Sécurité privée: Seules neuf entreprises reconnues au Cameroun

Malgré la législation en vigueur, des hors la loi continuent de plomber le développement économique du secteur.

En l’absence d’un cadre légal spécifique, les premières entreprises privées de gardiennage voient le jour au Cameroun de manière informelle, vers la fin des années 1980. Il faudra attendre la loi n° 97/021 du 10 septembre 1977 relative aux activités privées de gardiennage pour que ce secteur soit normalisé. Selon la loi n° 2013/011 du 16 décembre 2013 régissant les zones économiques au Cameroun (article 35), l’agence en charge du secteur de la sécurité privée au Cameroun  procède régulièrement au contrôle des engagements et des obligations des promoteurs, des gestionnaires et des entreprises agréées, en liaison aves les administrations compétentes, selon les modalités fixées par voie règlementaire. Mais, la réalité sur le terrain semble être toute autre, selon les experts de ce secteur d’activités.
Les entreprises de sécurité privée au Cameroun vont mal. A en croire  les chiffres soulevés par des experts du domaine jeudi dernier à Yaoundé, lors du

premier forum national de conformité juridique des entreprises, seules neuf sur la cinquantaine qui exerce au Cameroun sont titulaires d’un agrément. Les experts expliquent que, confrontée à une logique économique, l’entreprise néglige souvent la norme juridique alors qu’elle est un enjeu essentiel pour son développement économique. Certains experts ont même qualifié de « clair-obscur » le rôle joué par l’Etat du Cameroun dans l’octroi des agréments à ces sociétés.
C’est sous le thème : « Conformité juridique : un enjeu pour le développement économique des entreprises de sécurité privée », que  les experts du secteur de la sécurité privée se sont réunis à Yaoundé. Trois exposés étaient au menu des échanges : le panorama de la sécurité privée au Cameroun ; l’accès à l’agrément pour exercer une activité privée de sécurité ; et l’accompagnement des entreprises de sécurité privée à la conformité juridique. Il était question pour les experts et professionnels des entreprises de sécurité privée, de tabler sur les blocages liés au fonctionnement de ce secteur d’activité.
Il était entre autre question pour les experts, de mettre à la disposition des entreprises un juriste afin de sécuriser leur activité commerciale et les relations avec les personnels. Le juriste aurait aussi pour rôle, le suivi administratif de l’activité de l’entreprise. Patrick Refalo, le président de L611 & associés, un cabinet de consultants formé d’experts en conformité juridique des entreprises en France, a expliqué que « l’entreprise qui s’engage dans le protocole de conformité juridique adresse un message non seulement aux pouvoirs publics mais aussi à sa clientèle et aux salariés. C’est aussi l’occasion pour l’entreprise de montrer sa capacité à se conformer aux lois et règlements dans son activité ».

Blocages
Selon Jean-Jacques Christian Memono, l’un  des exposants au forum, l’Etat du Cameroun est en majorité responsable de la cacophonie ambiante dans le secteur des entreprises de la sécurité privée au Cameroun. Il a expliqué que, relativement aux entreprises de sécurité privée de gardiennage, il y a un clair-obscur. « La loi numéro 97/021 opte pour une définition restrictive des entreprises privées de sécurité. Ce qui fait que ces entreprises de gardiennage sont reconnues et ont qualité pour pouvoir exercer. Sont donc exclues, les entreprises de transfert d’argent et d’escorte. L’Etat n’a pas cru bon de libéraliser totalement. Il l’a fait, mais en gardant la main sur un pan délicat en matière de sécurité publique au Cameroun. Le président de la République a pourtant créé pour garantir sa neutralité, une commission consultative d’examen des dossiers de demande, mais également de suspension et de cessation  des entreprises exerçant dans le domaine. Il se pose un problème de suivi de ces entreprises», a expliqué l’expert.
Patrick Refalo poursuit en expliquant qu’aujourd’hui, dans le monde de l’économie, il n’est pas possible pour une entreprise de croître économiquement sans une bonne sécurité juridique. Il a indiqué que le protocole de la conformité juridique est un dispositif qui a été mis en place et testé en France. La règlementation du Cameroun étant analogue à celle de la France, le protocole de conformité juridique L611 & associés va permettre aux entreprises camerounaises de connaitre ce cadre de sécurité juridique qui est propre à la sécurité privée.