Pr. Narcisse Mouelle Kombi: « Un grand moment de valorisation de notre patrimoine »

Ministre des Arts et de la Culture.

Monsieur le ministre, qu’est-ce qui a motivé l’organisation du Festival des musiques et danses patrimoniales ?

Au-delà de l’acronyme (Festival des musiques et danses patrimoniales), le Fesmudap est un grand rendez-vous de la diversité culturelle camerounaise à travers l’expression corporelle, les sons, les rythmes et les couleurs les plus emblématiques de nos terroirs. C’est un grand moment d’animation culturelle et de valorisation d’un volet très important de notre patrimoine culturel immatériel en résonance avec les missions du ministère des Arts et de la Culture. C’est aussi une vitrine et une plate-forme d’expressions plurielles. Je parle de vitrine car il s’agit d’abord d’un donner-à-voir, d’une exposition vivante de la rosace culturelle que le chef de l’Etat décrit dans son ouvrage emblématique « Pour le Libéralisme communautaire »Placé sous son très haut patronage, ce festival qui va se tenir à Yaoundé, a pour vocation de « lier la gerbe de nos originalités ethniques et d’en faire le noyau de notre culture nationale », toujours selon l’expression du président de la République. Je voudrais donc ici, me réjouir du grand honneur que le président de la République fait à ce festival en le plaçant, dès sa première édition, sous son très haut patronage et en désignant le Premier ministre, chef du gouvernement, comme son représentant personnel, à la cérémonie d’ouverture prévue ce 2 août 2017.

Quel est l’intérêt d’un tel festival ?

Ce festival est une contribution au renforcement et à la promotion du multiculturalisme. Nous partons du principe que l’extraordinaire diversité du Cameroun est un formidable atout pour la construction de la force de notre pays sur le champ des échanges globaux du 21e siècle, tant il est vrai que la culture n’a pas de frontières. Il est donc primordial dans ce contexte, compte tenu de notre spécificité dans ce domaine, d’impulser une dynamique de reconnexion avec nos sources d’inspiration les plus authentiques et les plus emblématiques. Amadou Hampâté Bâ disait : « Pour croître en hauteur et étendre ses branches dans toutes les directions de l’espace, un arbre a besoin de profondes et puissantes racines ». La démonstration de la vitalité de notre patrimoine en matière de danses et de musiques patrimoniales, nous permet aussi de nous ré-enraciner dans le socle de nos origines, de nos identités et de nos mémoires collectives.

Pourquoi avoir choisi de mettre en avant les musiques et danses patrimoniales pour célébrer le multiculturalisme ?

La musique et la danse ne sont pas que de simples agréments pour les oreilles et les yeux. Les pas et figures de danse, les mouvements des membres et du corps exécutés au son d’une musique spécifique expriment des pensées, des croyances, des messages et parfois toute une philosophie de la vie et de la relation de l’homme avec son environnement. A ce titre, les musiques et les danses patrimoniales sont de véritables marqueurs d’identité et comme tels, elles méritent l’attention d’un pays comme le nôtre, soucieux de valoriser toutes ses composantes ethniques afin qu’ensemble, l’une complétant l’autre, elles contribuent à « cultiver cette connivence culturelle où chaque ethnie apporte ce qu’elle détient d’excellent pour l’édification d’une culture nationale », comme l’indique le Président de la République Son Excellence Paul BIYA. Bien d’autres raisons justifient le choix des musiques et danses patrimoniales. Le Minac a placé l’année 2017 sous le signe du patrimoine culturel, d’où l’opération de l’inventaire qui a été lancée et est appelée à se poursuivre. D’où le devoir de transmettre d’une génération à l’autre le patrimoine culturel que nous avons reçu, et que nous avons progressivement enrichi. Cet héritage reçu et à transmettre est de plus en plus mal connu et mal apprécié à l’heure où, il faut le relever, la plupart des instances internationales concernées reconnaissent l’importance de la diversité culturelle et du dialogue interculturel tant en matière de paix, qu’en matière de développement économique et humain des nations.

