RAVY 2014. Rencontres d’arts visuels de Yaoundé

RAVY 2014 Rencontres d’arts visuels de Yaoundé w Valentín Torrens Voici le compte rendu de la quatrième édition de cette biennale. Mise en place par Les Palettes du Kamer, une association d’artistes, en collaboration avec l’organisme Crane Lab, basé en France, elle a reçu l’appui financier des diffuseurs culturels de la capitale camerounaise, notamment le Goethe Institut, l’Institut français du Cameroun, le musée La Blackitude et le centre culturel FIIAA. Le programme de cette année comprenait des expositions, des installations, des conférences, des performances et des ateliers. Dix-sept artistes du Cameroun y ont participé ainsi que quatre du Nigéria et de la France, deux de la République démocratique du Congo et de l’Allemagne, et un de la Belgique, de l’Espagne, de l’Indonésie, du Japon, de la République centrafricaine et du Zimbabwe. Ils ont présenté leur travail en sculpture, en photographie, en performance, en peinture et en vidéo. Propices à l’échange entre artistes d’Europe, d’Afrique et d’Asie, les RAVY sont à la fois un tremplin pour les artistes émergents et un lieu de découvertes pour le public local. La conférence « Les outils de la performance », tenue à l’Université, incluait autant une longue communication du docteur Ibrahim Moungande, intitulée « Épistémologie de la performance » et centrée sur l’acception théâtrale de la discipline, que l’approche de l’art action telle que défendue par les autres conférenciers, soit Jean Voguet et moi-même. Résultat : une amusante et délirante confusion entre les différentes propositions, qui a mis en lumière la réaction autoritaire du corpus universitaire, basée sur le savoir comme moyen de manipulation et de pouvoir. En découle une interrogation : l’université est-elle un lieu adéquat pour l’art action ? Le festival a démarré le 8 avril 2014 avec une exposition de photographies au musée La Blackitude. Se démarquait la série Drowning in Solitude, avec des images de corps en fragments, sous l’eau : miroir d’une dimension presque abstraite et cosmique ; poésie subtile et dramatique, remplie de pathos. Ces images ont été réalisées par l’artiste Sentury Yob après la mort de son père. Les photos du Nigérian Chriss Aghana, simples et efficaces, dénonçaient quant à elles le pouvoir du pétrole, illustré comme du sang humain. Les actions dans l’espace public ont débuté sur le boulevard Kennedy, dans un secteur de la ville réputé violent. Un buste du président des États-Unis, coiffé à la Elvis, a surgi à une extrémité de la rue. Sur les trottoirs, bondés, se côtoyaient motos, voitures, vendeurs ambulants, bureaux de change, auxquels se mêlaient clients et pickpockets. Dieudonné Fokou est arrivé dans un taxi surchargé de ses sculptures, a descendu devant la Société commerciale de banque Cameroun et a disposé ses oeuvres dans la rue. Le chaos quotidien s’est emballé. Les gens se photographiaient avec leur cellulaire devant les personnages formés de déchets électroniques. La situation, inusitée, a enflammé les passants mais aussi les vendeurs, obligés de se déplacer, et la police en poste devant la banque. Les actions publiques aident à faire connaître les pratiques contemporaines. Le tour de mon action suivait quelques minutes plus tard. Je me trouvais à une quinzaine de mètres de la porte de la banque : immobile, à genoux, les bras en croix ; deux ballons dégonflés sous les genoux, un autre sur la tête ; sur mon t-shirt, des dessins de crânes et de fils de fer acérés ; chaussures de foot, shorts et chaussettes aux couleurs de l’équipe nationale du Cameroun, un mythe vivant. Les commentaires allaient dans tous les sens : on parlait de sorcellerie, et la controverse qui s’ensuivit confrontait ceux qui croyaient qu’elle aiderait l’équipe nationale lors de l’attendue Coupe du monde et ceux qui pensaient le contraire.