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Pourquoi le Cameroun a été choisi

Pourquoi le Cameroun a été choisi

Plus que son dossier technique bâclé, ce sont d’autres raisons qui ont aidé le pays de Roger Milla à décrocher l’organisation de ce tournoi de football.

S’il ne fallait s’en tenir qu’au dossier technique camerounais où l’improvisation le disputait au pittoresque, le Cameroun n’aurait jamais été désigné pour abriter la Can 2019. Tenez par exemple. Lors de la première présentation du dossier Cameroun devant les émissaires de la Confédération africaine de football (Caf) le 13 mai dernier à Yaoundé, le délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé (Cuy) s’est pointé dans la salle avec une trentaine de minutes de retard et s’est borné à inviter les futurs convives de la grande fête du football africain à faire le plein du Bois Saint Anastasie, le restaurant de la Communauté urbaine de Yaoundé lors de la Can 2015.

Avant cette réclame culinaire, on avait eu droit à un catalogue d’approximations sur le plan sécuritaire et infrastructurel. Tombi à Roko, le secrétaire général de la Fécafoot avait laborieusement bredouillé le Programme national de développement des infrastructures sportives (Pndis), qui n’a jusqu’ici pour seule matérialisation que le stade Ngueme de 20.000 places, à Limbe. Quand à cette copie bâclée, on rajoute le péril Boko Haram qui se fait de plus en plus pressant, on se demande comment le Cameroun a pu s’en tirer à si bon compte pour gagner le droit d’organiser une nouvelle Coupe d’Afrique des nations, 47 ans après le mélodrame sportif de 1972.

Pour aller conquérir cette victoire samedi dernier au siège de l’Union africaine à Addis Abeba, le Cameroun s’est appuyé sur trois facteurs déterminants. Le premier tient du désistement de pays concurrents comme la République démocratique du Congo (concurrent direct pour 2019) et du retrait définitif de la Lybie d’abord sensé organiser la Can de 2013 puis celle de 2015 et enfin celle de 2017). Et même si le pays de Mouammar Kadhafi n’était pas en lice pour les Can 2019 et 2021, son retrait a forcément libéré une place qui pourrait contenter l’un des perdants de samedi dernier (l’Algérie ?). Le Cameroun a donc surclassé la Côte d’Ivoire (candidate pour 2019 et 2021 et qui s’en tire avec la Can 2021), l’Algérie, favorite mais barrée par le drame du décès du Camerounais Ebosse (et qui espère rebondir avec la Can 2017) et la Guinée, que l’on a su consoler en lui octroyant la Can 2023 qui n’était pourtant pas annoncé avant le début des délibérations.

Au final, seule la Zambie rentre totalement bredouille de ce voyage en Ethiopie, ce qui relativise tout de même la portée de la victoire camerounaise.

Issa Hayatou


Le deuxième facteur ayant milité pour le succès du Cameroun relève de l’extraordinaire pedigree dont jouit le pays de Roger Milla sur la scène footballistique mondiale. En dépit de prestations chaotiques ces dernières années, (une embellie semble d’ailleurs poindre) il était devenu inconcevable que le Cameroun en soit à attendre une autre Can, plus de 40 ans après avoir reçu l’Afrique du football à Yaoundé, en 1972.

Cela faisait désordre pour le pays qui a permis à l’Afrique d’obtenir 5 places en Coupe du Monde grâce à son mémorable mondial de 1990. Mais pour trouver la cause déterminante de ce succès, il faut interroger l’irrésistible entregent du puissant président de la Caf, le Camerounais Issa Hayatou qui s’était juré d’offrir ce cadeau à son pays avant de quitter les rênes de l’instance faitière du football africain. Quelque esprit facile et/ou naïf pourrait toujours arguer que Hayatou n’est pas seul à décider du choix d’un pays pour l’organisation d’une Can. Ils sont certes 19 membres du Comité exécutif de la Caf à rendre ce verdict, mais pour qui connait deux choses sur la gouvernance du football à travers le Monde, il est presque certain que le tout puissant président a dicté son choix aux membres du Comité exécutif qui lui sont entièrement acquis.

Qu’importent tous ces facteurs à la fin, doit-on bien se dire dans les rangs du gouvernement camerounais. Qu’importe la nature du vin du moment qu’on a l’ivresse d’une victoire susceptible de permettre au Cameroun de combler son énorme déficit infrastructurel. Pour poussif qu’il soit, ce succès doit au moins être salué en ce que le gouvernement a tout de même manifesté un engagement réel à abriter cette compétition. Peut-être parce que dans ses atermoiements et ses tergiversations, il lui était devenu presqu’impossible de doter le pays d’infrastructures viables dans un temps raisonnable sans une contrainte programmatique aussi lourde. Il a désormais cinq ans pour relever ce défi et le truculent Gilbert Tsimi Evouna pourra alors décemment inviter ses convives à un vin d’honneur dans son fameux Bois Saint Anasthasie.

 

 

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