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Shanda Tonme « Aucune armée même très solide,ne peut aller à la guerre avec tout le moral nécessaire, si elle a le sentiment que le chef est absent »

Shanda Tonme « Aucune armée même très solide,ne peut aller à la guerre avec tout le moral nécessaire, si elle a le sentiment que le chef est absent »

Le chef de l’exécutif peut avoir des raisons multiples pour traduire une absence […]Ne pas avoir à ce jour pris le soin de s’adresser solennellement aux Camerounais, et surtout de mobiliser personnellement les forces vives du pays, me semble d’une gravité sans précédent…Entretien de Alain Njipou, rédacteur en chef du Messager avec SHANDA TONME, spécialiste des doctrines militaires et des relations internationales

Pr, vous avez affirmé il n’y a pas longtemps dans ces mêmes colonnes il y a quelques temps, que l’heure est grave, et que le chef de l’Etat en tant que chef des armées, devrait remanier de fond en comble le commandement militaire. Que vous inspirent les derniers développements?

ST: J’ai peur d’avoir peur de vous dire que le processus d’approfondissement de la crise que je craignais a depuis connu une accélération beaucoup plus inquiétante. Certes, nous avons assisté à une restructuration du haut commandement souvent accompagnés de gestes forts, mais beaucoup reste à faire. Nous n’avons pas encore réellement pris la mesure, toute la mesure de la menace qui pèse que notre intégrité territoriale déjà largement entamée, ou encore sur notre existence en tant qu’Etat jouissant de tous ses attributs reconnus et consacrés par le droit international.

Est-ce à dire que les mouvements intervenus dans le haut commandement en question ne vous satisfont pas?

Non, ce n’est pas ainsi qu’il faut envisager ou interpréter mes sentiments. J’avais évoqué, suggéré et mis en exergue une somme de démarches liées. Ces démarches ne s’expriment pas dans les mouvements ni par des déclarations récentes. On ne gagne pas une guerre seulement en annonçant que l’on va la gagner. Il y a bien que cela à faire, à entreprendre, à penser et à implémenter. Les gestes forts de manifestation du consensus national face au danger n’ont pas encore été activés. Une guerre n’est pas l’affaire des seuls militaires, c’est l’affaire de toutes les composantes d’une nations s’exprimant à travers des concertations politiques du sommet à la base et vice-versa.

Justement, comment jugez-vous l’absence du chef de l’Etat en ce moment précis? Croyez-vous comme de nombreux Camerounais qu’il y a une démission de responsabilité?

Non, non e non. Il n’y a ni démission de responsabilité, ni fondamentalement défaillance. Je dirai qu’il y a une insuffisante appréciation du niveau du danger et des exigences conséquentes qui en résultent tant pour la fonction présidentielle en particulier, que pour l’organisation du travail du gouvernement en général et subsidiairement le besoin de communication avec les forces vives du pays. C’est vrai que les enseignements militaires affirment l’autorité manifeste et le rôle central en temps réel du chef des armées, chef de l’exécutif et principal artisan de l’expression de la souveraineté nationale, comme une condition de la conduite de la guerre. A ce niveau, il y a quelques soucis, quelques regrets et des manquements évidents que nous ne saurions continuer de banaliser. Toutefois, il me semble autant important de signaler que si l’exécutif est l’artisan, voire la cheville ouvrière de la formulation des doctrines stratégies militaires, les doctrines d’emploi des forces et de mise en oeuvre des planifications, relève des chefs militaires sur le terrain.

Voulez-vous dire que Paul Biya peut continuer à se reposer tranquillement en Suisse alors que le pays est ouvertement menacé par des voyous qui disent vouloir construire un Etat islamique en occupant une partie de notre territoire?

Non, pas cela. Sur le principe, je dois dire, et sans ambages, que le chef de l’exécutif peut avoir des raisons multiples pour traduire une absence, mais que la victoire du champ de bataille procède d’abord de cohérences organisationnelles, de consensus politique national, et de stratégies adéquates muries dans le contexte de structures politiques solides, de bonne gouvernance et de projection transparente de notre destin. Ne pas avoir à ce jour pris le soin de s’adresser solennellement aux Camerounais, et surtout de mobiliser personnellement les forces vives du pays, me semble d’une gravité sans précédent.

