POINT DE VUE : JEAN SIMON ONGOLA OMGBA : DÉSINFORMATION ET INSÉCURITÉ AU CAMEROUN – L’IMPORTANCE D’INTERNET

Le Cameroun est aujourd’hui engagé sur quatre fronts afin de protéger sa souveraineté et de garantir à tous ses citoyens la sécurité et léguer aux générations futures l’intégrité du territoire national, notre héritage commun. Dans les régions du Nord-Ouest (NO) et du Sud-ouest (SO), le pays fait face, aux milices terroristes se réclamant de l’Ambazonie, mais aussi au grand banditisme transfrontalier avec son cortège d’enlèvements, d’assassinats et d’autres formes de violence dont le caractère barbare et cruel n’échappe plus à personne. L’ONG « Human Rights Watch »-qui ne peut être suspectée de complaisance vis-à-vis du gouvernement du Cameroun- attestait de ces violences dans un rapport publié il y’a quelques semaines.

L’Extrême-Nord connait les attaques meurtrière de la nébuleuse terroriste BOKO HARAM, qui-faut-il le rappeler- fait allégeance à l’Etat Islamique, et tente d’exporter sur le sol camerounais un islamisme radical et violent sur fond de djihadisme. Par ailleurs, les forces de défense et de sécurité doivent contenir dans l’Est du Cameroun, l’action de milices et groupes terroristes venus de la RCA, qui répandent la destruction et le chaos, terrorisant les populations de cette région. Une armée virtuelle d’activistes constitue le quatrième front. Ils manipulent de manière consciente et intelligente les opinions nationale et internationale. Chaque jour, la communauté nationale et les pouvoirs publics prennent la mesure de la puissance et des conséquences dévastatrices des « fake news ».

Ce front est alimenté par une partie de la diaspora camerounaise acquise aux thèses sécessionnistes, qui a été rejointe depuis les élections présidentielles du 7 octobre 2018, par certains militants du MRC. Ces deux groupes bénéficient de la bienveillance et parfois de la complicité des services étrangers. C’est dans ce cadre que se prépare et s’organise une stratégie générale d’influence contre le Cameroun. Sont ciblés ici des lobbyistes et des membres du Congrès des USA harcelés et largement influencés. La recherche du soutien des sénateurs Todd Young de l’Indiana, Ben Cardin et Chris Van Hollen du Maryland, et Thomas R. Carper du Delaware, illustre la détermination et la ténacité de nos compatriotes de la diaspora. Contrairement à ce qu’affirment certains, il ne s’agit pas ici de personnes « sans papier », vivant dans la clandestinité. Bien souvent, on retrouve dans leurs rangs des médecins, des ingénieurs, des professeurs d’université et des avocats. Leur dernier fait d’armes, bien que mineur, est le vote de la résolution H.RES 358 le 23 juillet 2019 à la Chambre des Représentants du Congrès américain.

Nous sommes face à une guerre d’un nouveau genre : des lobbyistes qui véhiculent fake news et contre-vérités via les nouvelles technologies, les campagnes d’information et/ou de désinformation… Les groupes de pression agissent dans une synergie hostile au Cameroun en se dissimulant dans l’espace cybernétique. La cyber-manipulation est efficace. De nombreux scientifiques admettent que les informations recueillies sur la toile jouissent de l’assentiment de nombreux internautes qui les jugent plus crédibles que les médias traditionnels. Les jeunes croient sincèrement et profondément en la neutralité apparente des moteurs de recherche. Le web est appelé à jouer un rôle important dans notre recherche de consolidation d’un imaginaire collectif et un désir d’avenir commun. Son mode opératoire plus insidieux et pernicieux n’a rien de pacifique. Rester silencieux s’apparente à leur donner raison. Raison pour laquelle les attaques contre le Cameroun sur Internet et les réseaux sociaux doivent être rendues coup par coup. Il s’agit ici d’utiliser les mêmes outils en créant des pages et des groupes dédiés sur le net exclusivement au démantèlement de ces campagnes qui attaquent l’image du Cameroun.

