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Promesses: Quand Paul Biya vend l’illusion

Promesses: Quand Paul Biya vend l’illusion

Chômage et sous-emploi en progression continue, tissu économique exclu de la production nationale, jeunes écartés des sphères de décisions et des structures politiques. Les choses bougent-elles autant que l’indique le président de la République?

Dès l’entame de son adresse à la jeunesse le 10 février 2014, le président de la République reconnaît la redite de son allocution. «L’an dernier dans les mêmes circonstances je vous avais dit que je comprenais vos doutes et vos inquiétudes face à un avenir incertain. Mais j’ajoutais que nous avions des raisons d’espérer et que des perspectives plus favorables me paraissaient se dessiner à l’horizon national.» A la veille de la 48e fête nationale de la jeunesse célébrée le 11 février 2014, Paul Biya entendait donner des garanties aux jeunes face aux problèmes de chômage, de sous-emploi, d’implication dans les sphères de décision, tout comme le président de la République se voulait rassurant au sujet des perspectives économiques du Cameroun à l’horizon 2035. C’est dans une posture triomphatrice que Paul Biya évoque la question du sous-emploi au Cameroun. Selon le président de la République, pas moins de 250 mille emplois auraient été créés au cours de l’année 2013. Une victoire indique le patron des institutions qui indique que «les créations effectives ont été supérieures de 12% environ et ont atteint un chiffre proche de 225 mille.» Des «performances» qui, pour l’essentiel, ont été réalisées par les entreprises privées des différents secteurs d’activités. Des raisons pour le chef de l’Etat d’annoncer des performances plus conséquentes dans le cadre de l’année en cours.

Des «prouesses» qui seraient accoudées à l’augmentation du taux de croissance. Des propos qui apparaissent comme quelques curiosités au moment où le nombre d’emplois évoqué par le chef de l’Etat ne reflète pas toujours la condition réelle des milliers de jeunes admis sans grande garantie dans l’administration publique. Dans le même temps, les perspectives de croissance annoncées par le chef de l’Etat semblent ignorer la frilosité du tissu économique nationale, au moment où les petites et moyennes entreprises qui constituent pas moins de 90% de la production nationale (hors recettes pétrolières, Ndlr) ploient sous la menace du délaissement dont ils font l’objet de la part de la structure gouvernementale dans le cadre de l’accès aux projets structurants. Dans le même temps, les prévisions évoquées par les organisations en charge de l’évaluation des performances économiques des Etats ne prédisent pas, avec autant d’enthousiasme, un taux de croissance aussi expressif pour l’économie camerounaise au cours de l’année 2014. Une perspective qui a d’ailleurs fait relativiser le garant des institutions au cours de son adresse à la nation le 31 décembre 2013.

Emplois de subsistance

Dans l’esprit de son allocution à la jeunesse le 10 février 2013, Paul Biya fait une nouvelle fleur aux conducteurs de mototaxis. «Je suis heureux de constater que les services de l’Etat après consultation avec les intéressés ont mis au point un programme collectif d’encadrement.» Dans les faits, le président de la République promeut les métiers informels. Tout comme le chef de l’Etat évoque des possibilités de formation et professionnalisation des jeunes à l’aune de l’émergence annoncée à l’horizon 2035. Une curiosité dans un contexte où nombre de jeunes diplômés et jouissant de formations professionnelles reconnues pointent à la débrouillardise faute d’espace d’expression. Une situation soutenue par la fébrilité des petites et moyennes entreprises locales. Des entreprises jugées «inéligibles» par les multinationales à l’accès aux marchés que drainent les projets structurants. Une situation renforcée par la menace permanente des pays industrialisés qui entendent imposer, avec l’aide des gouvernants, l’ouverture sans condition du marché camerounais à l’Europe. A la clé la désagrégation du mince tissu économique camerounais déjà fragilisé par l’invasion du marché local par l’émergence asiatique. Des raisons de croire à l’émergence du Cameroun dans les vingt prochaines années comme l’annonce Paul Biya? Une attitude par ailleurs, en contrariété avec les réserves qu’il émettait lors de son traditionnel message de fin d’année à la nation.

Morale publique

Paul Biya a-t-il la formule heureuse ? A en croire le président de la République, «les choses bougent au Cameroun. Le mouvement est lancé et il est irréversible.» Dans son élan, c’est une reconnaissance du successeur d’Ahmadou Ahidjo à la génération indépendantiste. Une génération à laquelle Paul Biya confère ses jeunes compatriotes d’aujourd’hui. Afin que ceux-ci en fassent des modèles. «A cette époque troublée ceux qui rêvaient de l’indépendance et de l’unité nationale étaient des jeunes comme vous. Ils différaient sur bien des points : l’idéologie, le parti, la stratégie, la tactique. Mais l’objectif était clair : la liberté. Et beaucoup se sont engagés dans ce combat au péril de leur vie.» Tout comme, le premier des citoyens camerounais dénonce la baisse de la moralité au Cameroun. Sans ambages, c’est à un engagement que Paul Biya convie ses jeunes citoyens. Est-il réellement des enjeux et des sacrifices que dégage cette caution? Le sacrifice à consentir est-il clairement perçu par l’homme du Renouveau ? Lui qui entend entrer dans l’histoire comme celui par qui la démocratie est arrivée au Cameroun.

«Aujourd’hui les enjeux sont d’une autre nature. L’engagement que je vous demande ne requiert pas le sacrifice de votre vie. Il n’en reste pas moins essentiel. Il s’agit pour notre pays d’accéder à un niveau de développement tel que chaque Camerounais puisse vivre honorablement de son travail, élever dignement ses enfants, être logé décemment et protégé contre la maladie.» Une assertion relativisée par la même source qui, au lendemain de la dénonciation faite à nombre de gouvernants semble leur donner un blanc seing. Une curiosité dans un contexte où les fossoyeurs et les promoteurs de la morale publique semblent se recruter pour l’essentiel dans les sphères de la haute administration et les gestionnaires de la fortune publique.

Fort opportunément, Paul Biya salue l’existence du Conseil national de la jeunesse. Une organisation qui, à en croire le chef de l’Etat, incarne la politique du Renouveau en faveur de la jeunesse. Outre la polémique liée à son inféodation dans le gouvernement et, à en croire certaines sources, dans le Rdpc proche du pouvoir central, Paul Biya a-t-il conscience de la capacité de cette organisation à porter les aspirations des jeunes et leur volonté à participer à la marche de la nation? Dans les faits, outre la participation saluée des jeunes aux deux derniers scrutins organisés au Cameroun, quelle est la place réelle des jeunes dans les structures gouvernantes et les formations politiques? Une question qui semble éludée par le président de la République. Lui qui indique que «l’attachement aux règles de la démocratie modèle que nous avons choisie pour organiser une société juste et solidaire.» Une assertion qui ne résiste pas à l’épreuve du dénie des jeunes dans les structures politiques d’obédiences confondues. Dans le contexte actuel, les jeunes seront les principaux acteurs du mouvement annoncé par Paul Biya du fait du bon vouloir de la machine en place ou de l’engagement qu’ils prendront à faire bouger les choses de manière irréversible?

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