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Actualités societe : «Marafa souffre de problèmes cardiaques»

Pr Kofale Kale/Avocat de Marafa: «Marafa souffre de problèmes cardiaques»

Il y a eu beaucoup de bruit et un grand remue-ménage pour pas grand-chose en réalité.

Quels commentaires faites-vous du décret présidentiel du 18 février 2014 portant commutation et remise de peines pour certains détenus ?

Il y a eu beaucoup de bruit et un grand remue-ménage pour pas grand-chose en réalité. Après un examen attentif de ce décret, il semble avoir été taillé sur mesure pour un petit groupe ciblé de prisonniers. Avec une dextérité impressionnante, le président Biya a libéré deux des nombreux prisonniers politiques qui croupissent dans nos prisons. Le Professeur Titus Edzoa, son ancien secrétaire général et ministre qui était aussi son médecin personnel de longue date, et M. Thierry Atangana, un Franco-camerounais, ont été autorisés à sortir du camp militaire où ils ont passé 17 années de leur vie. Divers groupes de défense des Droits de l’Homme, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du Cameroun ont attiré à plusieurs reprises l’attention sur les conditions de détention cruelles et inhumaines auxquelles ces prisonniers ont été soumis. La décision de mettre enfin un terme à cette violation flagrante du droit international, auquel le Cameroun a souscrit, mérite d’être saluée.

Le ministre camerounais de la Communication et porte-parole du gouvernement a qualifié l’acte présidentiel de «geste humanitaire». Est-ce votre avis?

Si c’est le cas, cet acte de magnanimité présidentielle a opportunément laissé de côté d’autres prisonniers politiques comme Marafa Hamidou Yaya, détenu dans un camp militaire dirigé par le Secrétaire d’Etat à la Défense. Nous n’avons jamais cessé de dénoncer les conditions qui prévalent dans ce camp et qui violent les normes juridiques internationales minimales applicables au traitement des prisonniers et des détenus. Ces conditions ont aggravé les problèmes de santé de M. Marafa avec la possibilité réelle qu’il perde la vue à cause d’une maladie, oculaire débilitante si rien n’est fait et vite.

En fait, en septembre ou octobre 2011, à l’époque où les rumeurs couraient sur l’implication de M. Marafa dans l’affaire BBJ-2, il avait reçu l’autorisation présidentielle pour aller subir une opération ophtalmologique à l’Hôpital Américain de Paris ! Il a décliné l’offre pour rester au Cameroun et défendre sa réputation !

J’ai également connaissance du diagnostic d’un cardiologue réputé qui fait état de ce que M. Marafa a un problème cardiaque et devrait subir des examens et un traitement qui ne sont pas disponibles au Cameroun et certainement pas dans sa prison. Pensez-vous donc qu’il ait un meilleur candidat plus approprié que M. Marafa pour l’acte de grâce présidentielle du mois dernier?

Le rapport 2013 du Département d’Etat américain sur les Droits de l’Homme au Cameroun a été publié et votre client est toujours désigné «prisonnier politique». Quelle est votre réaction?

Je me réjouis autant que je l’ai fait l’année dernière que ce document du Département d’Etat sur les Droits de l’Homme au Cameroun qui fait autorité, a de nouveau reconnu M. Marafa comme un prisonnier politique. Mais il est important de souligner que M. Marafa est un prisonnier politique non pas parce que le gouvernement des Etats-Unis le dit. Ses compatriotes étaient déjà arrivés à cette conclusion bien avant les Américains. Peu de Camerounais, en particulier ceux qui ont suivi cette sordide affaire, considèrent, que Marafa est en prison parce qu’il a distrait de l’argent destine à acheter un avion au président Biya. Les doutes qui auraient pu subsister sur ce point ont été complètement dissipés par l’avocat commis par le gouvernement du Cameroun pour récupérer les 31 millions de dollars « disparus » aux Etats-Unis. Lors d’une conférence de presse qui s’est tenue à Yaoundé le 1er Septembre 2013, cet ancien bâtonnier de l’ordre des avocats du Cameroun, pas moins, a informé les Camerounais que son client avait été entièrement indemnisé avant le procès Marafa / Fotso et qu’il a remis au gouvernement les clés d’un Boeing 767 d’une valeur de 16 millions de dollars dans le cadre de ce règlement.

Non, l’opération Epervier ne concerne pas la traque de hauts fonctionnaires corrompus; c’est une chasse aux sorcières, un écran de fumée derrière lequel se cache une campagne bien orchestrée pour purger les rangs les plus élevés du gouvernement de successeurs non désirés à un président Biya vieillissant !