Le Cameroun en a les moyens. Le choix des lobbyistes et influenceurs ne doit pas être fait dans une optique de prédation où les conflits d’intérêt finissent par anesthésier et rendre inefficace l’action publique au détriment de l’intérêt général. Le site des camerounais de Belgique. Nous aurions tort et commettrions une faute si nous oublions qu’entre les rebelles sécessionnistes, les activistes politiques, l’islamisme radical, la recherche du contrôle des ressources naturelles, les problèmes sociétaux et économiques, les influences étrangères, les ingrédients ne sont pas réunis pour faire exploser le pays. Sur le terrain des opérations militaires, nous ne saluerons jamais assez le professionnalisme de nos forces de défense et de sécurité. Cependant, beaucoup reste à faire dans l’espace cybernétique.

Les salves de messages des réseaux sociaux inondent la toile d’informations présentant le Cameroun comme un Etat qui tue ses enfants, brule des villages, viole les droits de l’Homme. Le préambule de la résolution H.RES 358 passée par la Chambre des Représentants des USA le 23 juillet 2019, minore volontairement les exactions commises par les séparatistes des régions anglophones. Il tient pourtant le gouvernement du Cameroun comme responsable des crimes commis dans les régions du NOSO. Le Cameroun serait un pays où les libertés et les droits sont violés à tous les étages. La résolution de la Chambre des Représentants aux Etats-Unis, comme celle du Parlement Européen à Strasbourg en juin 2019, sont largement influencées par les réseaux sociaux appuyées par des lobbyistes et d’autres groupes de pression présents dans les couloirs de ces institutions et actifs sur Internet.

Elles dénotent cependant d’une méconnaissance abyssale des réalités camerounaises. Par ailleurs, ces votes, au-delà d’être une ingérence flagrante et inacceptable de notre souveraineté, sont de par leur positionnement outrageusement partisans, de nature à fragiliser et anéantir les efforts de la communauté nationale pour un retour à la paix. Il n’est pas superflu d’attirer l’attention de l’opinion publique sur le fait que depuis le début de la crise dans le NOSO et les élections présidentielles du 7 octobre 2018, des centaines de faux comptes ont été activés sur Internet et diffusent une rhétorique résolument anti-Cameroun et anti-Paul Biya. Ces internautes critiquent, organisent et planifient des campagnes de désinformation, animent la conflictualité ethnique et régionale. Plus grave encore, ces groupes portent atteinte aux symboles de la République comme le démontre le saccage des ambassades du Cameroun à Paris et à Berlin et plus récemment encore les événements de Genève unanimement condamnés par le peuple camerounais. Tous ces acteurs ont un ultime objectif : donner une image détestable des dirigeants camerounais auprès des opinions nationale et internationale.

Face à la situation actuelle, il est temps que la riposte de la communauté nationale se fasse plus vigoureuse. Le Cameroun ne doit laisser aucun répit aux acteurs de la manoeuvre informationnelle contre le pays. Toutes les campagnes d’influence pour défendre et promouvoir le vivre ensemble sont plus que jamais les bienvenues. Un accent particulier doit être placé sur les organisations patriotiques qui combattent ce nouveau visage de la violence. L’accès à l’information instantanée est un facteur puissant de changement social. Mais, dans le cadre de la crise du NOSO, le pouvoir du web mal utilisé contrarie grandement les efforts pour la paix. Les fake news menacent notre démocratie qui reste encore fragile ainsi que le vivre ensemble en sapant la confiance en nos institutions. La réponse la plus appropriée à cette guerre de communication se situe au niveau de notre capacité à rétablir la véracité des informations rendues publiques mais dramatiquement fausses. La gravité de la situation nous invite à une vigilance de tous les instants devant l’utilisation perverse des réseaux sociaux. L’info claire et nette. Mais nous devons surtout multiplier les outils modernes pour assurer une veille patriotique permanente au risque de laisser se répandre des messages mensongers, véritable ferment de la déstabilisation du Cameroun. Nous devons redoubler d’efforts et faire preuve d’imagination pour innover dans ce sens. Cette guerre ne peut que se gagner sur les réseaux sociaux et non dans la censure et d’autres pratiques liberticides.