Protection des consommateurs: de l’arnaque dans l’air

Des actes d’escroquerie observés dans le milieu ont amené le ministère du Commerce à sensibiliser les opérateurs économiques.

Le propriétaire d’une parfumerie au marché Ekounou à Yaoundé qui a requis l’anonymat avoue avoir été victime il y a quelque temps d’une arnaque. Selon lui, les membres d’une association de défense des droits de consommateurs de la place, accompagnés d’un policier sillonnaient le marché aux fins selon eux de contrôler la qualité et les prix des produits vendus dans ces boutiques. « Ils avaient déjà fait le tour d’une série de parfumeries lorsqu’ils sont arrivés dans la mienne. Ils ont alors estimé que certains produits avaient dépassé la date de péremption et exigeaient de l’argent pour le préjudice sinon ils emportaient la marchandise », explique F. T. Ce dernier avoue leur avoir proposé 25.000 F, ce qui a plutôt provoqué le courroux de l’équipe qui lui exigeait 50.000 F. Se sentant impuissant, il décide d’appeler un ami, en service au ministère du Commerce. « Son arrivée a provoqué un cafouillage. L’équipe surprise en flagrant délit a bredouillé quelques excuses et fondu dans la nature », conclu-t-il.
C’est suite à cette dérive et à bien d’autres relevées dans le fonctionnement des associations de défense des droits de consommateurs que le ministre du Commerce (Mincommerce), Luc Magloire Mbarga Atangana, a, par voie de communiqué du 22 mai dernier, porté à la connaissance des milieux d’affaires en général, et des commerçants en particulier l’article 23 de la loi-cadre du 6 mai 2011 portant protection du consommateur au Cameroun. La dite note précise en effet les missions des ces associations qui se limitent à certaines domaines. Il s’agit de la promotion et la protection des intérêts du consommateur, la représentation des intérêts individuels et collectifs des consommateurs auprès de l’Etat et fournisseurs ou prestataires des secteurs publics privés. Dans le même registre, il y a la collecte, le traitement des informations objectives sur les biens et services qui existent sur le marché et la mise en œuvre des programmes de formation et d’éducation du consommateur.
Par conséquent, le Mincommerce invite les opérateurs économiques victimes des abus perpétrés par les responsables et membres de ces associations à les dénoncer, « sans faiblesse ni concession, auprès des autorités administratives ou de ses services territorialement compétents, afin de lui permettre de saisir les juridictions, le cas échéant.

 

Interview.

Valentin Mbarga Bihina: « Ils seront traduits devant les juridictions »

Directeur du commerce intérieur au ministère du Commerce.

Le ministre du Commerce vient de publier un communiqué constatant des dérives chez les associations de défense des droits de consommateurs. Qu’est-ce qu’on leur reproche exactement?

Depuis un certain temps, on a constaté que si ces associations fonctionnent conformément aux exigences de la loi, il y a un certain nombre d’entre elles qui se sont mises en marge de la légalité et qui passent auprès des opérateurs économiques et commerçants pour les arnaquer sous le prétexte du non-respect des lois commerciales. Ce sont elles qui font l’objet du communiqué de presse que le ministre du Commerce a eu à signer.

Le ministère a t-il reçu des plaintes de la part des commerçants ?

On peut dire que dans la plupart des cas malheureusement les opérateurs économiques ne se plaignent pas parce que certaines de ces associations se font passer pour des inspecteurs des prix, poids et mesures. C’est-à-dire qu’en fait, il y a une usurpation de titre qui est à la base de ces opérations d’arnaque des commerçants. Mais il y a quelques-unes aussi, sans avoir à usurper la qualité de fonctionnaires vont au-devant de certains services de police et de gendarmerie pour requérir les forces de maintien de l’ordre qui les accompagnent maintenant dans ces opérations d’arnaques auprès des commerçants. Et avec la présomption d’autorité qui s’attache à la présence des forces de sécurité, les commerçants sont obligés de marcher et de leur verser de l’argent de manière indue, croyant ainsi éteindre une action publique qui serait engagée contre eux.

Quelles sont les sanctions encourues par ces associations de défense des droits des consommateurs ?

Au niveau du ministère du commerce, il y a déjà eu des actions qui ont été engagées devant le parquet contre certains responsables des associations de défense des droits de consommateurs et  je crois que le communiqué du Mincommerce est assez explicite. Ceux qui seront pris la main dans le sac seront traduits devant les juridictions.