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Actualités societe : Style Marafa, une stratégie tout en positionnement

Style Marafa, une stratégie tout en positionnement

Dans une tribune libre publiée dans l’hebdomadaire Jeune Afrique, l’ex-Sgpr se conforte dans une posture d’homme de propositions. Qui n’est pas sans lien avec les ambitions politiques qu’on lui prête.

Il est déjà passé par plusieurs statures. Et Dieu sait s’il peut encore en montrer d’autres ! Dans la livraison qu’il propose à la page 27 de Jeune Afrique du 2 au 8 février 2014, et qui est intitulée «Faisons bloc, du Cameroun au Kenya», Marafa Hamidou Yaya est tout en propositions. Sur des sujets qui demeurent encore dans l’actualité.

Ainsi sur la situation en Rca notamment, s’il constate que l’opération Sangaris, menée par la France, ne s’attaquera pas aux racines de la crise, il affirme que le «développement économique et l’intégration régionale sont les clés de la stabilisation durable de ce pays». De même, il ajoute que sur le plan de la sécurité, un bloc d’Afrique centrale allant du Cameroun au Kenya est «géographiquement dans la meilleure position pour constituer à la fois un axe d’endiguement de la menace terroriste et un modèle de cohabitation.» Et donc un rempart de poids contre des groupes armés tels que la Séléka, les Shebabs, les Djandjawids ou encore Boko Haram. Rien de très spécifique au Cameroun donc. En apparence. Mais en apparence seulement. Car cette huitième sortie épistolaire s’éloigne autant qu’elle se rapproche de cet épicentre camerounais pour lequel l’ancien ministre d’Etat chargé de l’administration territoriale et de la décentralisation s’est toujours montré intéressé.

D’abord par l’actualité. La crise en Rca née du putsch qui a débarqué François Bozizé du pouvoir en 2012, est devenue une crise internationale. Et le Cameroun qui a longtemps tenté de se dérober à sa résolution se retrouve désormais mêlé. Soit parce que les agressions de la Séléka ont été perpétrées sur son territoire; soit parce qu’il dispose de troupes au sein de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (Misca) ; soit alors parce qu’il héberge le président déchu. Surtout, des camerounais ont déjà perdu leurs vies dans cette crise et le sentiment d’insécurité à la frontière est permanent. C’est donc un sujet qui intéresse. Tout comme la secte Boko Haram qui accentue l’insécurité à la frontière avec le Nigéria et a récemment capté plusieurs otages en territoire camerounais. En cela, la tribune libre de Marafa reste fortement marquée par l’actualité camerounaise.

Pique diplomatique

Pourtant le style qu’il emploie a quelque chose d’innovant. C’est seulement la deuxième tribune libre qu’il publie depuis son incarcération le 16 avril 2012. Comme dans la première tribune libre déjà (publiée dans le quotidien français Le Monde en janvier 2013), Marafa Hamidou Yaya est tout en démonstration. Sur la base des chiffres et des idées nouvelles. Comme cette Afrique centrale des deux océans (Ac2o) qu’il propose. Elle unirait autour d’un bloc commun l’axe Cameroun-Kenya; et ses bénéfices se ressentiraient sur le commerce, la sécurité et l’intégration régionale. Ingénieux certes, mais légèrement égratignant aussi pour le pouvoir camerounais. Le régime Biya n’a en effet que très peu démontré un engouement mémorable pour de tels projets d’intégration africaine. Outre ses absences répétées lors des sommets de l’Union Africaine ou même de la Ceeac où de pareilles propositions peuvent être abordées ; Paul Biya s’est par ailleurs souvent montré peu enthousiaste à embrasser de telles problématiques. En cela, cette pique courtoise rejoint les autres postures que le natif de Garoua a affichées depuis le début de son activité épistolaire. Lorsqu’il n’a pas révélé des confidences du président, il l’a interpellé frontalement. Il a tout autant révélé des
scandales de détournement de fonds et de corruption mettant en cause plusieurs membres du gouvernement dont certains sont en fonction. En démontrant l’iniquité du découpage électoral, il a même tenté de démanteler le système pour lequel il a travaillé, au sommet, pendant une vingtaine d’années. S’il semble donc avoir délaissé le populisme, il s’affirme dans le registre de la démonstration. Et la stratégie semble la même: décrédibiliser … pour construire l’option d’une sure alternative.

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