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Profanation du drapeau du Cameroun au Canada: Le Haut-Commissaire Solomon Azoh-Mbi s’explique sur les évènements du 10 août 2017

Profanation du drapeau du Cameroun au Canada: Le Haut-Commissaire Solomon Azoh-Mbi s’explique sur les évènements du 10 août 2017

Dans une interview accordée au journal La Voix des décideurs en kiosque ce mardi 29 août 2017, le Haut-Commissaire du Cameroun au Canada revient sur les évènements malheureux qui ont eu lieu début août au siège de la mission diplomatique du Cameroun au Canada.

Solomon Azoh-Mbi revient sur le contexte de ces incidents, le rôle de la police canadienne, la sécurité du Haut-Commissariat et les mesures prises pour éviter de tels incidents.

Le contexte de l’incident

C’est avec une indignation et une déception que j’ai appris la nouvelle de cet incident survenu autour de 15h le jeudi 10 août 2017.

L’incident est survenu au moment où je me trouvai hors de la Mission en compagnie d’une délégation gouvernementale en visite au Canada. Leur programme prévoyait une rencontre officielle avec les autorités du ministère canadien des Affaires étrangères à 10h.  Cette rencontre s’est déroulée dans un climat de compréhension mutuelle et de collaboration accrue. Le partenaire canadien a saisi l’opportunité pour annoncer l’augmentation substantielle de leur aide humanitaire au Cameroun.

Deux activités figuraient au programme de la délégation dans l’après-midi, dont une rencontre d’information avec la communauté camerounaise à 17h. Vers 13h, suite à la modification du programme de la délégation gouvernementale, le Haut-Commissariat a pris des mesures pour annoncer l’annulation de cette rencontre par voie de courriel, communiqué, affichage et contacts téléphoniques auprès des responsables d’association et de quelques leaders camerounais.

Nous avons également informé  la police canadienne qui était censée arriver à 16h, soit une heure avant la tenue de la rencontre, tout en sollicitant le maintien de sa présence autour de la Mission. Craignant que beaucoup de compatriotes ne reçoivent pas ce message d’annulation et créent des troubles à leur arrivée, j’ai instruit la fermeture de l’Ambassade pour le reste de la journée.

Vers 15h, la police me téléphone pour me signaler le déclenchement de l’alarme du Haut-Commissariat dans ses services, en me demandant s’il y avait des problèmes. Presqu’au même moment, un de mes collaborateurs, qui était le dernier à sortir pour fermer l’entrée principale) m’informe que les manifestants l’avaient encerclé et fait irruption dans le hall d’entrée du Haut-Commissariat en lui brandissant un cercueil, pendant que d’autres descendaient le drapeau pour le brûler. Tous arboraient le T-shirt et le drapeau de la SCNC qu’ils00 ont hissé instantanément.

La police canadienne est arrivée quelques minutes plus tard sur les lieux et moi-même cinq minutes après elle. À mon arrivée, choqué par ce que je voyais, j’ai procédé immédiatement à la descente du drapeau des envahisseurs, puis demandé l’enlèvement immédiat du cercueil posé à l’entrée de l’Ambassade sans rencontrer aucune résistance. Ensuite je suis entré dans le hall du Haut-Commissariat plein de manifestants avec des pancartes et drapeaux, qui exigeaient la présence de la délégation gouvernementale et les raisons de l’annulation de la rencontre programmée.

Avec fermeté, j’ai ordonné à tous de sortir des locaux diplomatiques qu’ils ont violés s’ils espéraient échanger avec moi. Une grande majorité s’est exécutée immédiatement. Malgré l’intervention de la police, quelques récalcitrants sont restés dans le bâtiment. Vers 21h, après de longues heures de négociation avec sept de leurs représentants et la police, ces derniers ont finalement quitté les locaux de la Mission sans casses ni dommages. Le seul incident étant la descente et incinération du drapeau national.

Sur les mesures pour prévenir l’incident

La tenue des évènements publics, au Canada comme au Cameroun, nécessite la prise des mesures préalables pour assurer la sécurité et l’ordre public. À cet effet, la Haut-Commissariat avait dûment saisi le ministère canadien des Affaires étrangères (service de la police chargé de la protection diplomatique) pour solliciter la présence et la protection de la police. C’est d’ailleurs ce service qui a informé le Haut-Commissariat de ce que la municipalité d’Ottawa avait été saisie pour une autorisation de manifestation par un groupe de Camerounais d’environ 250 personnes venant d’Ottawa, Montréal, Toronto, Edmonton.

Par ailleurs, pour des raisons de bienséance, le Haut-Commissariat a également informé le voisinage de la tenue de cet évènement, notre chancellerie se trouvant dans une zone essentiellement résidentielle.

Sur la réaction des autorités canadiennes

Comme relevé plus haut, les autorités canadiennes étaient rassurantes par rapport à la couverture sécuritaire. De toute évidence, des mesures de sécurité préconisées s’appuyaient sur le civisme du public qui a fait défaut chez certains manifestants. Si cette attitude a embarrassé la police canadienne, cette dernière est restée professionnelle, privilégiant le dialogue. Quant à leur action et leur réaction face à des crises de cette nature, il faut noter qu’elle prône strictement une approche pondérée et ne fait recours à l’utilisation de la force qu’en dernier ressort.

Sur la sécurité autour du Haut-Commissariat qui était presque inexistante

Non, au Canada, la sécurité est partout présente, mais très discrète. Dès le déclenchement de l’alarme du Haut-Commissariat, la police s’est immédiatement déployée sur les lieux. Constatant l’agitation de certains manifestants ayant fait irruption à l’intérieur du bâtiment, elle s’y est introduite pour surveiller tous les faits et gestes. Elle a passé au peigne fin tout le bâtiment et ses alentours afin de s’assurer qu’il n’y avait pas eu introduction d’objets dangereux dans l’enceinte du Haut-Commissariat.

La présence des forces de sécurité était donc consistante, avec une vingtaine d’éléments appelés en renfort, y compris ceux de la cellule de crise (l’équivalent du Bataillon d’intervention rapide au Cameroun).

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