Sa majesté Nkoe Valère: la mémoire de Madouma

Le patriache conseille aux jeunes de respecter leurs aînés, pour vivre heureux et longtemps

 

Au bout de l’entretien, le ton de sa voix est constant. Sa majesté Nkoe Valère, 76 ans, a des ressources et règne depuis 31 ans sur Madouma, village situé à trois kilomètres d’Abong-Mbang. C’est le 6 juin 1986, qu’il succède à son père Agotsing Mathieu. Il est le quatrième de la dynastie. Et depuis, il joue son rôle de serviteur du peuple. Son village a grandi et compte quatre grandes familles, pour autant de notables. Mais ne lui demandez pas le nombre de ses sujets. «Le problème est lié à la sorcellerie. C’est cette conception qui empêche d’identifier les gens ici. Ils soupçonnent que vous allez donner leurs noms aux sorciers. Mais, le recensement n’a jamais été fait dans cette contrée», répond le sage, qui s’attèle à « maintenir la paix » dans sa chefferie.
Gardien de la tradition, il maîtrise l’histoire d’Abong-Mbang au bout des doigts. « Madouma est le détenteur coutumier d’Abong-Mbang. Sa majesté Bolé a attribué le site aux colons allemands. Abong-Mbang est composé de deux mots maka : Abong signifie rivière et à côté de celle-ci se trouvait un arbre qu’on appelait Mbang (iroko)», explique le patriarche. Au quotidien, il s’attache à la résolution des problèmes des femmes, des hommes et des jeunes de son territoire de compétence: foncier, crise de jalousie, de polygamie, mésentente, bagarres, sorcellerie. «Un chef réputé, c’est celui qui protège ses populations. Je m’arrange à régler tous ces problèmes, sur place. C’est quand un problème est plus difficile, que j’envoie aux autorités compétentes », explique notre interlocuteur, préoccupé par l’attitude des jeunes d’aujourd’hui qu’il appelle au changement.
Ancien polygame, aujourd’hui, il n’a qu’une seule femme, et est père de sept enfants. Il en avait épousé trois. Une est morte, l’autre a divorcé. « La polygamie est complexe. On rencontre beaucoup de difficultés et très peu d’avantages », conseille le septuagénaire. Pour lui, les jeunes doivent être respectueux envers les aînés pour être « bénis »