Soupçon de déstabilisation : Info ou intox sur l’assassinat de Guerandi Mbara par le régime Biya

Soupçon de déstabilisation : Info ou intox sur l’assassinat de Guerandi Mbara par le régime Biya

Le journal panafricain Jeune Afrique et le Bi-hebdomadaire L’oeil du Sahel ont publié simultanément, hier lundi 15 septembre à leur grande Une, l’enlèvement et la probable exécution par les services secrets camerounais du Capitaine d’origine Toupouri qui a été l’un des rares rescapés du putsch manqué du 6 avril 1984. Ce qui l’a contraint à l’exil.

I- Controverse autour d’une arrestation

DEPUIS QUE CETTE information circule dans les réseaux sociaux avant même que les journaux (Jeune Afrique et l’oeil du sahel) paraissent le lundi 15 septembre 2014, les avis sont partagés sur cette information. Mais la réserve a voulu que plusieurs observateurs avertis attendent avec impatience les éléments et les arguments sur lesquels s’appuieraient ces journaux qui ont eu comme par enchantement le scoop des événements qui datent de plus d’un. Mais il faut dire qu’à la lecture des parutions suscitées, les Camerounais sont restés sur leur faim. Les arguments n’étant suffisamment pas convaincants pour situer le lecteur sur la véracité de cette information. Le journaliste camerounais Jean-Marc Soboth, ancien président du Syndicat National des Journalistes du Cameroun (Snjc) en exil au Canada depuis quelques années a, dans une sorte de témoignage-autobiographique sur le Capitaine Guérandi Mbara Goulongo, terminé son article sur cette note dubitative : «On le savait à Yaoundé… Bien malin serait donc qui dirait la vérité vraie sur sa mort…».

Un autre journaliste camerounais en exil aux Etats-Unis, depuis une vingtaine d’années, Ndzana Seme, ancien Directeur de publication, lui aussi dans un post en réaction à cette information diffusée par ces journaux (panafricain et national) a été péremptoire en qualifiant cette information de mensongère sur Guerandi Mbara dont-il dit avoir été le compagnon pendant 13 ans. A cette sortie s’ajoute celle de Christophe Bobiokono, Journaliste et Directeur de publication de l’Hebdomadaire «Kalara». Pour lui : « D’où qu’elle vienne, cette “information” participe de mon point de vue d’une terrible manipulation de l’opinion camerounaise. D’abord, elle respecte le canevas classique de la manipulation de l’opinion le plus efficace au Cameroun: la primeur vient d’un média occidental puis la presse locale s’empare du sujet…Ensuite, elle vise à provoquer des réactions. »

Une position que partage aussi un expert en stratégie militaire que nous avons rencontré. Notre source, qui a été Conseiller militaire de plusieurs présidents africains y voit une manoeuvre de déstabilisation du Cameroun. Parce qu’il soutient que «pour déstabiliser un pays, on commence tout d’abord par inquiéter son environnement.» Et cette information répond vraisemblablement à cette option. Sinon comment comprendre que cette coïncidence entre cet article ou cette enquête subitement bouclée une semaine après que Crisis Group, une Ong occidentale dont le siège est à Bruxelles et qui a la réputation de son sérieux en matière de prévention de conflits armés a publié un rapport incendiaire dans lequel il exige le départ du Président de la République avant 2018 et dit craindre pour la stabilité du Cameroun. Pourtant cette Ong en dépit de tout le sérieux qu’on lui crédite n’a jamais publié un rapport sur les attaques des puissances européennes en Irak et dans les pays d’Afrique subsaharienne avec pour finalité de renverser les régimes en place.

