les salons huppés de la région du Nord-Ouest, on s’interroge également pour comprendre pourquoi certaines personnalités de cette zone du pays, jugés par les actes et faits comme fidèles et loyaux au président Paul Biya, et donc au Rdpc tels que Mwana Nsama, Paul Atanga Nji ou encore Ama Tutu Muna, sont désormais combattues par les membres du comité stratégique. On se souvient alors qu’il y a peu, et toujours sous la conduite du chef du gouvernement, la grande élite de cette région se réunissait régulièrement dans une logique tournante, à l’effet d’analyser et de constituer un lobby susceptible de contribuer à la prise en compte du Nord-Ouest dans la répartition du gâteau national.

À l’observation, c’est depuis le discours du président de la République à la nation, le 31 décembre 2013, que le regroupement a changé d’orientation. Pour des raisons que certains, au sein de l’association, ne comprennent pas, Philemon Yang aurait constitué son comité stratégique autour de Nji Fidelis. Pour un stratège en action politique, «après une analyse approfondie de la structure des ressources recherchées et le fait que le Pm n’utilise pas l’observatoire de la présidence de la République, il est évident que M. Yang est en train de mettre en place un groupe de pression pour préparer l’après Biya». Et d’ajouter : «Dans la perspective d’un changement de régime au Cameroun et la répétition des propos de certains leaders au sein de la communauté internationale sur la longévité à la tête de nombreux États africains, dont le Cameroun, beaucoup de dignitaires, au sein de l’appareil politique, nourrissent de plus en plus des ambitions pour la magistrature suprême.»