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Réponse de Robert Atangana à Mono Ndjana

Réponse de Robert Atangana à Mono Ndjana

Cher ancien Professeur et collègue, lorsque j’ai reçu la notification de votre réaction a moi adressée, en réponse a la question que je vous avais posée, j’ai cru que j’allais enfin recevoir une explication claire à ma principale préoccupation. Voici ce que je vous avais demandé : « Etant donné que selon vous, un Fang-Beti ne pouvait pas devenir chef de l’Etat du Cameroun à la suite de S.E. Paul Biya, actuel chef de l’Etat, quel serait donc l’ordre tribal de succession, ou l’ordre de succession tribale, que vous proposez ».

Je vous ai aussi demande sur quelle base le pouvoir exerce par M. Biya engageait les Fang-Beti existants et a naitre, au point qu’ils aient perdu le privilège de se présenter à la candidature, au point que vous leur interdisez d’y « penser ».

Je vous ai lu entièrement, mais je n’ai pas trouvé réponse à ces questions. Vous continuez donc de ne faire que denier son droit à un groupe, en vous appuyant sur vos propres fantasmes et sur vos suppositions. Vous supposez que M. Ahidjo a « donne » le pouvoir a M. Biya, et que M. Biya le « donnera « aussi a un suivant. Mais vous avez oublié de citer M. André-Marie Mbida. A-t-il lui aussi « donné » le pouvoir a M. Ahidjo ? Vous faites exprès de ne pas évoquer ce cas singulier pour ne pas avoir à ravaler votre théorie tribale, parce qu’elle pourrait exploser sur le mur du diktat colonial si cher à vos maitres à penser, que vous plantez tour à tour comme des béquilles de votre argumentaire. Je vous reprends : « Rousseau, Mirabeau, Foucault, etc. Avec toute ma déférence a votre endroit, je suis au regret de noter que l’histoire de France constitue, hélas, votre horizon.

La France n’a jamais été une nation aussi unie et finie, comme vous le prétendez. Napoléon Bonaparte, Corse de son état n’a pas réussi à enlever à sa Corse natale, son esprit sécessionniste. Les Basques continuent de revendiquer leur indépendance. Les Savoyard estiment que leur épargne et leur esprit industrieux est abusivement mis au service des autres. Les Auvergnats revendiquent leur riche patrimoine qui ne leur profite pas assez. Les bretons, ont l’esprit tourne vers la Mer, et des Alsaciens « de souche » qui se sentent plus Allemands que jamais, etc.

Si on revient à votre analyse, je crois que vous vous êtes mis hors sujet dans votre propre sujet. Je vous cite : « La prise du pouvoir par un «Béti» à la suite de Paul Biya serait vecteur de guerre civile ». Le pouvoir est donc posé quelque part, et il sera simplement « pris » !

Vous soupçonnez donc que ce sera par coup d’Etat qu’il y aura « prise » de pouvoir ? Dans ce cas de figure, vous auriez raison de redouter une guerre civile, parce qu’il y aurait réaction d’une force, face à une autre qui « prendrait » le pouvoir.

Plus loin, vous dites : « un frère de sa tribu, ou de son ethnie Fang-Béti ne devait pas songer à cette éventualité, et cela en arguant de ce qu’elle soulèverait une violente réprobation de la part des autres tribus ou ethnies, et probablement une incommensurable guerre civile »

Mon interrogation : La parente étant d’abord sociale avant d’être biologique, vous devrez préciser le degré de filiation qui sera exclu, et celui qui sera inclus de votre limitation, et de vos interdictions. Il faudra ainsi examiner qui peut être classe comme « frère » de M. Paul Biya et qui ne devrait pas.

Petite analyse. M. Biya est issu de l’ethnie Yezoum par son père, et Bulu de par sa mere, il est donc du clan des Nanga. Or les Nanga sont les frères des Beti et des Bassa. Par sa mere, il est Bulu et il est ainsi le « frère » de tous les Ekang. Ce qui inclut les Fang, les Ntoumou, les Maka, les Yambassa, les Bakoko, les Ngoumba, les Bakweri, les Yabassi, les Basso, les Mbo ou les Banyanguis, etc.

