Réponse «insuffisante» de l’Etat et des organisations religieuses face au radicalisme émergent (rapport)

APA-Yaoundé (Cameroun) – La réponse de l’Etat du Cameroun, mais aussi des organisations religieuses «demeure insuffisante, et dans certains cas porteuse de risques» face à la montée du fondamentaliste dont la secte islamiste Boko Haram est aujourd’hui l’une des représentations les plus emblématiques, selon un rapport publié jeudi par l’organisation International Crisis Group (ICG).
Le document, dont APA a pu obtenir copie, accuse ces institutions de focaliser leur attention uniquement sur le mouvement jihadiste, sous-estimant le potentiel conflictogène que constitue l’émergence d’autres poches de radicalisme et qui risque de changer la donne et porter atteinte au climat de tolérance religieuse en général.

Dans la partie septentrionale du Cameroun en effet, ICG constate la pénétration de courants fondamentalistes combinée aux tensions communautaires locales, considérée comme «potentiellement source de conflits» alors que, dans le grand Sud, la compétition pour les dirigeants de la communauté musulmane entre soufis et groupes proches du wahhabisme devrait s’accentuer et pourrait dégénérer en incidents locaux.

Au sein du christianisme aussi, analyse le rapport, l’essor des églises pentecôtistes dites de réveil a brisé le monopole de l’Eglise catholique et des églises protestantes historiques.

En dépit du fait qu’elles sont souvent dépourvues d’existence légale et mal considérées par les catholiques, ces nouveaux mouvements «prêchent une forme d’intolérance religieuse, s’auto-excluent du dialogue interreligieux et sont hors de l’espace religieux officiel, bien que soutenant le régime pour la plupart».

Face à ces nouvelles formes d’intolérance religieuse, ICG regrette que les initiatives de dialogue interreligieux soient plutôt faibles, dispersées et ne touchent qu’une minorité de la population, ces transformations du paysage religieux n’étant pas perçues comme problématiques par les autorités politiques et religieuses camerounaises.

La lutte contre la menace du radicalisme religieux au Cameroun, insiste l’étude, passe par l’élaboration d’une stratégie globale et cohérente incluant l’étude des mutations religieuses actuelles, l’adoption d’une charte de la tolérance, la mise en place d’organes représentatifs de l’islam et des églises de réveil ainsi que le développement économique et social des régions fragiles.

Dans l’immédiat, ICG invite le gouvernement à œuvrer à une meilleure surveillance du prosélytisme fondamentaliste, à soutenir les associations de dialogue interreligieux et ) à améliorer la sensibilisation des populations.

Dans la même mouvance, la mise en place d’une réponse globale et cohérente, par les pouvoirs publics et les organisations religieuses, s’avère nécessaire afin d’empêcher la détérioration du climat religieux et d’éviter des violences à connotation religieuse observées dans les pays voisins que sont le Nigeria et la République centrafricaine.