Plusieurs personnes disent que le seul recours pour votre client est une intervention présidentielle. Qu’en pensez-vous?

Je suis d’accord que le seul recours disponible au Cameroun pour M. Marafa est une intervention présidentielle en partie parce qu’elle constitue la solution la plus rapide et la plus efficace à sa situation actuelle. Mais plus important encore, parce que le crime présumé de Marafa est celui de lèse-majesté et que seul le président du Cameroun a le pouvoir de régler ce genre de crime. Que personne ne se méprenne à ce sujet! Le crime de M. Marafa est, d’être un concurrent viable pour être chef de l’Etat. Bien sûr, caresser des ambitions présidentielles est un droit garanti à chaque Camerounais dans notre Constitution. Pourtant, pour M. Marafa cela a été un malheur d’avoir été perçu comme ayant de telles ambitions par des responsables de l’ambassade des Etats-Unis. Après avoir effectué une revue exhaustive du paysage politique, un câble confidentiel de l’ambassade américaine a fait une présentation favorable de M. Marafa comme un successeur potentiel à la Présidence, message qui a été révélé plus tard au monde entier par Wikileaks! Ces révélations n’ont pas dû faire plaisir aux autres successeurs potentiels qui les ont interprétés comme un soutien américain tacite à une future candidature de Marafa. Le décor était ainsi planté! M. Marafa est victime de la lutte fratricide qui fait rage parmi les plus proches lieutenants du président Biya sur lequel l’un d’entre eux doit lui succéder. Leur lutte pour l’hégémonie politique a détruit des vies, terni des réputations, et ruiné des familles. S’il n’y est pas mis fin, cela finira par déstabiliser notre société. Il y a beaucoup de vérité dans l’adage qui dit que quand les éléphants se battent, c’est l’herbe qui souffre!

Le président Biya doit être interpellé pour mettre un terme à ce combat interne destructeur. Libérer Marafa tout en réévaluant l’efficacité de l’opération Epervier sera un pas dans la bonne direction.

Lorsque le rapport 2012 du Département d’Etat a été publié, le ministre de la Communication avait dénoncé une ingérence du gouvernement des Etats-Unis dans les affaires intérieures du Cameroun. Avez-vous connaissance des réactions de sa part sur le rapport 2013 ?

Non, le ministre habituellement bavard a été remarquablement calme depuis que le rapport 2013 a été remarquablement calme depuis que le rapport 2013 a été publié. Cependant, sa réaction au rapport de l’an dernier est symptomatique du paradoxe de la mentalité coloniale du personnage schizoïde qui habite en chacun de nous qui avons enduré l’expérience coloniale. D’une part, nous cherchons désespérément la validation de nos amis et partenaires étrangers quand cela nous est commode, pour la rejeter quand cela nous hérisse. Ainsi, par exemple, lorsque les élections sont truquées ou les constitutions sont tripatouillées ou les manifestations politiques sont interdites, que font nos politiciens et nos organisations de la société civile? Ils supplient la communauté internationale pour intervenir et rétablir un semblant d’ordre démocratique. Lorsque notre gouvernement est à court de liquidités et veut emprunter auprès du FMI ou de la Banque mondiale, vers qui se tourne-t-il? Il invite la communauté internationale à venir et à jouer au Père Nod. Et qui est cette communauté internationale? Bien sûr, ce sont les Etats-Unis, le Canada, l’Union européenne, le Royaume-Uni, le Japon, etc. Mais quand cette communauté internationale à laquelle nous faisons appel régulièrement pour le soutien et la reconnaissance ose critiquer la façon dont nous gérons nos affaires intérieures, ces mêmes ministres et leurs griots stipendiés sont parmi les premiers à monter sur leurs grands chevaux pour dénoncer cet affront à la souveraineté et à l’indépendance du Cameroun. C’est ce que j’appelle le paradoxe de la mentalité coloniale: une recherche de l’approbation de l’Occident d’une part et, d’autre part, une pétulance presque enfantine lorsque cette approbation est refusée!

Soyons sérieux, la plupart des pays africains sont indépendants depuis cinquante ans et doivent se débarrasser de cette hypersensibilité à la critique extérieure; elle ne constitue pas toute une ingérence gratuite dans leurs affaires intérieures. D’ailleurs, si nous prenons des dispositions pour mettre de l’ordre dans nos affaires, elles ne feront pas l’objet de commentaires externes.

Si le ministre camerounais de la Communication se sent l’envie de procéder à ces attaques inutiles des amis et partenaires extérieurs du Cameroun, alors quelqu’un devrait avoir la gentillesse de lui conseiller que de telles vociférations intempestives ne garantissent que l’isolement de son pays dans le concert des nations.

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