Etant donné que les Tikars sont les oncles maternels des enfants de Nanga, il est aussi le « frère » des Bamuns, des Voute, des Mboums, des Bamilekes, et des Tikars eux-mêmes, si nombreux dans le Nord-ouest et l’Adamaoua. Et comme une filiation est connue entre les Foulani et les Ekang, il est aussi le « frere » des Peuls et des Bororos.

Il reste donc qui pour « penser » a lui succéder ? Il reste quelques cousins à l’extrême-Nord (Kirdis), au Sud, au Centre et à l’Est (les Pygmées).

Pour respecter le parallélisme des formes, si on utilise le mode de désignation démocratique, l’éligibilité va de pair avec la qualité d’électeur. Je ne suis pas sûr qu’il restera 20% des électeurs en lice.

Vous affirmez ensuite que : « Dans le sens d’une démocratie apaisée, c’est sous la forme individualisée de l’homme et non sous sa forme communautaire ou tribale qu’ils avaient imaginé le passage de l’état de nature à l’état sociopolitique. Et c’est sur cette base que seront pensées et codifiées les démocraties qui vont ultérieurement essaimer dans le monde occidental ». C’est faux. L’Europe civilisée a été dirigée des environs de l’an 170 jusqu’au Moyen-Age par les Maures, ces Noirs qui leur ont tout appris avant d’être eux-mêmes évincés par les Arabes, puis les Européens éclairés tardivement. Il n’y a donc pas eu une « évolution linéaire des communautés européennes. Je vous prie d’aller lire à ce propos.

« Ces dernières sont donc construites sous le mode d’une unification nationale déjà réalisée depuis des millénaires sous la férule monarchique »

Je vous réponds : Faux ! Les Européens étaient dirigées dans des petits villages ou groupes de villages autonomes appelés « principautés », suite à leur migration du Caucase d’où ils venaient, et ont été unifies sous des royaumes par les Africains nommes « Maures », puis après par des seigneurs de guerre Caucasiens a l’instar des Borgia, ou des Garibaldi. Ce qu’ils n’avouent pas dans leurs livres d’histoire.

Vous affirmez ensuite : « C’est dans cet état que les conquistadores et autres chercheurs d’or européens vont aller occuper l’Amérique où ils constitueront également, après des vicissitudes, les Etats-Unis d’Amérique sous la forme d’une nation parfaitement intégrée. Il s’agit, un tout petit peu

comme dans la Grèce antique, et mutatis mutandis, d’une démocratie idéale.» Là-bas, ce sont des individus qui se présentent aux élections et qui sont diversement appréciés en tant que tels, pour leur valeur intrinsèque. Faux, une fois de plus ! Les Etats-Unis n’ont jamais été une Nation parfaitement intégrée. C’est une possession esclavagiste jusqu’à nos jours, détenue par les descendants de Charlemagne, des banquiers, et une alliance religieuse et maçonnique unie dans l’Ordre Souverain de Malte. Tous les immigrants, et même l’Etat américain ne sont que des figurants d’une machine qui joue le jeu de l’alternance « démocratique » superficielle pour émouvoir les esprits simples. C’est une oligarchie fraternelle et esclavagiste au sens pur du terme.

Rien à voir avec la Grèce antique, fondée par des Bantous si vous l’ignorez encore (vos propres ancêtres). L’élection du chef d’Etat des Etats-Unis est un cirque folklorique ou on élit des grands électeurs eux-mêmes investis par les vrais propriétaires prives et secrets du Dollar, des banques et des terres. Tous les citoyens, transpirent et travaillent pour la gloire de propriétaires qu’ils ignorent. Il n’y a pas pire esclavage que de travailler pour un Maitre dont on ne peut voir le sourire de satisfaction comme récompense, ou comme soulagement.

Vous dites ensuite, en vous inspirant d’un autre de vos maitres à penser (chose qui me déçoit de ne pas vous voir penser comme un grand, que vous êtes): “La «politique du ventre» dont parle Jean- François Bayait et que j’avais déjà dénommée moi-même «mentalité digestive», devrait donc être respectée au-delà des revendications communautaires par les impétrants. Les différents régimes africains, tout comme les organisations en lutte contre ces régimes, ont tous encouragé cette forme de corruption politique propre aux populations affamées ».

