Pour sa première visite chez ses voisins, Buhari esquive le Cameroun

Le président nigérian Muhammadu Buhari a effectué une visite au Niger et au Tchad, mercredi et jeudi; deux pays de la coalition formée pour lutter contre Boko Haram. Aucun détour au Cameroun

Tout un symbole. Pour son premier déplacement à l’étranger, le chef d’Etat nigérian, investi le 29 mai dernier à Abuja, a choisi de se rendre au Niger et au Tchad, deux pays dont les armées font partie de la coalition formée pour lutter contre Boko Haram.Muhammadu Buhari a rencontré le président nigérien, Issouffou Mahamadou, mercredi dernier, 03 juin à Niamey. D’après les informations de la présidence du Niger, cette visite a permis aux deux chefs d’Etat de redynamiser leur Commission mixte de coopération, et de réaffirmer leur détermination à combattre le groupe terroriste Boko Haram. Le Niger est formellement entré en guerre contre le groupe terroriste, à l’issue d’un vote de son Parlement le 09 février 2015.

Le président de la République fédérale du Nigéria s’est ensuite envolé jeudi matin pour N’Djamena où il a rencontré le chef d’Etat tchadien Idriss Déby Itno. Ici également, il a été question de lutte contre Boko Haram. L’armée tchadienne est entrée dans la guerre contre la secte le 17 janvier 2014, d’abord pour épauler le Cameroun puis pour chasser les combattants de Boko Haram de certaines localités au nord-est du Nigéria. Les troupes tchadiennes ont été les premières forces étrangères à entrer en territoire nigérian. ” C’est une démonstration remarquable de bon voisinage, que nous devons renforcer dans les années à venir”, a déclaré Muhammadu Buhari jeudi à N’Djamena.

Le chef d’Etat du Nigéria n’a pas poursuivi sa tournée au Cameroun voisin, ayant préféré s’arrêter au Tchad. Pourtant, le pays que dirige Paul Biya a été le premier, dans la sous-région, à engager ses troupes contre les terroristes de Boko Haram. La déclaration de guerre avait alors été faite par Paul Biya, à Paris, le 17 mai 2014, en présence de l’ancien président nigérian Goodluck Jonathan. Ce dernier avait sollicité François Hollande pour mettre certains de ses pairs sur la même table, afin d’apporter une riposte coordonnée à la lutte. Les discussions entre Abuja et Yaoundé en particulier achoppaient à cette époque sur la question du droit de poursuite des deux côtés de la frontière Cameroun-Nigéria et la coopération entre les deux armées.Lors de son discours d’investiture le 29 mai dernier à Abuja, le nouveau président nigérian a tenu à remercier le Cameroun, le Niger et le Tchad d’avoir impliqué leurs forces armées dans les combats contre la secte islamiste.

Cependant, Paul Biya s’est fait représenter à la cérémonie d’investiture par son vice-Premier ministre, en charge des relations avec les assemblées, Amadou Ali. Pourtant, plusieurs chefs d’Etat africains ont tenu à y prendre part personnellement à l’instar de: Teodoro Obiang Nguema (Guinée Equatoriale), Ali Bongo Ondimba (Gabon), Denis Sassou Nguesso (Congo), Thomas Boni Yayi (Bénin), Mahamadou Issoufou (Niger), Idriss Deby (Tchad).

Le président nigérian aurait-il juste voulu retourner l’ascenseur auprès de ses homologues du Tchad et du Niger; ou s’agit-il de l’expression d’un malaise entre Abuja et Yaoundé ? L’exercice que Muhammadu Buhari fera de son mandat à la tête du Nigéria nous dira ce qu’il en est.