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Pistes de réflexion sur une autre manière de voir le développement au Cameroun avec la complicité de Jeremy Rifkin sociologue et économiste américain

Pistes de réflexion sur une autre manière de voir le développement au Cameroun avec la complicité de Jeremy Rifkin sociologue et économiste américain

La révolution numérique que nous vivons pourrait marquer la fin de l’ère capitaliste et l’avènement d’un nouveau mode d’organisation collaboratif et décentralisé fondé sur l’économie sociale et le partage des biens communs. Telle est la thèse que soutient l’essayiste américain Jeremy Rifkin dans son dernier ouvrage The Zero Marginal Cost Society.  La traduction française est disponible depuis le 24 septembre 2014 aux éditions Les liens qui libèrent.

Partant du constat que les nouvelles technologies de l’information et de la communication permettent de réduire drastiquement le « coût marginal de production » de nombreux produits et services, l’auteur prédit que les individus pourront bientôt soit les produire eux-mêmes, soit y accéder pour un prix modique.

Ce livre est technique mais accessible, il dessine un monde en rupture avec le capitalisme. Selon lui, les « communaux collaboratifs » sont en train de tout changer. J’ai essayé de comprendre ce terme: il s’agit de l’ensemble des gens qui produisent leurs énergies, à des coûts presque nuls, c’est-à-dire, ces gens-là produisent leur propre électricité, leur propre eau, l’essentiel de ce dont ils ont besoin. Aujourd’hui, le téléphone gratuit se développe avec viber, facebook, skype et autres… Quand vous avez installé une éolienne ou une plaque solaire, vous n’achetez ni le vent ni le soleil il faut juste que la turbine soit propre pour que l’énergie soit transmise du point A au point B. Je suis depuis 10 ans déjà le travail de Jérémy Rifkin, économiste et sociologue qui se définit de la social-démocratie et engagé depuis la fin des années 1970 à l’Ecologie.

Notre monde est en rupture avec le capitalisme, il se transforme et notre pays devrait le regarder, lui qui obtient un zéro pointé dans son développement. Nous voulons organiser la Coupe d’Afrique des Nations de Football en 2019 alors que des milliers d’enfants meurent de faim, ne peuvent pas aller à l’école comme vous pouvez le voir sur ces images qui nous viennent de l’école publique de  Ngoumlaye, nous sommes à 1h 30 de route de Maroua, chef-lieu de la région de l’Extrême-Nord, dans l’arrondissement de Moulvoudaye, département du Mayo Kani.  80% des écoles ici sont construites avec les mêmes matériaux : ce sont des écoles dankings mot peulh qui se traduirait par hutte tout simplement.

L’entreprise « Touristique » est celle que les Camerounais doivent regarder aujourd’hui avec intérêt, non pas parce cette entreprise de transport en commun va partout où les autres ne vont pas, mais parce qu’elle prend la place de l’Etat y compris dans le transport du courrier et des colis. L’entreprise « Touristique » créé des activités dans les coins les plus reculés parce qu’il créé des gares pour regrouper les voyageurs et voyagistes. C’est peut-être là les « communaux collaboratifs » les plus visibles dans notre pays.
Je pense aux milliers d’échanges que j’ai avec des Camerounais et autres sympathisants sur les réseaux sociaux et notamment sur Facebook et je suis toujours surpris par la conception concentrée que nous avons du développement. Aucun pays ne peut se développer par le centre et je dois affirmer que le Cameroun n’a pas les moyens de ce type de développement. A mon humble avis, il faut apporter aux uns et aux autres ce dont ils ont besoin au sein même de leur communauté afin qu’ils ne soient pas obligés de parcourir des centaines de kilomètres pour trouver un hôpital, une école, etc. Qu’est-ce qui justifie, le fait que l’on a construit trois hôpitaux de référence à Ngousso et que, à Mvan ou à Mbankomo il ne soit pas possible de trouver un médecin ? Pourquoi devrait-on partir de Mbalmayo, d’Akono pour faire ses courses à Mahima Elig-Essono ? Pourquoi Fokou n’est-il pas installé à Baham ?
Une génération….
Autour de nous cependant, des actions sont posées qui méritent d’être soutenues et présentées au public par nos médias même si ceux-ci ont l’impression que le faire n’apporte rien à leur chiffre d’affaire. Parmi ces actions, l’on peut citer celles du groupe qu’anime le docteur Bwelé avec sa petite équipe qui organise depuis 2008 des campagnes sanitaires à travers le Cameroun, afin de prodiguer gratuitement des soins de santé à nos concitoyens, du moins avec le soutien financier de quelques bienfaiteurs. Des associations  de cette nature il en existe de plus en plus chez les étudiants en médecine même si elles sont essentiellement basées sur les origines ethniques, tribales sous un emballage de l’arrondissement ou du département. C’est déjà cela! L’Amicale du Haut-Nkam Diaspora vient d’organiser une vaste campagne de sensibilisation et d’information sur les IST, le diabète, les AVC et autres.

Photo. Le Dr Bwélé s’adressant aux populations lors d’une de ces nombreuses campagnes
Dr Bwele:Camer.be

Les réseaux sociaux…


Les réseaux sociaux participent de cette émergence des « communaux collaboratifs » car tout le monde peut véhiculer une information, tout le monde peut communiquer sur son blogue, sur youtube et autres et surtout être suivi alors que les journaux classiques de notre pays dont le premier Cameroon Tribune n’est tiré qu’à 25 000 exemplaire et coûte 400F cfa. La difficulté dans notre pays réside encore dans la communication et la vulgarisation des initiatives innovantes. Les Camerounais lisent peu les journaux classiques mais les regardent comme nous pouvons le voir sur cette photo.

Photo : Regardants devant un kiosque à journaux à Yaoundé
Kiosque:Camer.be

Tous les matins, vous avez donc des lecteurs potentiels mais que nous baptisons ici des « regardants de journaux » qui s’agglutinent autour des kiosques à journaux, regardent les unes et ou les images et en parlent entre eux. Les journaux donnent donc à voir et non à lire et la difficulté pour nous est de ne pas comprendre pourquoi ces journaux classiques tardent donc à ouvrir leurs colonnes à de véritables échanges capables de structurer l’espace public de notre pays. Ce qui est vrai pour la presse écrite l’est aussi pour la télévision. Les débats dominicaux ont été expurgés de tous les penseurs ou de tous ceux qui jouaient ce rôle pour n’être plus que des espaces de rencontres entre journalistes. Il n’y a donc plus de débat au Cameroun et les uns et les autres n’ont plus qu’à se taire où à suivre la pensée unique. Le Conseil National de la Communication a même adressé une correspondance aux médias leur demandant d’être solidaire du gouvernement dans sa guerre contre Boko Haram ! Rien que cela…

Le Jour:Camer.be

Cette une du jour du vendredi 26 septembre 2014 traduit à suffisance l’état de décrépitude de l’espace public au Cameroun. Nous sommes dans un pays des possibles et pour cela il faut oser, il faut libérer les énergies même les plus insoupçonnées, les plus petites pour que les audaces prennent un envol dont nous avons tous besoin.