Révolte des populations : Une base de l’armée Camerounaise incendiée

Des pertes en vie humaines et d’importants dégâts matériels ont été enregistrés dans cet arrondissement du Mayo Danaï, région de l’Extrême-nord.

DEPUIS QUELQUES jours, la localité est sous couvre-feu. Tout est parti d’une interpellation d’un moto taximan aux environs de 21h. La moto saisie par les soldats est ce qui a mis le feu aux poudres. L’infortuné de cette opération a vite fait d’aller alerter la communauté et ramener sur place un groupe d’individus. Rendus sur le lieu d’intervention de la patrouille non loin du stade, les habitants ont réclamé la restitution de la motocyclette Camer.be. « Nous avons reçus des instructions fermes selon lequelles à partir d’une certaine heure, aucun engin ne devait plus être en circulation.

C’est ainsi donc qu’autour de 20h nous avons interpellé certains individus dont une moto d’un citoyen. Quelques minutes après, le monsieur est allé alerter tout le village pour venir récupérer la moto de force. Nous avons résisté et avons reçu une pluie de coups de pied, de gourdin et jets de cailloux. Nous avons tiré des coups de feu de somation en l’air et une balle perdue a atteint une des personnes sur place. Ce fut un malheureux dégât collatéral qui n’a pas été voulu par la patrouille qui ne faisait que suivre les instructions et veiller à la sécurité des populations.

«Face aux actes de violence de ces populations et ne pouvant pas faire usage de nos armes sur nos propres concitoyens, nous avons couru vers le camp pour échapper à cette vindicte populaire.», déclare l’un des militaires en patrouille. Selon le jeune militaire quand la population est venue les envahir, un haut gradé du côté de Maroua aurait ordonné le retour à la caserne pour éviter d’être molesté Camer.be. Profitant du repli à la hâte des militaires, les populations à leurs trousses se sont introduites dans le camp. Dans la foulée et sous l’emprise de la colère, les populations ont mis le feu à 2 véhicules Land Cruser de la base navale, des motos et plusieurs autres matériels ont été incendiés.

La base militaire a été saccagée et vandalisée. Selon une source sécuritaire, des armes et munitions auraient été emportées par certains de ces manifestants aux intentions douteuses. Pour les populations, cette situation constitue une goutte d’eau qui a fait déborder le vase. «Nous population de Maga sommes désolées de ce qui est arrivé. Nous sommes victimes chaque jour des exactions de ces militaires. Ils arrêtent nos engins de jour comme de nuit. Pour rentrer en possession de nos matériels il faut se laisser rançonner. Nous avons eu marre de cette attitude des militaires qui rendent difficiles la vie à Maga», déclare un chef de quartier de la localité.

Informé de la situation, le Gouverneur de la région de l’Extrême-Nord Midjiyawa Bakary a tenu une réunion de crise dans l’après-midi du jeudi dans la localité de Maga. Sur place, le patron de la région a exprimé sa compassion à la famille de la victime. Profitant de cette tribune de concertation et de dialogue, il a invité la population et les militaires à revenir à des bons sentiments. Au moment où nous allons sous presse, l’atmosphère reste tendue à Maga. Bilan un mort, un blessé et des dégâts matériels importants. Un climat qui peut favoriser une adhésion au discours des prédicateurs et recruteurs de la secte islamiste radicale nigériane Boko Haram Camer.be. Un groupe proche aux idéaux jihadistes qui a lancé une insurrection dans le nord-est du Nigeria depuis 2009 et qui s’est irriguée dans les pays du Bassin du Lac Tchad faisant à ce jour des milliers de morts.

Ceci à travers les attaques armées et depuis quelques mois des attentats-suicides de jeunes filles et garçons de 10 à 16 ans. La plus récente exaction est l’attaque menée par Boko Haram dans le village camerounais de Doulo Camer.be, frontalier du Nigéria dans la nuit de mercredi 21 à jeudi 22 octobre 2015 faisant huit (08) morts parmi les villageois. En effet, les milices islamistes nigérianes de Boko Haram qui venaient de se heurter aux forces de sécurité, dans le département de Mayo-Sava, ont mené un raid sur le village de Doulo qui a fait huit (08) morts et neuf (09) blessés.

Le racket des militaires, la goutte d’eau de trop

Au regard des incidents de Maga, le Cameroon people’s party (Cpp) de Kah Walla a fait une sortie officielle pour appeler au calme, mais aussi pour condamner les causes et les conséquences de cet incident qui a entrainé la mort d’un homme. Non sans faire remarquer que dans la conjoncture actuelle de lutte contre le terrorisme, il est plus que jamais nécessaire de veiller au respect des droits et libertés des citoyens, gage de leur collaboration pleine et entière dans l’éradication de Boko Haram. Pour autant, le Cpp dans un communiqué rendu public jeudi le 22 octobre 2015 interpelle le Gouvernement et les différents corps en charge de la défense et de la sécurité à mettre un accent particulier sur la formation des militaires et la sanction des brebis galeuses Ca mer .be. Parce que tout comme le président de la République, Paul Biya l’a prescrit lors du Conseil ministériel du 15 octobre 2015, le premier défi du gouvernement est de sécuriser les biens, les personnes et la souveraineté du territoire national. Le Cpp rappelle que « la guerre contre les terroristes se gagnera grâce à une bonne collaboration entre l’armée et la population. » Avant de conclure : «Le but de l’armée, de la police et de la gendarmerie est de défendre et protéger les populations et non de les opprimer.»