Polémique autour des montants exigés par les paroisses lors des mariages et obsèques

De nombreux catholiques qui s’adressent aux paroisses de Yaoundé pour des mariages et obsèques religieux se plaignent des montants trop élevés des frais exigés.

Face à cette grogne, l’Église s’explique.

Élise Kana est une Camerounaise de 30 ans qui vit avec son fiancé Paul-Aimé à Paris. Ils ont décidé se marier au Cameroun en juillet. Catholique, le couple a souhaité un mariage religieux mais a été obligé d’y renoncer.

« Comme nous sommes tous deux catholiques, nous avions prévu de faire un mariage religieux à la paroisse Christ-Roi de Tsinga à Yaoundé, notre ville d’enfance, raconte Élise Kana. Les frais sont trop élevés et ne peuvent entrer dans notre budget. Il nous a été demandé de payer chacun la somme de 50 mille FCFA (77 €) de denier du culte. En plus de cela, nous devons louer l’église paroissiale à 150 000 francs CFA (230 €). Il est aussi prévu de payer la chorale paroissiale qui va animer la cérémonie pour montant de 80 000 FCFA (125 €). Et ce n’est pas tout, on nous demande aussi les frais de décoration de l’église pour 50 000 FCFA (77 €). Le tout nous revient à 380 000 FCFA soit environ 600 €. »

« Il va falloir attendre d’être vieux pour le mariage religieux »

Rodrigue, un cadre de la fonction publique camerounaise qui affirme avoir payé la somme de 600 000 FCFA (soit 910 €) pour tous les frais de son mariage religieux au mois de janvier, à la cathédrale Notre-Dame des Victoires de Yaoundé, dénonce également le montant trop élevé des frais de mariage dans les paroisses urbaines du diocèse. « Le Cameroun est un pays où la plupart des citoyens ayant des revenus mensuels sont très pauvres, fait-il remarquer. Si on doit aller à l’église pour payer de telles sommes pour se marier, il va falloir attendre d’être vieux pour célébrer le mariage religieux ! »

A lire aussi <En Côte d’Ivoire, quand le mariage coûte trop cherLes mêmes plaintes sont formulées par les personnes qui sollicitent des obsèques religieuses pour leurs proches. « Non seulement on vous demande de payer l’occupation de l’église pour la messe avec les dépouilles mortuaires pour au moins 200 000 FCFA (300 € environ), mais en plus, les curés exigent des enveloppes d’argent », dénonce un laïc de la basilique Marie-Reine des apôtres de Mvolyé, un des plus célèbres lieux de culte du diocèse de Yaoundé.

« Il faut être juste avec l’Église »

Face à ces critiques, le père Félix Amougou, curé de la paroisse de Nsam et porte-parole du diocèse de Yaoundé, justifie ces pratiques. « L’Église a besoin de l’engagement effectif et personnel de chacun de ses fils et de ses filles. Il s’agit d’un engagement qui doit être fidèle. » Insistant sur la fidélité, le prêtre poursuit : « Ceux qui viennent se marier dans nos églises sont majoritairement des « chrétiens d’occasion ». Une fois la fête passée, il est très difficile de les rencontrer. Une paroisse a besoin que ces chrétiens d’occasion apportent leur soutien à l’occasion de leurs mariages, pour les fidèles qui l’animent, les chorales, la propreté de l’église etc. »
Le prêtre avance, en outre, l’argument de la justice. « Il faut se poser la question de savoir combien coûtent les festivités de mariage ? Combien dépense-t-on ? Très souvent des millions de FCFA. Même chose pour les obsèques. Alors que l’Église ne demande pas grand-chose. Il faut donc être juste avec elle. »

Jean François Channon Denwo (à Yaoundé)