Soboum : En attendant les casses…

Les habitants de ce quartier de Douala bientôt déguerpis par la Cud vivent dans la désolation.

Non loin d’un carrefour, à l’angle d’une rue jonchée de nids de poule, Elisabeth Yamen est l’objet de tous les regards. Elle parle, les mains tendues comme si elle voulait frapper un être invisible. « Qu’ai-je fait à Dieu ? s’interroge-telle, les sanglots dans la voix. Pourquoi veulent-t-ils détruire ma maison. Pourquoi ? ». Elle baisse alors son regard vers le sol. Des passants écrasent furtivement une larme. A l’approche de son interlocutrice, Elisabeth relève aussitôt la tête, le regard plein d’espoir. « Vous êtes de la Cud (Communauté urbaine de Douala, ndlr) ? demande-t-elle.

Est-ce qu’on va encore casser nos maisons ? ». Notre réponse la déçoit. Elle secoue la tête. Près d’elle, Clarisse Maffo, bébé au dos, ne parvient pas à contenir ses larmes. « Ça fait à peine un an que mon mari et moi avons construit notremaison après des années de location », dit-elle. Au quartier Soboum à Douala, les croix de Saint-André sont visibles sur les maisons construites tout au long du drain. Nathanaël Biada ne comprend pas toujours ce qui se passe. Voilà plus de 45 ans qu’il vit dans le quartier. « Je suis le premier habitant de cette zone, assure-t-il. Depuis ces années, on n’a jamais dit qu’on allait me détruire. Jamais ».

Les 25 juin et 10 juillet 2015 pourtant, les agents de la Cud ont débarqué dans le quartier et ontmis des croix rouges sur des maisons, tout en leur sommant de libérer les lieux dans les 48 h qui suivaient. Plus d’une semaine après, les habitants sont toujours là. « Où voulez-vous qu’on aille ? lance Gilbert Tella, un jeune homme qui vient de construire sa ’‘belle maison’’. Le gouvernement jette ses fils dans la rue sans pitié. On a nulle part où aller ». Madeleine Pedga, la soixantaine, sort de sa maison en courant.

La frêle silhouette vêtue d’un long kaba (robe ample) parle avec tristesse : « Lorsqu’ils sont venus, j’étais malade. Je leur ai dit :’’comment allez-vous aussi loin du drain ?’’. Ils nem’ont pas répondu ».Madeleine comme la cinquantaine d’autres familles à déguerpir assure que la limite de la Cud n’est pas la bonne. Le seul problème ? Personne ne connait la vraie distance. Jean Marie Kengni Kouakam parle de cinq mètres, du drain aux maisons. « La Cud veut curer les drains pour qu’il n’y ait plus d’inondation à Soboum. Le déguerpissement commence jeudi 16 juillet », explique le chef de quartier. « Quelles inondations ? Le drain est assez large », lance Gilbert avec colère. Près de lui, une voix l’interrompt : une femme s’est évanouie au marché Madagascar. « Sa fille lui a dit que les casses avaient commencé », reprend la voix. Ce n’est pas le cas.Mais, personne n’a encore détruit sa maison,  comme l’a conseillé la Cud.