Le Fesmudap suffirait-il pour relever l’importance du riche patrimoine national ?

La triste observation est que plusieurs de nos rythmes et expressions culturels, s’ils ne sont pas pour la grande majorité tombés en désuétude, sont graduellement en voie de disparition. Les objectifs de ce festival sont donc globalement de reconnecter les Camerounais à leur patrimoine musical et chorégraphique, de redonner à ce patrimoine mal connu ou méconnu sa place dans le développement du citoyen Camerounais et de toute la nation. Il s’agira de favoriser non seulement le contact du public avec les prestations artistiques, de toutes les origines, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, mais aussi son initiation à des arts jusque-là mal fréquentés et connus seulement dans des cadres restreints à une communauté donnée. Il s’agira aussi de susciter la prise de conscience de l’existence et de l’importance d’une richesse atemporelle. Par ailleurs, comme je l’ai déjà souligné, le Fesmudap est une vitrine d’exposition. Dans cette vitrine, le public aura l’occasion d’apprécier et de mesurer l’extrême diversité de notre patrimoine musical et chorégraphique authentique, original, primordial c’est-à-dire le plus ancien. Les musiques de variétés, les sonorités importées et les rythmes dits modernes ont tendance à éclipser nos rythmes traditionnels les plus authentiques. Le public viendra donc partager avec nous, la grande richesse des musiques et danses patrimoniales, le  souci de les conserver, de les valoriser et de les transmettre. Ce souci motive en partie ce festival. Le mobile étant de corriger la perte graduelle de nos universels musicaux et corporels, ainsi que la perte graduelle de cette immense richesse culturelle. Il s’agit pour nous, sans être exhaustif et en plus de garantir la promotion du multiculturalisme, de favoriser l’identification et l’inventaire des rythmes et danses patrimoniaux, l’initiation en vue de susciter un intérêt conséquent des jeunes Camerounais au patrimoine artistico-musical d’antan. Tout ceci dans l’optique de fédérer tous les Camerounais autour des idéaux du « living-together »

Quelles seront les grandes attractions de ce festival au Musée national ?

Le Fesmudap permettra à plus de 200 groupes de danse de toutes les régions et des 58 départements du Cameroun de se produire sur des scènes que la couverture médiatique portera efficacement sur toute l’étendue du territoire et au-delà de ses frontières. Le Cameroun étant un pays d’ouverture et une terre d’hospitalité, des groupes de danse du Gabon, de la RCA, du Rwanda et du Nigeria sont également attendus. Plus de 3000 artistes en tout, venus de tous les recoins du pays et représentatifs de la mosaïque ethnique de notre pays sont les principaux acteurs dont les prestations multiformes animeront le Fesmudap. De manière plus spécifique, ce Festival offrira au public de nombreux spectacles organisés sur les scènes prévues à cet effet à l’esplanade du Musée national et éventuellement dans des espaces excentrés qu’indiquera le programme. On pourra y vivre les prestations des groupes venus des aires culturelles fang-beti, grassfields, sawa et soudano-sahélienne. Au-delà du côté festif qui accompagne tout festival, le Fesmudap entend engager une importante réflexion sur la valorisation, la diffusion et surtout la pérennisation de notre important patrimoine musical et chorégraphique. A cet effet, d’éminents experts et chercheurs vont s’appesantir entre autres, sur la contribution des instruments de musique patrimoniale dans la création des musiques de variété. Faut-il le rappeler, beaucoup de musiques dites modernes de notre pays ont un socle patrimonial, tel que le makossa, le bikutsi, l’assiko, l’ambas-bey, le bend-skin, etc.  De manière panoramique, vous aurez des expositions sur les costumes et instruments de musique, une conférence-débat sur le thème « Musiques et danses patrimoniales : vecteurs du multiculturalisme et de l’intégration nationale ». Une activité me paraît particulièrement importante : les ateliers d’initiation à travers lesquels nous entendons emmener les enfants et les jeunes à venir apprendre à jouer de nos instruments traditionnels qui sont d’une grande variété, et même à apprendre à les fabriquer, qu’il s’agisse des cordophones, des membranophones, des idiophones ou des aérophones.

