Sinosteel envisage l’exploitation d’un gisement de fer au Cameroun dès 2016

La société chinoise, en partenariat avec African Minerals Ltd, envisage la mise en valeur dès 2016 d’un gisement de 632,8 millions de tonnes de fer près de Kribi, au Sud, malgré la conjoncture

En attente d’un permis d’exploitation cette année, la société chinoise Sinosteel Corporation, en partenariat avec African Minerals Ltd, envisage la mise en valeur dès 2016 d’un gisement de 632,8 millions de tonnes de fer près de Kribi, au Sud du Cameroun, en dépit d’une conjoncture internationale incertaine pour les investissements due à la baisse des cours de ce minerai.

Présente à la 2e Conférence internationale et exposition sur les mines au Cameroun (CIMEC 2015) organisée du 27 au 29 mai à Yaoundé par le ministère des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, Sinosteel a assuré lors de ce rendez-vous de son ambition de construire la première mine de fer dans ce pays, parmi un petit nombre d’autres investisseurs annoncés dans la filière.

[i “Sinosteel est déterminée à réaliser son projet, malgré la chute des cours du fer. C’est un projet de 800 millions de dollars [400 milliards de francs CFA] de coût d’investissement, qui comporte notamment la construction de la mine, d’un pipeline, d’une centrale thermique, la mise en place d’un fonds de roulement, etc.”], a exposé à Xinhua Paul Ntep Gwet, conseiller de l’entreprise.

Le projet a commencé à prendre corps en 2008 avec la réalisation des tests de valorisation du minerai, sur la base de l’acquisition de deux permis de recherche, Lobé 1 et Lobé 2, pour une ressource évaluée à 632,820 millions de tonnes à une teneur de 33,3% de fer et qui couvre une superficie totale de 971 km2 à Mamelles, localité située à 17 km du terminal minéralier du port en eau profonde de Kribi.

Dans un premier temps, Sinosteel et son partenaire camerounais African Minerals Ltd (5% du capital) prévoyaient de produire environ 4 millions de tonnes l’an, sur 25 ans. “On va commencer avec 320 millions de tonnes, pour une production annuelle de 10 millions de tonnes. On compte enrichir le fer sur place à 66%. Pour cela, on aura besoin de 100 mégawatts de production d’énergie, à travers le gaz naturel”, renseigne aujourd’hui Ntep Gwet.

Le groupe se prépare à soumettre aux autorités camerounaises sa convention minière dans un délai de deux mois. “On espère avoir le permis d’exploitation avant fin 2015, pour qu’en 2016 on commence l’exploitation avec la construction de la mine pendant dix-huit mois”, précise encore l’ex-coordonnateur du Cadre d’appui et de promotion de l’artisanat minier (CAPAM), agence gouvernementale.

Une partie des financements sera garantie par des fonds propres et l’autre partie par des prêts bancaires. Pour la viabilité de l’investissement eu égard à la chute des cours du fer, la compagnie basée à Yaoundé affirme solliciter des “incitations spécifiques” auprès de l’Etat camerounais, dont elle se garde de divulguer la nature. Parmi les progrès réalisés dans l’exécution du projet, les dirigeants de Sinosteel Cam S.A. mettent en avant l’obtention d’un certificat de conformité environnementale et sociale. Ils font état de leur intention de promouvoir la transformation locale avec la construction d’une aciérie, afin de pouvoir se positionner à la fois sur le marché de la consommation nationale et internationale.

 

© Reuters

Ressources inexploitées
Il est de notoriété que le Cameroun est une terre riche en ressources minières et minérales, mais inexploitées. D’après les estimations, plus de 6 milliards de tonnes de réserves de fer sont enfouies dans le sol du Sud du pays jusqu’au Nord-Congo et au Nord-Gabon, pays voisins et membres comme lui de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (CEMAC).

Au regard de l’importance du potentiel révélé par les gisements mis à jour, ces estimations sont à coup sûr sous-évaluées. Le pouvoir camerounais fonde de réels espoirs sur la concrétisation du projet de Sinosteel, notamment pour faire oublier les rendez-vous manqués de Cam Iron, qui peine à mobiliser les financements nécessaires depuis la signature de sa convention minière fin 2012 pour l’exploitation d’un gisement de fer aussi à l’Est.

