PK 14: Enquête sur 300 hectares querellés

Un conflit entre des dizaines de planteurs et deux possesseurs de titres fonciers, objet d’une mission des Domaines à Douala.

 

Après deux heures et demie passées à crapahuter sur les allées des exploitations agricoles de Papas, coin du point kilométrique 14 dans la banlieue nord-est de Douala, une question de la mission du ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières qui visitait les lieux vendredi 30 octobre 2015 a suscité un énorme hourrah de satisfaction. Comment le propriétaire d’un des titres fonciers ayant déclaré la veille avoir hérité de son père la propriété de terres sur lesquelles ce dernier, défunt, accueillait des planteurs venus de tout le pays, se trouve-t-il acquéreur de ces mêmes terres auprès d’un de ces agriculteurs ?

L’interpellé, Jacques Kingue, n’a pas répondu tant la rumeur satisfaite des dizaines de femmes et d’hommes qui nient le droit qu’il réclame sur ces hectares (trois centaines au total) a couvert la conversation. Pour toutes les deux parties néanmoins, l’enquête prescrite en « haut lieu » devrait faire avancer la justice. De quoi satisfaire les porteurs de pancartes qui disaient merci au président Biya et au Premier ministre d’ordonner l’investigation sur une affaire relativement simple.

Au tournant des années 1950 vers l’indépendance, des gens se sont mis à exploiter les terres de Papas. Pour d’aucuns, l’administration coloniale encourageait ces arrivées pour freiner l’expansion des maquis indépendantistes. 60 ans plus tard, la situation a largement évolué. Une vieille dame sur les lieux prétend avoir régulièrement cultivé des champs dans « cette forêt depuis 40 ans : le problème est survenu quand des jeunes ont commencé à traîner dans les environs en faisant des mesures. On leur a demandé ce qu’ils voulaient mais ils répondaient qu’ils recherchaient seulement des machettes ou des scies perdues au travail… ».

L’affaire se corse avec la prétention de certains d’établir des titres fonciers dans les années 1990, commente Abolo Mbomezo’o, président d’un regroupement de « pionniers ». L’administration intervient pour ramener le calme tandis que des brutalités se font sur le terrain : cultures dessouchées, déversement de produits chimiques destructeurs, menaces verbales, violences physiques et même emprisonnements…

A quelques kilomètres seulement de l’ancienne route Douala-Yaoundé, les terrains ont en fait pris énormément de valeur. Des morcellements et reventes provoquent des affrontements violents. Sept titres fonciers au moins ayant été délivrés et contestés dans la pagaille. Toutefois, 2015 semble devoir être l’année du règlement du conflit : après trois descentes des autorités locales sur le terrain, « Yaoundé est intervenu », à la grande satisfaction des pionniers.

M. Kingue, accusé par bon nombre d’entre eux d’être le fauteur de troubles ne l’est pas moins. « Beaucoup n’ont pas créé des plantations et ne sont là que par l’entremise de ceux qui sont venus travailler », déclare celui qui se présente comme descendant des familles originellement sur les lieux. Pour lui, ce sont les années-troubles qui ont fait partir ses ancêtres. Sur le terrain cependant la mission a largement pu recenser les « mises en valeur » des exploitants, sur plusieurs décennies. Il reste à l’autorité des Domaines de dire si les centaines d’hectares ainsi valorisées peuvent être propriétés de Jacques Kingue et David Moungui, l’autre propriétaire qui assure y disposer de 107 hectares.