Révélations de Bakary Sambe, auteur d’un livre sur le mouvement islamiste: L’ARGENT DE BOKO HARAM

En dehors des attentats spectaculaires, des enlèvements massifs opérés par le mouvement dont la presse étrangère se fait souvent l’écho, l’on n’a pas suffisamment d’information sur Boko Haram. Pour la première fois, un universitaire sénégalais, Dr Bakary Sambe, s’est intéressé à cette organisation terroriste qui sème la terreur au Nigeria depuis 2006. Il vient de publier Boko Haram : Du problème nigérian à la menace régionale, un livre qui révèle la vraie racine du Mal.

L’ouvrage intitulé Boko Haram : Du problème nigérian à la menace régionale est le fruit d’une recherche minutieuse réalisée rigueur scientifique. Le chercheur a mis volontiers en veilleuse les informations souvent livrées par la presse étrangère et des ONG, qui ne font pas forcément un travail très fouillé.

Préférant mener ses investigations auprès des sources les plus proches du mouvement et en se procurant les documents authentiques du mouvement, notamment un texte publié par le fondateur, Muhammad Yusuf, ainsi que sa Lettre ouverte au gouvernement fédéral, entre autres.

Dans ce livre d’une grande valeur pédagogique, l’universitaire trace les origines et le contexte de la naissance de Boko Haram, son évolution, ses connexions avec les autres mouvements islamistes comme les shebab somaliens, Al Qaeda, ses sources de financement…

S’agissant de la naissance du mouvement, Bakary Sambe explique qu’il est le résultat d’une frustration nourrie par un système éducatif dualiste dans un même pays : d’une part un système occidental dont les bénéficiaires suivent un cursus du primaire au supérieur, deviennent fonctionnaires de l’Etat et, de l’autre, le système arabophone d’où sont issus la plupart des marginalisés de la société, ceux qui peinent à avoir une place ou une situation respectable dans leur propre pays.

Mais l’avènement de Boko Haram est aussi le fuit d’une “rupture de repères et de l’imaginaire”. Ce sont principalement les deux éléments qui ont motivé la naissance du groupe. Et son but final est l’instauration d’un Etat islamique au Nigeria, conformément à l’idéologie prônée depuis l’abolition du califat en 1922.

Sources de financement

Concernant les sources de financement du mouvement, le livre de Bakary Sambe révèle d’autres sources qui jusqu’ici n’étaient presque pas évoquées ni connues par grand nombre, en dehors de celles données de façon parfois hésitante par les médias internationaux et des ONG, à savoir les rançons tirés de la prise d’otages

Selon ses proches, Muhammad Yusuf, le fondateur du mouvement, assurait le financement de l’organisation à sa naissance. Il est issu d’une famille riche, détentrice de propriétés foncières. Cette thèse est mise en doute par d’autres proches du mouvement. Toujours est-il que le père fondateur s’est illustré très tôt dans la charité en faveur des nécessiteux.

Les membres du mouvement ont dû, quant à eux, vendre leurs biens immobiliers, leurs commerces, y compris les bijoux de leurs épouses, pour “soutenir l’action du Djihad” du groupe.

Autres révélations du livre : les milices politiques des différents partis politiques utiliseraient la secte pour se débarrasser d’adversaires politiques ; les oulémas de Boko Haram vont jusqu’à légaliser le vol en le considérant comme butins dans des situations de Djihad.

“Ces vols sont de différents types, y compris des attaques de banques. Ainsi en novembre 2014, des centaines de banques, principalement dans les Etats comme le Borno, ont été victimes de vol à main armée, rapporte Bakary Sambe. On évalue les ressources tirées du vol, entre 2012 et 2014, à environ 6 millions de dollars.”

Toujours au chapitre des sources de financement du mouvement, le livre de Sambe révèle que de haut dignitaires des Etats du Nord ont conclu des accords avec Boko Haram pour “être protégés des attaques moyennant des versements d’argent”. Ce phénomène aurait pris de l’ampleur à partir de 2004. C’est aussi avec la complicité des mêmes dirigeants du Nord que l’établissement des bases du mouvement a été facilité dans cette zone du pays.

Constitué de 125 pages, le livre de Bakary Sambe est écrit de manière simple et facile à lire. L’auteur précise que l’appellation de Boko Haram (signifiant l’éducation occidentale est un péché) est une invention des médias et de certaines ONG qui ont collé ce nom au mouvement. De même la perception que le mouvement a de lui-même n’est pas la même que les autres ont de lui.