A cheval entre l’Est du Cameroun et le Nord du Congo, le gisement de Mbalam-Nabeba, initialement estimé à 775,4 millions de tonnes à une teneur de 57,2% de fer, a récemment été réévalué à 805,7 millions de tonnes à une teneur de 57,3% de fer, pour une production annuelle projetée de 40 millions de tonnes. Son coût d’investissement est de 4,7 milliards de dollars (2350 milliards de francs CFA).

A sa décharge, ce projet comme bien d’autres en Afrique a pâti de la baisse de l’appétit des investisseurs due à une chute sévère des cours du fer, passés de 150 dollars en 2011, à 62 dollars la tonne à l’heure actuelle.

C’est la principale raison invoquée aussi par les dirigeants de Caminex, filiale de la multinationale basée à Londres Imic (International Mining & Infrastructure Corporation), pour justifier la lente évolution de leurs deux projets de Nkout et d’Akom II, dans le Sud du pays, respectivement estimés à 2,7 milliards de tonnes à une teneur de 66% de fer et à 176,3 millions de tonnes à une teneur de 35%de fer.

“Il est évident que la baisse des prix a un sérieux impact sur l’appétit des investisseurs pour s’engager dans ce type de projet, qui nécessite de lourds investissements”, a souligné à Xinhua Haresh Kanabar, responsable financier d’Imic pour qui sans une remontée des cours annoncée par certaines analystes vers 2018 il serait vain d’envisager surtout le développement du projet phare de Nkout.

A environ 7 km de Djoum, ville proche de la frontière congolaise, le gisement de Nkout, d’une production annuelle projetée de 35 millions de tonnes l’an, a été racheté par Imic à Afferro Mining en décembre 2012, pour une valeur de 200 millions de dollars (100 milliards de francs CFA). Selon Haresh Kanabar, son coût d’investissement avoisine les 5 milliards de dollars (2.500 milliards de francs CFA).

Le site du projet est localisé à 330 km du terminal minéralier du port en eau profonde de Kribi et nécessite la construction d’un chemin de fer. Celui du Ntem (Akom II) se trouve quant à lui à une distance de 80 km et planche sur la construction d’un pipeline pour le transport du minerai prévu d’être produit à 4 millions de tonnes l’an.

“Au stade actuel, nous ne sommes pas en mesure de commencer la construction des infrastructures et la production à Nkout. Je pense que ça prendra probablement cinq ans avant d’entrer en production.Mais pour Ntem, nous pensons qu’il est possible de construire le pipeline dans les trois années à venir”, fait savoir Harseh Kanabar.

Industrie sidérurgique locale
Créée en 2010, la Compagnie minière du Cameroun (CMC), filiale du britannique West African Minerals Corporation, déclare attendre elle aussi l’évolution du marché international pour lancer les études de faisabilité pour le plus avancé de ses trois projets, qu’“on ne peut pas faire actuellement, parce qu’on ne sait pas quel coût on mettra au niveau du coût de vente”, selon son dirigeant, Steve Makang.

Sur le permis Sanaga à Edéa, à une distance de 60 km du port de Douala et de 160 km de celui de Kribi, CMC s’emploie à vouloir exploiter un gisement de 82,9 millions de tonnes à une teneur de 32,1% de fer. Pour Binga, à Ma’an (sud), l’entreprise annonce avoir mis en évidence un gisement de 30,5 millions de tonnes à une teneur de 29,7%,entre 80 et 100 km du port de Kribi.

A Ngoïla (est), le permis Djadom porte sur un gisement de 111,5 millions de tonnes à une teneur de 30% de fer. “Notre stratégie: commencer par quelque chose de petit, sur 10 ans, entre 3 et 5 millions de tonnes l’an, dès que les conditions seront favorables. Nous rechercherons des projets à capitaux inférieurs ou égaux à 500 millions de dollars, pour pouvoir réaliser les investissements tant au niveau de la partie mine que de la partie des infrastructures”, a assuré à Xinhua Steve Makang.

Comme Sinosteel, CMC affirme vouloir aussi favoriser la mise en place d’une industrie sidérurgique locale pour la région, qui fait encore défaut, en portant son choix sur la transformation locale de la ressource produite.