Vous continuez donc de penser qu’une messe à l’instar d’une grande conférence nationale s’impose?

Ah non, s’il vous plaît, ne parlez pas de conférence nationale, surtout pas. Des gens rien qu’à entendre son évocation entrent dans le coma ou attrapent le palu. Ce donc il est question, c’est le retour à l’humilité, à une gestion plus concertée et plus populaire du pouvoir. On ne sent pas ou plus le Cameroun en tant qu’Etat fort, en tant que système de gouvernance, en tant qu’acteur déterminant dans la projection géopolitique et géostratégique globale. Il y a une relation intime de nature dialectique entre ce vide perceptible avec les proclamations des supposés Boko Haram. La nature a horreur du vide.

Voulez-vous dire que tout est perdu et qu’il faut se préparer à affronter le pire?

Non, nous sommes quand même un pays, une nation, un Etat, un peuple avec une histoire faite d’étapes douloureuses comme a voulu le rappeler Paul Biya récemment. Il est simplement regrettable que la chose ait été interprétée comme la victoire d’un système sur le nationalisme et le patriotisme. Je crois qu’il fallait entendre au second degré, c’est à dire positivement. Maintenant, nous avons des hommes en armes sur le terrain qui se battent et nous avons le devoir de les soutenir quelles que soient les stratégies. L’enjeu est trop grand pour s’amuser et c’est ici que je me laisse convaincre qu’il faut prendre au sérieux tous les renseignements qui nous parviennent. Franchement, sans une mobilisation de nos meilleures intelligences et sans l’émulation d’un nouveau sentiment national fort, nous ne sommes plus à l’abris des lendemains non maîtrisés.

Que dites-vous finalement à ceux qui soutiennent que le chef de l’Etat doit rentrer immédiatement au pays pour prendre les choses en mains?

D’abord, en tant que citoyen attaché à son pays, à son armé et à ses institutions, je souscris sans réserve. Aucune armée même très solide, très motivée et très outillée, ne peut aller à la guerre avec tout le moral nécessaire, si elle a le sentiment que le chef est absent, loin du théâtre. Il y a cette communion irremplaçable entre le chef de famille et ses membres qui régule la fonction opérationnelle et garanti l’équilibre, la stabilité et la réussite des orientations et ambitions. Il n’est d’ailleurs pas impossible qu’à force d’entendre que notre président ne s’intéresse pas assez des risques, ces hors la loi en soient arrivés à conclure qu’ils peuvent nous envahir et provoquer même une scission du pays. En tout cas ils se tromperaient lourdement.

Faut-il retenir que le président, la victoire est toujours possible?

Je vous réponds que même avec le chef de l’Etat présent, il ya trop de choses attendent, trop de décisions qui doivent être prises, trop de gestes, de déclarations déterminantes qui sont dorénavant indispensables pour mettre le Cameroun et les Camerounais en ordre de bataille pour sauver leur pays, pour affronter et mettre en déroute les terroristes. Le gouvernement est à secouer comme on secoue un cocotier, et l’ensemble du système de gouvernance devrait être repositionner dans l’optique d’une véritable économie de guerre.

En dépit de tout ce qui est dit, nous sommes encore et toujours dans un système chroniquement corrompu, désordonné et fragilisé par l’expansion de l’impunité.

Des scènes comme la bataille au sommet d’Elécam et d’autres structures publiques, sont regardés et analysés par nos ennemis comme des failles pour nous attaquer, nous soumettre et nous nuire profondément. Le Chef de l’Etat seul détient les solutions, le pouvoir, la clé, le ton, la musique, l’espoir. Le temps presse, sinon la tempête pourrait être terrible.  En attendant, nous devons vibrer à l’union sacré et rien d’autre.

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