Prix du cacao: comment amortir la chute

Avant octobre 2016, les acteurs camerounais de la filière cacao se frottaient les mains, tellement les cours étaient élevés. Les prix d’achat au port de Douala avaient même atteint le pic de 2000 F le kilogramme. Le producteur vendait son produit à une moyenne de 1500 F le kilogramme, selon des chiffres de l’Office national du cacao et du café. Mais, aujourd’hui, la situation est tout autre. Les prix bord champ (achat au producteur) sont descendus en dessous de la barre des 1000 F depuis la fin de l’année dernière. Dans les bassins de productions les plus enclavés, les cacaoculteurs sont parfois obligés de brader leurs produits à 700 F le kilogramme. Au port de Douala, les prix oscillent entre 1100 et 1300 F maximum. « Le secteur du cacao a atteint un seuil de saturation qui entraîne obligatoirement un rendement régressif. Aujourd’hui, même si on produit beaucoup, on n’est pas sûr de gagner gros », explique une source au Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC). Il s’agit là d’une situation cyclique, envisageable lorsque la production est supérieure à la demande, de l’avis des observateurs. Mais il est possible d’amortir, de minimiser les dégâts au niveau du Cameroun, quatrième plus grand producteur africain de cacao.
Cela passe notamment par des mesures comme la diversification des spéculations. En effet, après la première crise du cacao dans les années 1990, le gouvernement s’est lancé dans une vaste campagne de sensibilisation des producteurs à la polyculture, les convaincant d’associer à cette culture de rente, une ou plusieurs cultures vivrières. Beaucoup l’ont fait en combinant par exemple le cacao et la banane plantain, sur le même espace. L’autre mesure est l’accroissement de la transformation locale. Le cacao camerounais est en grande partie exporté à l’état brut, à cause du petit nombre d’unités locales de transformation en produits semi-finis et finis. En effet, selon Martin Mbang, opérateur économique, plus il y aura d’usine de transformation, plus les producteurs vendront sur place. « Avec un marché local existant et bien organisé, les producteurs camerounais seraient à l’abri de la fluctuation des prix sur le marché international », explique notre source.
Toutefois, il faut noter que cette transformation locale doit être portée par une certaine habitude de consommation. Le cacao et ses produits dérivés doivent trouver une place plus importante dans les usages quotidiens des Camerounais. La poudre et le beurre de cacao, les pâtes chocolatées et autres barres de chocolat ne doivent plus être considérés comme des produits de luxe destinés à certaines catégories sociales privilégiées, car ils ont des vertus.
 

L’explication

 Moïse Zomongo Moadam: « Il faut donner les moyens aux planteurs »

Producteur et responsable administratif de la Coopérative des producteurs de cacao et café du Lom-et-Djérem

Comment vivez-vous au sein de votre coopérative la chute des prix du cacao ?
La baisse des prix du cacao est une surprise désagréable pour les producteurs en général. On s’attendait plutôt à l’embellie, puisqu’on était à 1700 F le kilo. Vous comprenez que le producteur ne peut pas, avec ce prix, entrer dans ses frais d’investissement. Parce qu’en temps réel, de l’entretien à la récolte d’un hectare de cacao, par exemple, il faut environ 150 000F de dépenses. C’est difficile aujourd’hui d’avoir ne serait-ce que ce montant lorsque nous faisons nos comptes sur la base de cet investissement préalable. Pour que le planteur s’en sorte, il faut écouler le kilo à au moins 2000 F.
Qu’avez-vous envisagé pour que pour vos membres et d’autres planteurs puissent tirer leur épingle du jeu ?
C’est la conjoncture qui nous impose cette situation. A proprement parler, nous n’avons pas une stratégie particulière à appliquer et qui va nous permettre de sortir de cette conjoncture défavorable. Nous sommes solidaires. C’est cet esprit d’équipe qui nous caractérise et qui peut nous être utile en pareil moment. Nos membres sont suffisamment imprégnés de la nécessité d’être dans une coopérative, parce qu’ils ont des informations utiles en temps réel et ne peuvent pas facilement être floués ou trompés. Nous nous appuyons sur cet esprit communautaire pour faire face à ce que nous pouvons appeler chez nous une crise. Car la vente individuelle de cacao est plus préjudiciable que la vente groupée, vivement souhaitée et encouragée.
Qu’attendez-vous spécifiquement des pouvoirs publics pour sortir de cette situation et partant relancer cette filière ?
L’Etat camerounais a libéralisé la filière cacao. Mais en ce moment précis, nous souhaitons que l’Etat revoie à la hausse les prix, notamment à 2000 F le kilo de cacao, pour qu’un planteur qui a mis de son temps et de ses moyens s’en sorte un peu dans cette filière exigeante. Ensuite, nous souhaitons que le ministère en charge de l’agriculture nous accompagne davantage par des ingénieurs et des techniciens en nous donnant des conseils utiles, des appuis financiers et matériels nécessaires. Par ailleurs, il faut combattre les mauvaises pratiques telles que la corruption qui entourent ces subventions. Je suis persuadé que le cacao est le fleuron de l’agriculture de deuxième génération prônée par le chef de l’Etat. Et il faut donner les moyens aux planteurs, comme en Côte d’Ivoire,  pour que cette perception soit traduite en réalité palpable. De sorte que le planteur ne souffre plus, mais joue un rôle dans l’économie nationale.

