Réforme universitaire :La montagne a-t-elle accouché d’une souris ?

De 1993 à nos jours, en passant par 2001, l’enseignement supérieur camerounais peine à se trouver un label.

L’éclatement de l’Université du Cameroun en plusieurs entités, de par ce que l’on a appelé la réforme de 1993, marque un tournant majeur du secteur de l’enseignement supérieur. C’est une étape qui, au sens des pouvoirs publics, « a permis de voir s’agrandir l’offre de formation avec la création de six universités d’Etat, et aussi d’ancrer l’offre de formation dans l’optique du développement du Cameroun », fait savoir un haut responsable au ministère de l’Enseignement supérieur.

Si cette affirmation traduit une vision et une perspective prometteuses dans la formation de jeunes camerounais, les attentes restent grandes au niveau non seulement des bénéficiaires, les étudiants, mais aussi de tous les acteurs prenant part à ce processus d’éducation et de formation, tant au niveau de la qualité (enseignements) qu’au   niveau des capacités (infrastructures). Entre délocalisation et existence purement administrative, les universités d’Etat au Cameroun ne semblent pas au bout du tunnel des péripéties et des exigences du niveau auquel elles aspirent.

Historique

Au départ, il y eu l’Université fédérale du Cameroun. Principalement chargée de la formation en enseignement supérieur des jeunes bacheliers de l’époque qui avaient fait le choix de continuer leurs études au pays, elle était entre les mains des « coopérants » occidentaux. L’évolution politico-administrative aidant, l’Université fédérale va devenir Université du Cameroun, avec des infrastructures modernes et une capacité d’accueil satisfaisante pour les flux qu’elle avait à gérer à cette époque. Puis, vinrent les années 80 avec une montée de la démographie et partant, une population scolaire plus importante, avec pour corollaire plusieurs candidatures aux études supérieures.

Tout en évitant une interprétation purement politique de la décision du gouvernement de l’époque, sous la plume de Titus Edzoa, alors ministre de l’Enseignement supérieur, la décongestion du campus de Ngoa-Ekelle sonne comme un impératif, ne serait-ce que sur le plan humain. Les conditions dans lesquelles les enseignements sont dispensés n’ont rien d’un haut lieu de science. Toutefois, le caractère « salutaire » du Minsup a tout l’air d’une charrue qu’on aurait apporté sans être sûr d’avoir les bêtes commises à son attelage. Lorsque ce ne sont pas d’autres institutions qui sont délocalisées, à l’instar de l’Eniet de Soa, pour faire place à l’Université de Yaoundé II, ce sont ce qu’on appelle des « centre universitaires » (appellation consacrée des grandes écoles de formation en ces années) qui sont ainsi transformés.

Quand bien à certains endroits quelques conditions d’accueil sont réunies (salles et bâtiments), ce sont d’autres infrastructures essentiels à ce niveau d’enseignement qui sont inexistants (laboratoires, bibliothèques). Mais, comme le décret portant création veut dire existence effective sur le terrain, de rafistolage en rafistolage, bon an mal an, les institutions vont se mettre en place avec les « moyens du bord ».

Modernisation

Arrive 2001 et ses lois réformatrices du secteur de l’enseignement supérieur. Devant la montée des offres privées, l’enseignement supérieur public doit se mettre au pas et suivre le rythme. Une fois de plus, comme le confie un enseignant de l’Université de Yaoundé I,  « l’université camerounaise ressemble à ce danseur qui va plus vite que la musique, sans avoir pris le temps de suivre le tempo et de connaître les capacités de son corps à exécuter tel ou tel pas de danse ».

Pour lui, au-delà des infrastructures qui déjà n’existent pas, « tous les campus sont en sureffectif », affirme-t-il. « Ce qui caractérise et qui fait la force d’une institution d’enseignement supérieur, ce sont les recherches qu’on y effectue et qui sont bénéfiques à l’ensemble. Avons-nous atteint ce niveau ou y aspirons-nous ? », conclut-il, l’air dépité.