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Quand la fête de la jeunesse ne fait plus rêver

Quand la fête de la jeunesse ne fait plus rêver

La plupart des jeunes diplômés, non diplômés, particulièrement les nombreux chômeurs, se déclarent complètement indifférents aux activités relatives à la 48è fête de la jeunesse au Cameroun, dont ils assurent ne rien attendre. Camer.be votre media on-line de proximité s’est rapproché de quelques uns parmi eux, de préférence ceux qui ont accepté de nous recevoir et a recueilli quelques points de vue dans nos villes pour en faire une analyse : Le constat n’est pas reluisant.

« Je suis très déçu par le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC, au pouvoir). Ses dirigeants n’ont jamais rien fait pour nous autres. Au contraire, ils nous ont enfoncés en nous empêchant de rêver », déclare Félix Essama, titulaire d’un DEA en droit des Affaires à l’Université de Douala depuis bientôt 3 ans.

Félix Ekambi qui a reçu le reporter de Camer.be dans sa chambre d’étudiant qu’il occupe depuis 2000 ne participera à aucune activité relative à la fête de la jeunesse. « J’ai perdu tout espoir et je n’ai jamais travaillé depuis que je suis parti de la Facc », dit-il d’un air triste.

A son image, de nombreux autres jeunes resteront chez eux ce 11 février 2014, mais pas toujours pour les mêmes raisons.

Germain Mbassi, étudiant en Chimie à l’université de Yaoundé, estime que sa participation ou non au défilé du 11 février « ne changera pas grand chose » car « le RDPC, habitué à offrir à boire et à manger au peuple ce jour à travers ses membres, endorment le peuple en pillant les caisses de l’Etat ».

L’indifférence de certains jeunes face à la fête du 11 février au Cameroun n’est pas leur seul leitmotiv. Plusieurs d’entre eux ne veulent même pas en parler.

C’est le cas de Judith B., une jeune diplômée, Ingénieur Agronome au chômage qui tient une boutique de vente de tissus au marché central de Limbé. « Nous nous voulons même plus que l’on parle de cette fête qui a continué à diviser les Camerounais, au bout du compte, de quelle jeunesse parlons-nous quand le Cameroun fonctionne comme une chefferie ayant à sa tête un roi qui décide de tout, impose sa volonté à tous sans tenir compte des réalités locales », déclare-t-elle en servant un client.
« Tout ce qui compte pour nos dirigeants politiques au pouvoir, c’est de se remplir les poches. Ils n’attendent que des occasions comme celles-ci pour donner l’impression qu’il existe une fête de la jeunesse, leur bilan est nul sur toute la ligne. Tout ce qui se fait pour les jeunes, sans les jeunes, est forcement contre les jeunes. ” affirme Judith S.

Le fort taux de chômage parmi les diplômés explique aussi en partie leur indifférence à toute fête historique au Cameroun.

« Le 11 février changera quoi à ma situation? J’ai un BTS en Marketing, une Maîtrise en gestion et je suis sans emploi depuis 6 ans », se plaint Elliotte K, dont la robe de couleur mauve blanchie par le temps trahit ses difficultés quotidiennes. »J’ai déposé plusieurs demandes d’emploi dans des entreprises. Mais, je me suis rendu compte que c’est le critère ethnico politique et financier qui compte et non la compétence. Je me suis présenté à plusieurs concours de recrutements des agents de la fonction publique, des grandes Ecoles. A chaque fois, je suis admissible et au dernier virage, j’ai toujours échoué parce que je n’ai pas les moyens pour corrompre. Pourquoi voulez-vous que je parle de la fête de la jeunesse ? », Interroge cette révoltée de 35 ans.

Selon Koum A Bediong Georges, le président de la Bokwango Youth Association qui avait l’habitude d’organiser les activités diverses à l’occasion de la fête de la jeunesse à Buéa, »Le Cameroun a perdu ses repères. Pas de relance économique, pas d’emploi et, pour une majorité de jeunes diplômés ou non ,l’unique solution, c’est de partir. « 

Agée de 28 ans, Atikum Mba, titulaire d’une Licence en Gestion obtenue à l’université de Dschang, est de cet avis. « Je souhaite que cette fête n’ait pas lieu. Mon problème, c’est de sortir de ce pays. J’ai des diplômes et on ne veut pas de moi dans mon pays », déclare-il en tendant ses bras vers le ciel.

Quelques-uns uns estiment pourtant qu’il faut quand même fêter car, à leurs yeux, c’est l’unique occasion de se « gâter » (NDLR, Boire de la bière)

Léontine Akum,24 ans, étudiante interprète, pense qu’il faut fêter, surtout que les élus du peuple offrent à boire ce jour gratuitement à qui le veut  » Je suis sûre que je serais ivre ce jour », assure-t-il en jubilant.

 » Mon seul espoir ce jour, c’est dans les bouteilles », conclut ce jeune très à l’aise dans son costume trois pièces bleu marine.

Yolande Edima, 36 ans, agent d’assurance « Il faut fêter car c’est une occasion pour les jeunes de poser leurs problèmes. Je suis du même avis que ceux qui pensent qu’il faut continuer à « battre sur le fer » jusqu’au jour où le fer sera fatigué.
Plus les jeunes vont poser clairement leurs problèmes auprès de nos autorités locales, elles finiront par chercher voire commencer à répondre de façon valable à leurs revendications.

Ferdinand Akwanga, 29 ans , sans emploi  » S’il y a une fête, je fête comme tous les autres. Tout ce que je sais c’est que cette fête pour ma part est symbolique et concerne tous les jeunes »

De l’avis des uns et des autres, la fête du 11 février a perdu son caractère historique.Vivement que les griefs soulevés ici et là par les uns et les autres puissent tomber dans les oreilles de nos autorités locales.

 

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