Vous ignorez sans doute que dans chaque peuple, l’élite dirigeante, seule a besoin d’être jugée, si tant est que cette élite se renouvelle sans cesse et tourne par la dialectique des enjeux et de l’histoire dans l’espace –temps. Vous ne saurez donc figer le jugement d’un peuple sur l’instant d’un simulacre d’élection abdominale, dont nous connaissons tous les ressorts artistiques et cinématographiques pour faire semblant d’élire. Vous avez donc été essentiellement superficiel et peu analytique dans votre jugement. Vous n’en serez point excuse, vu votre profil.

Vous n’hésitez pas à vous insulter vous-même en disant : « Nous n’avions donc pas affaire à un peuple mûr, mais à des populations affamées et qui, pour n’avoir pas été éduquées autrement, ont raison de présenter des réactions alimentaires propres à la mentalité digestive »

Vous manquez de sincérité dans votre posture de philosophe politique. Avez-vous jamais croise un Peuple dans la rue ? Comment savez-vous qu’il n’est pas mur. Le Peuple n’est qu’un vocable et n’existe que dans le discours. C’est une association généralement démagogique entre l’action de quelques leaders non-dirigeants, se réclamant de la volonté populaire, plus qu’une réalité sociologique ou politique. Vous le savez pertinemment pour l’avoir enseigne toute votre vie. Et vous ne rendez service a personne en insultant un peuple par un tour de passe-passe conceptuel. Un peuple mur, ça n’existe pas. Il existe des élites mures, et elles sont plurielles et dynamiques dans une société en compétition interne. Et vous le savez.

Vous m’étonnez surtout quand vous partez d’un constat d’immaturité et de ventralisme, pour juger ce peuple immature selon des normes « démocratiques ». Nous entrons de plain-pied dans la logique du hors-sujet démagogique dont je vous accuse. Il n’y a pas de linéarité des mœurs qui traineraient la démocratie avec leur laisse. C’est la clairvoyance des élites qui instaure un « esprit démocratique ». L’esprit démocratique n’est donc pas un processus social. C’est une inspiration de gouvernance qui n’a besoin que de la force publique pour s’imposer à tous, de la même façon que les nécessites fiscales peuvent s’imposer a une population pour atteindre ses buts. Je vous rappelle cela car vous avez affirmé : « Il faut convenir qu’une démocratie ne saurait être en avance sur les pratiques et les mœurs en vigueur, sur les orientations psychologiques et anthropologiques des populations concernées. Aucune démocratie ne peut sauter au-dessus de son temps pour viser un idéal abstrait. Si elle le fait, c’est qu’elle s’apprête à commettre des catastrophes. »

La démocratie ne tombe pas du Ciel. Elle s’installe par la clairvoyance de dirigeants ayant la force a leur disposition, mais qui décident, ou auxquels la force publique et les équilibres de pouvoirs exigent une mise à contribution de tous pour le salut collectif.

Vous terminez en évoquant les ajustements structurels qui relèvent plutôt d’une logique exogène de recolonisation et d’anéantissement des velléités nationales d’émancipation économique.

Sur ceux, je suis contraint de disqualifier votre argumentaire, et de vous dire que votre inspiration relève d’un passe tribal de type balkanique qui n’aidera pas notre modèle de construction national base sur la fusion sincère des tribus a s’enraciner. Il s’enracinera par le rappel a tous que le Cameroun ne compte pas en réalité 250 ethnies, mais plutôt moins de 20. Il s’enracinera par les mariages inter ethniques, ou encore par la promotion d’une organisation de l’Etat qui annihilera l’action tribaliste, tellement cette organisation aura mis en place des mécanismes de satisfaction minimale et réaliste des besoins que tout citoyen est en droit d’attendre d’un Etat.

Ca ne viendra pas par la logique du tour de table pour savoir quelle tribu passe à la mangeoire après l’autre. Ce genre de mentalité est à ranger dans les malles de l’histoire coloniale ou néocoloniale.

Vous avez le choix de reculer dans le passe et d’y rester.

Respectueusement.

 

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