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Richard Bona,  »Je suis un vrai etudiant de la musique »

Richard Bona,  »Je suis un vrai etudiant de la musique »

L’artiste camerounais prône le retour aux sources mais insiste sur la nécessité d’aller au contact des autres.

2012 puis en 2013. Avez-vous pris l’option de désormais donner des spectacles au pays natal chaque fin d’année ?

Je ne sais pas. S’il y a un projet et que je suis invité, je viens. Si je ne suis pas invité, je viendrai quand même. J’accompagne toujours ceux qui veulent faire dans l’humanitaire et font bien les choses, surtout pour les malades ou les gens en détresse. C’est la raison pour laquelle je viens souvent donner un coup de main.

Votre concert est un projet musical dans lequel vous fusionnez avec des rythmes latinos. Quelle en est la signification ?

Les rythmes latinos sont des rythmes africains. Nous les Africains avons tendance à ne pas aller chercher nos racines. Nous avons plutôt tendance à oublier, rejeter nos racines, ou ne pas en prendre conscience. Moi-même, quand j’habitais en Afrique, je n’avais pas conscience de la richesse de mon patrimoine. On ne nous éduque pas à aller creuser dans notre patrimoine. Si on a construit des maisons en terre battue, c’est à cause des températures auxquelles on fait souvent face. Mais on enfonce dans nos têtes qu’il faut construire en tôle au point où on oublie complètement ce que nous avons d’africain.

On finit par oublier que la paille nous protège de la chaleur et que c’est la tôle qui nous renvoie la chaleur. C’est pareil avec la musique. Depuis que j’ai commencé à faire des albums, je suis à la recherche de qui je suis, à quelle société j’appartiens et ce qui est ma racine.

Vos racines, vous les tenez bien de votre grand-père qui vous a initié à la musique dès votre bas âge ?

Mon grand-père est toujours avec moi, même s’il a quitté ce monde depuis longtemps. Il reste mon mentor. C’est lui qui m’a initié. J’avais trois ans. C’est lui qui me met le balafon dans la main, qui veille que je fasse de la musique tous les jours. Il a su observer, voir et déceler que j’aimais beaucoup la musique. Très souvent, nous n’observons pas nos enfants en Afrique. J’ai eu la  chance d’avoir un grand-père qui observait. Pourtant, on croit souvent qu’il n’y a que l’école. Mais il n’y a pas que l’école. Il y a aussi la satisfaction et la joie d’une personne. Je préfère avoir un fils cuisinier au lieu d’un président de la République ou d’un avocat toujours fâché parce qu’il a raté sa vocation.

Vous parlez d’authenticité, c’est pourquoi vous tenez tant à vous distinguer de la tendance Dj ?

Je ne suis pas contre les Dj. Ce qui m’embête dans la musique moderne ces jours-ci, c’est que huit artistes sur dix jouent en playback. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai fait un album très acoustique. J’ai fait cette dénonciation dans une interview au journal L’Express en France. Toute la communauté musicale m’est tombée dessus. Même au Cameroun, beaucoup de chanteurs font du play-back. Je ne suis pas contre le playback, mais je pense que lorsqu’on le fait, il faut le dire au public ; que le concert auquel il assiste est en play-back ou en live. Sinon ça devient un mensonge.

Que vous apportent les collaborations musicales que vous faites, comme celles avec Steve Wonder ou Laureen Hill ?

J’ai ma musique qui est celle de chez moi. Ils ont également leur musique. Ils m’appellent pour que je leur apporte mon expérience, aussi parce que je peux jouer leur musique. Jouer la musique des autres, c’est embrasser la différence, c’est la chose la plus importante dans l’art. Si je ne jouais que ma musique de Minta tout le temps, ce serait bien beau. Mais quand je joue avec des Indiens, j’ai l’impression d’apprendre aussi. Je suis un vrai étudiant de la musique. J’ai envie d’avoir l’impression d’apprendre quelque chose.

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