Quelles retombées attendez-vous de ce festival ?

Elles sont nombreuses sur le plan qualitatif : un patrimoine culturel revalorisé et replacé dans le vécu des Camerounais dans son rôle primordial de marqueur et de conservateur d’identité et aussi d’inspirateur de la création, de l’innovation. La principale retombée étant la communion de tous les fils et filles du Cameroun autour de la consolidation et de la pérennisation d’héritages patrimoniaux précieux et parfois sacrés. Il est important de favoriser la communion des communautés, une meilleure connaissance des danses et musiques patrimoniales et de promouvoir les valeurs de partage autour de la différence et de l’enrichissement mutuel. Mon vœu est de voir les Camerounais d’ici et ailleurs venir massivement apprécier et se délecter de toutes les expressions artistiques programmées à leur intention.

Doit-on s’attendre à des éditions similaires tous les deux ans au même titre que le FENAC ?

On peut l’espérer. Mais levons immédiatement une équivoque : la ressemblance entre les deux évènements qui participent tous les deux de nos activités statutaires de valorisation et de promotion culturelles s’arrête au niveau de leur fréquence potentielle. Alors que le FENAC est ouvert à toutes les expressions culturelles et artistiques excellentes du Cameroun, le Fesmudap, lui se focalise sur les musiques et danses de nos terroirs. C’est une mise en lumière délibérée de ce patrimoine. Il n’entend aucunement faire ombrage au FENAC, dont la prochaine édition va se tenir à Bertoua en 2018. Bien au contraire, les deux festivals se complètent, dans la mesure où les deux poursuivent sensiblement le même objectif, à savoir fédérer autour des valeurs et des idéaux culturels, toutes les composantes sociologiques du Cameroun. Tout porte à croire que le Fesmudap sera un festival avec lequel il faudra dorénavant compter.

Nous observons au ministère des Arts et de la Culture un foisonnement d’activités unanimement saluées par tous, mais curieusement une persistance des restrictions budgétaires. Comment expliquez-vous cela ?

Le gouvernement travaille à l’amélioration du quotidien des citoyens, avec les moyens qui sont les siens et les contraintes dont il faut tenir compte. Mais, je voudrais vous rassurer que tout le monde a parfaitement conscience du rôle que peut jouer la culture pour le développement économique des pays. Les industries culturelles représentent une réelle opportunité pour les pays en développement pour améliorer leur croissance et favoriser l’industrie du tourisme.

Vous avez mentionné le Très Haut patronage du chef de l’Etat. Peut-on dire que le président de la République soutient effectivement la culture ?

Évidemment ! La politique culturelle dont il est l’inspirateur, est pour le chef de l’État un secteur stratégique. Ne rappelle-t-il pas souvent que la culture est le socle, le ciment de l’unité nationale. N’a-t-il pas affirmé que le Cameroun doive pouvoir aussi compter sur ses ressources culturelles pour son émergence. Il suffit du reste de voir tout ce qu’il fait pour la promotion de la Culture : il a mis en place un compte d’affectation spécial pour le soutien de la politique culturelle (duquel on vient d’apporter un appui à 141 artistes et groupes divers), il a créé tout un ministère dédié aux arts et à la culture, il s’assure de l’amélioration du quotidien des artistes, il leur offre régulièrement des distinctions honorifiques à tous ceux qui excellent. Oui, le président de la République, Son Excellence Paul Biya, est le bienfaiteur et le protecteur des arts, de la culture et surtout de leurs acteurs !