Apolitique, notre colonel qui a voulu grader l’anonymat constate que cela ressemble à une opération de communication visant à salir l’image du chef de l’Etat Paul Biya. Car il ne comprend pas l’intérêt que le régime Biya aurait d’éliminer le Capitaine Guerandi Mbara qu’on accuse d’avoir été l’un des cerveaux du putsch manqué du 6 avril 1984 et qui, depuis sont exil de Ouagadougou au Burkina Faso, s’est illustré comme un pourfendeur du régime du Renouveau. Car pour notre expert en stratégie militaire, «Guerandi Mbara Goulongo n’est pas une menace pour le Cameroun et ne l’a jamais été ni politiquement ni militairement ». Ce que démontre Ndzana Seme dans sa réaction à cette information en affirmant que «pour avoir travaillé pendant 13 ans étroitement avec le capitaine Guérandi Mbara, et m’être ensuite éloigné de lui en 2012 pour cette même raison, j’affirme qu’il est totalement faux que de dire que Guérandi Mbara ait jamais eu des combattants au Cameroun dont les effectifs iraient jusqu’à 2000 hommes.

C’est justement après avoir fait vérifier à un moment crucial sur le terrain au Cameroun, par les jeunes patriotes locaux, qu’il s’était avéré que Guérandi n’avait pas de combattants et encore moins de civils camerounais répondant de lui sur le sol camerounais, en dehors de quelques individus isolés.»

II- Incitation à la révolte

C’EST POURQUOI, Christophe Bobiokono qui est par ailleurs membre du Conseil national de la communication (Cnc) subodore que «si c’est le pouvoir qui a commandé la “manip”, c’est pour savoir comment les Camerounais réagiraient s’il apprenaient que Guerandi avait effectivement été tué. Si l’opinion “accepte” cette sentence, alors ce dernier sera effectivement tué. » En revanche, il estime que «Si la manip vient des amis de Guerandi, c’est pour pousser le pouvoir de Yaoundé à s’expliquer sur ce qui s’est passé et, si le monsieur est encore vivant, prévenir toute exécution extrajudiciaire…».

Et notre expert militaire va dans le même sens, en évoquant une mort possible de Guerandi Mbara dans une de ses opérations de consultation militaire, puisqu’il était toujours cité proche des rebellions, dans certains conflits armés dans des pays comme celle qui a secoué la Côte d’Ivoire pendant dix ans ou celle de la Centrafrique, et qu’on voudrait faire porter au régime Biya. A quelle fin ? Visiblement dans les opérations à répétition de déstabilisation qui ont cours au Cameroun. A ce propos, Ndzana Seme fait remarquer que «les services de renseignements français et camerounais, dans leur détermination de répéter coûte que coûte le scénario ivoirien au Cameroun, sortent subitement aujourd’hui, quelques jours seulement après que leurs média Afp et Crtv aient propagé la fausse nouvelle de la chute de Maïduguri dans l’espoir de célébrer l’invincibilité de Boko Haram, des jours aussi après avoir monté les “élites” du régime les unes contre les autres pour enflammer des joutes tribalistes sur le terrorisme de Boko Haram, nous sortent subitement aujourd’hui, un an et dix mois plus tard, leur arrestation et élimination probable du capitaine Guérandi Mbara.»

Puisque toutes nos références sur cette question sont constantes dans le fait que certains mains tapis dans l’ombre veulent jouer sur la fibre tribale pour attiser une guerre tribale en faisant croire que les Toupouri, populations camerounaises majoritaires dans la région de l’Extrême-Nord, où des exactions qu’on fait porter à tort ou à raison à la secte Boko Haram, sont en danger au Cameroun. Guerandi Mbara Goulongo étant un fils souche de cette tribu de même que les Camerounais qui ont été victimes des rapts et sévices mortelles qu’on attribue à la secte Boko Haram. Et le dernier et plus illustre, est l’attaque de Fotokol la veille de la célébration de la fin de jeun de ramadan qui a visé le domicile du Vice-premier ministre Amadou Ali qui y a perdu des employés et membres de la famille, et même vit aujourd’hui dans la trouille d’imaginer le sort que les ravisseurs qui ont enlevé son épouse ce jour-là réservent à cette dernière. Et Ndzana Seme de se demander : «si cette annonce ne cherche pas à enflammer davantage les populations du nord, dont Guérandi représentait encore un espoir de leader non corrompu par le système Biya, dites-nous quel autre rôle elle jouerait en ce moment critique de l’histoire du Cameroun ?»

