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Subvention des carburants : la colère de Bretton Woods

Subvention des carburants : la colère de Bretton Woods

Alors que les institutions financières avaient alerté le Cameroun sur les risques d’un soutien massif des prix à la pompe, le Fmi et la Banque mondiale sont insatisfaits de la récente hausse des produits pétroliers. Et exigent que l’État du Cameroun affiche la vérité des prix.

Le 30 juin 2014, le secrétaire général des services du Premier ministre, Louis Paul Motaze, signait un communiqué annonçant la hausse des prix des carburants et du gaz domestique. Le Super passait ainsi de 569 Fcfa à 650 Fcfa, le gasoil de 520 Fcfa à 600 Fcfa tandis que le gaz domestique était porté à 6500 Fcfa. Une semaine plus tard, le chef de l’État publiait le décret qui consacrait cette hausse des produits pétroliers d’une part, ainsi que les ordonnances qui donnaient chair au train des mesures d’accompagnement prises par le gouvernement d’autre part. Seulement, pour le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, cette augmentation des prix à la pompe est insuffisante et, de ce fait, les deux bailleurs de fonds exigent des autorités camerounaises de nouveaux efforts d’ajustement.

Car, ces deux institutions, de tout temps, ont attiré l’attention du gouvernement sur la jonglerie budgétaire orchestrée à travers la subvention des prix à la pompe. Du coup, malgré le relèvement des prix des produits pétroliers, de Bretton Woods exige la vérité des prix à la pompe : 825Fcfa pour le Super, 771 Fcfa pour le gasoil, 11.200 Fcfa pour le gaz domestique, 638Fcfa pour le pétrole lampant. Au-delà de cette exigence concernant l’affichage de la vérité des prix à la pompe, les dépenses fiscales accordées par le gouvernement ne sont pas du goût des autorités des argentiers de Washington. En fait, l’État a baissé la taxe sur le stationnement, la taxe à l’essieu et l’impôt libératoire de 50%. Dans le même temps, une augmentation des salaires et une poursuite de la subvention des prix à la pompe viennent couronner les mesures d’accompagnement prises le président de la République. Toute chose qui décuple la colère de Bretton Woods, qui juge  que ces mesures sont antinomiques  dans un pays où l’on est à la recherche de moyens pour financer des projets.

L’attitude du Fmi et de la Banque mondiale s’en trouve confortée par les récentes alertes en direction des autorités. Car, lors de la dernière mission du Fmi au Cameroun au mois de mai, Mario de Zamaroczy, chef de mission, a souligné le niveau de pression budgétaire dont souffraient les caisses de l’État. «Le budget est sous-pression ; les recettes sont inférieures aux dépenses et donc, il faut repenser le budget, question d’augmenter les recettes et, ensuite, face à la rareté des ressources, regarder ce qui est prioritaire dans la dépense», faisait observer le chef de mission.
Face à cette pression intense, le chef de l’État reste de marbre. Car, pour lui, les efforts qu’il a consentis sont déjà asphyxiants pour le peuple camerounais. D’après une source gouvernementale, «il n’est plus possible de faire de nouveaux efforts d’ajustements pour l’instant. Car, le niveau de pression sociale actuelle est déjà suffisamment intense pour que l’on demande au peuple camerounais de faire de nouveaux sacrifices. Le niveau actuel constitue le seuil de saturation de nos efforts».

Afin que les relations entre le Cameroun, le Fmi et la Banque mondiale ne se détériorent pas, le chef de l’État envisage, sauf changement, l’envoi d’une mission interministérielle à Washington composée des   ministres Alamine Ousmane Mey des Finances, Emmanuel Nganou Djoumessi de l’Économie, de Luc Magloire Mbarga Atangana du Commerce, et Basile Atangana Kouna de l’Eau et de l’énergie. Le but : expliquer le bien-fondé et le contexte des augmentations  des carburants survenues au Cameroun, les mesures d’accompagnement prises par le gouvernement et rassurer les autorités de Bretton Woods sur la disponibilité du gouvernement à travailler main dans la main avec elles. Car, il n’existe aucune zone d’ombre dans leurs relations et souhaitent pour l’heure donner des assurances de leur bonne volonté à aller vers des mesures qui vont harmoniser le climat social.

Paradoxe.

Mais, c’est à ce moment précis que des individus tapis dans l’ombre brandissent des épouvantails de déstabilisation de leur propre pays, le Cameroun. Car, comment comprendre l’acharnement de certains compatriotes qui, au moment où le président de la République mène des combats citoyens, profitent pour lui savonner la planche. Ces derniers se comportent en véritables forces centripètes et dont l’ambition est de semer le trouble dans les esprits et le désordre dans les rues.

Les populations locales étant déjà meurtries par le coût de la vie, la politique du gouvernement consiste à réduire l’impact des mesures prises à propos de la réduction de la subvention des carburants, et préserver la paix sociale, si chère aux Camerounais. Le chef de l’État qui a opté pour le soutien des prix à la pompe malgré les signaux inquiétants en provenance de Washington, n’entend pas reculer et semble prêt à tout pour son peuple, face aux oligarchies de la globalisation qui dirigent le monde.

À l’observation pour Paul Biya, la pilule de la baisse des salaires de 1993 avait été difficile à avaler, l’ajustement structurel et les autres mesures draconiennes adoptées pour sauver l’économie du pays aussi. Du coup, demander plus aux Camerounais bout du rouleau apparaît à ses yeux comme l’enterrement des efforts séculaires de ce peuple de travailleurs.

Les représentations du Fmi et de la Banque mondiale de Yaoundé ont été sollicitées pour apporter des éclairages à ce revirement de situation. En vain.

 

 

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