Protais Yumbi: « Je veux réhabiliter les figures de l’histoire du Cameroun »

Auteur de la biographie intitulée «Joseph Cunibert Nkondongo Obama », paru aux éditions L’Harmattan en 2015

 

Vous êtes écrivain congolais, arrivé au Cameroun il y a dix ans. Qu’est-ce qui vous a poussé à rédiger une biographie de l’ancien directeur de l’école primaire St Joseph de Mvolyé ?
Le personnage de Joseph Cunibert Nkondongo Obama (1913-1980, Ndlr) m’a marqué parce que c’est un homme qui a beaucoup travaillé pour le Cameroun. Grand séminariste à Mvolyé,  au grand séminaire St Laurent comme cela s’appelait alors, il décide d’intégrer l’administration coloniale. Après avoir été retenu comme moniteur agricole, il change à nouveau de trajectoire pour devenir instituteur à la mission catholique. Mais à un moment donné, ne trouvant pas le salaire décent, il décide de rejoindre l’administration postale. Ce départ crée une panique, au point où les missionnaires demandent aux chrétiens de faire des neuvaines de prière pour qu’il revienne. Moi, c’est ce qui m’a surpris. Seulement, après l’avoir appris, je suis allé dans les bouquins, où je n’ai vu aucune trace de lui, mais plutôt les noms de ses contemporains : Joseph Ayissi, Pierre Mebe… je me suis dit que c’est une forme d’injustice, et j’ai essayé de la corriger.
Est-ce que la similitude de vos parcours, puisque vous avez aussi été séminariste, n’est pas pour beaucoup sur le choix porté sur sa personne ?
C’est aussi cela. J’ai été fasciné d’apprendre que c’était l’un des condisciples de Mgr Paul Etoga, le tout premier évêque camerounais. Mais c’est surtout son dévouement qui m’a guidé. Joseph Cunibert a contribué à la formation de la jeunesse camerounaise. Enseignant à Mvolyé, il était un nationaliste dans la mesure où dans les années 40-50, il demandait à ses élèves de chanter le « ô Cameroun berceau de nos ancêtres » plutôt que « la marseillaise », plus de dix ans avant l’indépendance. Les autres instituteurs avaient peur de le faire. C’est une marque de courage.