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Face à la tendance baissière sur le marché, le Cameroun doit accroître la transformation et la consommation locales, tout en diversifiant les cultures.

Avant octobre 2016, les acteurs camerounais de la filière cacao se frottaient les mains, tellement les cours étaient élevés. Les prix d’achat au port de Douala avaient même atteint le pic de 2000 F le kilogramme. Le producteur vendait son produit à une moyenne de 1500 F le kilogramme, selon des chiffres de l’Office national du cacao et du café. Mais, aujourd’hui, la situation est tout autre. Les prix bord champ (achat au producteur) sont descendus en dessous de la barre des 1000 F depuis la fin de l’année dernière. Dans les bassins de productions les plus enclavés, les cacaoculteurs sont parfois obligés de brader leurs produits à 700 F le kilogramme. Au port de Douala, les prix oscillent entre 1100 et 1300 F maximum. « Le secteur du cacao a atteint un seuil de saturation qui entraîne obligatoirement un rendement régressif. Aujourd’hui, même si on produit beaucoup, on n’est pas sûr de gagner gros », explique une source au Conseil interprofessionnel du cacao et du café (CICC). Il s’agit là d’une situation cyclique, envisageable lorsque la production est supérieure à la demande, de l’avis des observateurs. Mais il est possible d’amortir, de minimiser les dégâts au niveau du Cameroun, quatrième plus grand producteur africain de cacao.
Cela passe notamment par des mesures comme la diversification des spéculations. En effet, après la première crise du cacao dans les années 1990, le gouvernement s’est lancé dans une vaste campagne de sensibilisation des producteurs à la polyculture, les convaincant d’associer à cette culture de rente, une ou plusieurs cultures vivrières. Beaucoup l’ont fait en combinant par exemple le cacao et la banane plantain, sur le même espace. L’autre mesure est l’accroissement de la transformation locale. Le cacao camerounais est en grande partie exporté à l’état brut, à cause du petit nombre d’unités locales de transformation en produits semi-finis et finis. En effet, selon Martin Mbang, opérateur économique, plus il y aura d’usine de transformation, plus les producteurs vendront sur place. « Avec un marché local existant et bien organisé, les producteurs camerounais seraient à l’abri de la fluctuation des prix sur le marché international », explique notre source.
Toutefois, il faut noter que cette transformation locale doit être portée par une certaine habitude de consommation. Le cacao et ses produits dérivés doivent trouver une place plus importante dans les usages quotidiens des Camerounais. La poudre et le beurre de cacao, les pâtes chocolatées et autres barres de chocolat ne doivent plus être considérés comme des produits de luxe destinés à certaines catégories sociales privilégiées, car ils ont des vertus.
L’explication

 Moïse Zomongo Moadam: « Il faut donner les moyens aux planteurs »

Producteur et responsable administratif de la Coopérative des producteurs de cacao et café du Lom-et-Djérem

Comment vivez-vous au sein de votre coopérative la chute des prix du cacao ?
La baisse des prix du cacao est une surprise désagréable pour les producteurs en général. On s’attendait plutôt à l’embellie, puisqu’on était à 1700 F le kilo. Vous comprenez que le producteur ne peut pas, avec ce prix, entrer dans ses frais d’investissement. Parce qu’en temps réel, de l’entretien à la récolte d’un hectare de cacao, par exemple, il faut environ 150 000F de dépenses. C’est difficile aujourd’hui d’avoir ne serait-ce que ce montant lorsque nous faisons nos comptes sur la base de cet investissement préalable. Pour que le planteur s’en sorte, il faut écouler le kilo à au moins 2000 F.
Qu’avez-vous envisagé pour que pour vos membres et d’autres planteurs puissent tirer leur épingle du jeu ?
C’est la conjoncture qui nous impose cette situation. A proprement parler, nous n’avons pas une stratégie particulière à appliquer et qui va nous permettre de sortir de cette conjoncture défavorable. Nous sommes solidaires. C’est cet esprit d’équipe qui nous caractérise et qui peut nous être utile en pareil moment. Nos membres sont suffisamment imprégnés de la nécessité d’être dans une coopérative, parce qu’ils ont des informations utiles en temps réel et ne peuvent pas facilement être floués ou trompés. Nous nous appuyons sur cet esprit communautaire pour faire face à ce que nous pouvons appeler chez nous une crise. Car la vente individuelle de cacao est plus préjudiciable que la vente groupée, vivement souhaitée et encouragée.
Qu’attendez-vous spécifiquement des pouvoirs publics pour sortir de cette situation et partant relancer cette filière ?
L’Etat camerounais a libéralisé la filière cacao. Mais en ce moment précis, nous souhaitons que l’Etat revoie à la hausse les prix, notamment à 2000 F le kilo de cacao, pour qu’un planteur qui a mis de son temps et de ses moyens s’en sorte un peu dans cette filière exigeante. Ensuite, nous souhaitons que le ministère en charge de l’agriculture nous accompagne davantage par des ingénieurs et des techniciens en nous donnant des conseils utiles, des appuis financiers et matériels nécessaires. Par ailleurs, il faut combattre les mauvaises pratiques telles que la corruption qui entourent ces subventions. Je suis persuadé que le cacao est le fleuron de l’agriculture de deuxième génération prônée par le chef de l’Etat. Et il faut donner les moyens aux planteurs, comme en Côte d’Ivoire,  pour que cette perception soit traduite en réalité palpable. De sorte que le planteur ne souffre plus, mais joue un rôle dans l’économie nationale.