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Simone Gbagbo, une prisonnière exquise

Simone Gbagbo, une prisonnière exquise

S’il y a une personne que la Cour pénale internationale (CPI) recherche ardemment avec des cierges en plein midi, c’est bien l’ex-première dame de la Côte d’Ivoire, Simone Gbagbo. Même condamnée à 20 ans de prison ferme, Simone Gbagbo reste une proie de choix pour Fatou Bensouda. Elle veut le scalp de l’ex-première dame, et pour cela, elle ne recule pas, en dépit du refus obstiné des autorités ivoiriennes . En effet, la Chambre d’appel de la juridiction internationale vient de confirmer, le 27 mai dernier, la recevabilité de l’affaire Simone Gbagbo, rejetant ainsi l’exception d’irrecevabilité soulevée par l’Etat ivoirien. Autrement dit, la CPI persiste et signe.

Elle souhaite que Simone Gbagbo soit jugée à La Haye pour les crimes relevant de sa compétence, notamment les meurtres, les viols, les actes de persécution et autres actes inhumains commis pendant la grave crise postélectorale de fin 2010. Et pour motiver sa décision, la CPI soutient que les autorités ivoiriennes ne prennent pas de « mesures tangibles, concrètes et progressives pour déterminer si Simone Gbagbo est pénalement responsable ». En clair, la CPI n’est pas convaincue du travail d’instruction en cours. Alors, que faire ? Jusqu’où ira la guéguerre entre la Côte d’Ivoire et la CPI ? Puisque le pouvoir ivoirien, quant à lui, estime que la CPI n’a pas à se substituer à la Justice ivoirienne, qui, dit-on, s’est engagée à faire son travail dans les règles de l’art. Au fait, on ne le sait que trop bien.

Après avoir envoyé Laurent Gbagbo à La Haye, le président Alassane Ouattara n’est plus disposé à transférer Simone Gbagbo. Car, ce serait, à ses yeux, indécent de livrer l’épouse après avoir jeté la peau de l’époux aux « loups ». Aussi Alassane Ouattara craint-il d’être dans l’histoire,   le premier président à avoir transféré une femme devant une juridiction internationale. Et ce n’est pas tout. Accepter de transférer Simone à la Haye voudrait dire qu’ADO en ferait autant, si demain la CPI venait à réclamer certains de ses partisans comme Ahmed Bakayoko et Guillaume Soro qui, pourtant, ont aussi des dossiers à la CPI. Or, personne, pas plus qu’ADO, ne prendrait le risque de scier la branche sur laquelle il est assis, à moins d’avoir fait dans ce cas précis, le choix du suicide politique.

Il faut craindre que la guéguerre  entre l’Etat ivoirien et la CPI autour de l’ex-première dame ne rejaillisse sur le procès de Laurent Gbagbo

En tout cas, ce sont là autant de considérations sociologiques et politiques qui laissent croire que ce n’est pas demain la veille que l’Etat ivoirien acceptera le transfèrement de l’ex- première dame. A moins que, par leurs prises de position et leurs déclarations primesautières, les conseils de Simone Gbagbo qui dénoncent ses conditions de détention, ne finissent par exaspérer ADO qui, par dépit, pourrait revenir sur sa position. Et cela, même les avocats de Simone le redoutent puisqu’eux-mêmes affirment que leur cliente souhaite être jugée par « la Justice ivoirienne qui fait son travail même si ce travail est critiquable ».

En clair, entre deux justices, la défense de Simone Gbagbo semble avoir choisi la moins féroce parce qu’une fois à La Haye, l’ex-première dame aura du mal à se sortir du pétrin.

En tout cas, il faut craindre que la guéguerre actuelle et persistante entre l’Etat ivoirien et la CPI autour de l’ex-première dame ne rejaillisse finalement sur le procès de Laurent Gbagbo qui débute, en principe, le 10 novembre prochain. Car il n’est pas exclu que par dépit et par représailles sourdes, la Cour décide d’abandonner les charges retenues contre le fils de Mama, comme elle l’a déjà fait avec le président kényan. On attend de voir.

 

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