Pour l’expert en stratégie militaire que nous sommes allés consulter, ce n’est pas «un épouvantail pour déstabiliser et révolter les populations du Grand Nord». Puisque pour mieux faire passer la pilule, les médias qui ont relayé cette information, tentent de présenter Guerandi Mébara comme l’ennemi public numéro un du régime Biya.

III- Des points d’ombre

En parcourant les deux articles, Georges Dougueli dans l’hebdomadaire panafricain « Jeune Afrique » et Guibai Gatama dans le bi-hebdomadaire « l’OEil du Sahel », comme dans un tir groupé soutiennent que l’ancien officier de la Garde présidentielle juin 2014 après avoir échappé aux milliers d’exécutions extrajudiciaires de Mbalmayo en représailles à la tentative du putsch manqué du 06 avril 1984 aurait été «intercepté et assassiné» par la Dgre en janvier 2013 à Sofia en Bulgarie.

Lui qui ne marchait pas seul et était toujours en compagnie de personnes de confiance. On cite pour mener cette opération, José Alberto Fernandes Abrantes un ancien Colonel des Forces spéciales portugaises, reconverti dans la sécurité et le commerce des armes. Pourtant, on se souvient que ce portugais était un promoteur immobilier qui était arrivé au Cameroun avec un projet CIC pour la construction des logements pour les Camerounais de la diaspora. Une opération scabreuse et mafieuse qui s’est achevée comme une eau de Baudouin, le contraignant à quitter le Cameroun sur la pointe des pieds avec des casseroles. De même, il est inexplicable que l’on est débarqué avec un homme dit-on inanimé dans cet aéroport brouillant sans que ni les employés ni les usagers ne remarquent la présence, au point qu’il n’y ait pas de fuite pendant plus de 21 mois.

Et qu’aujourd’hui la fuite soit partie du fait que le Portugais qui a quitté l’ancien Colonel de l’armée portugaise qui a quitté le Cameroun en décembre 2013 ait décidé de se mettre à table parce qu’il n’a pas entièrement été payé. Fort curieusement, son épouse Elisabeth Guérandi qu’on dit pourtant proche de la première Dame burkinabé, Chantal Compaoré, n’a jamais tiré la sonnette d’alarme sur la disparition de son époux, sauf si, elle aussi a été exécutée. Et encore moins ses enfants. Jolie, jolie ! Dans l’article de Jeune Afrique, on indique que Mgr Kléda, Archevêque métropolitain de Douala, est éploré depuis la disparition de ce frère de la même ère géographique. Ce clergé connu pour ne pas avoir sa langue dans la poche aurait-il résisté autant de temps sans jamais l’évoquer même dans l’une de ses homélies. Mieux dans ses sorties épistolaires à chaque moment crucial de la vie politique du Cameroun ? Pas possible.

En outre, le plan de vol décrit dans les articles des deux journaux suscités a ceci d’incongru pour un journal aussi sérieux et avec les entrées comme Jeune Afrique, qu’il est inconcevable que l’immatriculation de l’aéronef qui l’a transporté ne soit pas donnée. C’est un indicateur important dans l’aéronautique. Et c’est la chose la plus facile à obtenir en se rapprochant de l’Ascena. Et cette immatriculation qui aurait permis de vérifier que cet aéronef a effectivement survolé les pays du plan de vol. Ce d’autant plus que pour survoler un pays, chaque équipage doit obtenir au préalable les autorisations de l’autorité aéronautique de l’avion civil concerné. Autorisation qui s’accompagne du détail des éléments transportés par l’appareil. Ce qui ne permet pas de croire à un changement de destination en plein vol pour un avion dont le plan de vol initial était la Russie. Impossible !

 

 

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