PRISONS : LES EFFECTIFS DE LA DISCORDE

Les membres du gouvernement proches du dossier des émeutes survenues à la prison de Kondengui se rejettent la responsabilité des événements. Le prétexte est trouvé pour s’interroger sur les failles sécuritaires au sein des pénitenciers.

Mis sous mandat de dépôt depuis plusieurs mois en raison des procédures engagées contre elles par le Tribunal militaire, les détenus de la crise anglophone ont provoqué des émeutes à la prison centrale de Kondengui. Rejoints par les sympathisants du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) également en détention provisoire, l’affaire fait grand bruit et interpelle les responsables de l’appareil judiciaire à qui revient le rôle de rendre justice en condamnant ou en relaxant les personnes incarcérées.

Alors que les Camerounais s’interrogent encore sur les raisons de la survenue de tels événements, des informations relayées sur les réseaux sociaux révèlent une correspondance adressée au ministre délégué à la présidence chargé de la Défense, par le ministre de la Justice Garde des Sceaux. Celui-ci demande expressément à son collègue chargé de la Défense, de libérer les prisons des activistes de la crise anglophone qui y sont incarcérés et qui sont à l’origine des événements survenus à la prison centrale de Kondengui.

L’ensemble des détenus identifiés comme auteurs de ces émeutes sont poursuivis par le Tribunal militaire (séparatistes et activistes du MRC). Et Laurent Esso qui assure la tutelle de l’administration pénitentiaire entend résoudre le problème de la surpopulation carcérale due en partie, à l’arrivée en masse des personnes placées en détention préventive par le Tribunal militaire. Le portail du Cameroun en Belgique. Ces personnes, des insurgées, peuvent être dangereuses pour la sécurité des prisons. On peut alors comprendre les inquiétudes du Garde des Sceaux au moment où les établissements pénitenciers sont en passe de devenir des poudrières à cause notamment de l’arrivée dans les maisons d’arrêt, des séparatistes habités par une révolte violente.

Le problème que soulève le ministre de la Justice met le gouvernement face à ses responsabilités. L’engorgement des prisons de Kondengui à Yaoundé et de New-Bell à Douala est une préoccupation constante. Des projets de construction de nouvelles prisons existent mais les chantiers tournent au ralenti. C’est pourtant dans ce contexte que survient la crise anglophone dont les activistes interpellés dans les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest sont incarcérés en attente de jugement. L’arrivée de ces nouveaux détenus en rajoute à l’engorgement initial.

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Les incidents de la prison centrale de Kondengui révèlent des failles sécuritaires à l’intérieur de nos prisons. Il y a d’abord l’utilisation des téléphones portables, en témoignent les vidéos tournées à l’intérieur de la prison et diffusées sur les réseaux sociaux. La question est de savoir si les détenus sont véritablement autorisés à posséder et à utiliser un téléphone portable dans un pénitencier au Cameroun. Ensuite, il y a la question de la disponibilité des prisons pour des personnes poursuivies par le Tribunal militaire. L’armée ne disposant pas encore de prison, le ministre de la Défense, interpellé par son collègue de la Justice se trouve dans l’embarras. Car, lui demander de libérer des prisons pour cause de surpopulation met dos au mur l’ensemble du gouvernement à qui incombe la responsabilité de construire des prisons de haute sécurité capable d’accueillir tout type de prisonnier même en grand nombre.

Enfin, les sources informent que le processus de désengorgement a commencé avec l’affectation de quelques détenus dans certaines prisons périphériques. Reste à savoir si des pénitenciers de second ordre offrent des garanties sécuritaires pour maintenir en détention des personnes potentiellement dangereuses. Une accélération des procédures judiciaires en cours est aussi une clé au désengorgement tant souhaité car, les prisons du Cameroun sont très souvent peuplées de prévenus que de personnes condamnées.