Philemon Yang : « Le vivre ensemble doit être cultivé et entretenu »

«Je suis très honoré de prendre la parole au nom du chef de l’Etat, Son Excellence Monsieur Paul BIYA.
Je vous souhaite la bienvenue à cette cérémonie d’installation du président et des membres de la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme.
Nous vivons une journée mémorable dans l’histoire de la construction de notre nation.
L’entrée en fonction de la première équipe de la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme ouvre en effet de nouvelles perspectives pour la consolidation de notre vouloir vivre ensemble.
Pour la première fois, notre pays vient de se doter d’une institution dédiée au renforcement des liens qui nous unissent, au-delà des différences de langues et de cultures.  Cette institution travaillera en effet à la promotion de notre diversité culturelle et de nos deux langues officielles, dans le but de renforcer l’unité nationale et l’intégration nationale.
Dans son discours à la nation le 31 décembre 2016, le président Paul BIYA soulignait que [JE CITE]: « l’unité du Cameroun est un héritage précieux avec lequel nul n’a le droit de prendre des libertés ». [FIN DE CITATION] Votre présence massive dans cette salle du palais des Congrès de Yaoundé atteste que la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme est une institution pertinente.
Le Cameroun tout entier s’est rassemblé ici ce jour, pour magnifier la clairvoyance du chef de l’Etat. Nous remercions sincèrement le président de la République d’avoir créé cette Commission.
Mesdames et Messieurs,
Le décret du 23 janvier 2017 portant création, organisation et fonctionnement de la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme précise que ladite Commission est chargée de «la promotion du bilinguisme, du multiculturalisme au Cameroun, dans l’optique de maintenir la paix et de renforcer la volonté et la pratique quotidienne du vivre ensemble de ses populations ».
Le bilinguisme et le multiculturalisme s’enracinent dans l’histoire du peuple camerounais. Ils s’enrichissent de son présent en mouvement et définissent son avenir.
Avec d’autres institutions républicaines, la nouvelle Commission veillera à donner une résonance particulière aux premiers mots de notre Constitution et [JE CITE] :
« Le Peuple camerounais
Fier de sa diversité linguistique et culturelle, élément de sa personnalité nationale qu’elle contribue à enrichir, mais profondément conscient de la nécessité impérieuse de parfaire son unité, proclame solennellement qu’il constitue une seule et même nation, engagée dans le même destin et affirme sa volonté inébranlable de construire la patrie camerounaise sur la base de l’idéal de fraternité, de justice et de progrès» ; [FIN DE CITATION] Mesdames et Messieurs, Distingués invités,
La Commission a été conçue comme une instance de réflexion et d’action, au service de la promotion de trois principales valeurs : le bilinguisme, le multiculturalisme et le vivre ensemble.
Arrêtons-nous un instant sur chacune de ces valeurs.
Le bilinguisme est inscrit dans la Constitution depuis 1961. La révision du texte constitutionnel en 1996 a permis de le réaffirmer sans équivoque. L’article 1er alinéa 3 de la Constitution dispose en effet que: [JE CITE] « la République du Cameroun adopte l’anglais et le français comme langues officielles d’égale valeur. Elle garantit la promotion du bilinguisme sur toute l’étendue du territoire ». [FIN DE CITATION] Le bilinguisme doit être respecté dans le fonctionnement quotidien de tous les services publics, sur toute l’étendue du territoire. Une politique conséquente de bilinguisme a été mise en œuvre par l’Etat. Elle est particulièrement perceptible dans le système éducatif, qui prépare déjà la jeunesse à des diplômes bilingues.
Des efforts ont été faits dans les administrations avec la généralisation des cellules de traduction. Pour autant, nous devons améliorer notre bilinguisme, que beaucoup d’autres pays nous envient.  S’agissant du multiculturalisme, il renvoie à nos cultures respectives, c’est-à-dire aux manières d’être, de vivre et de sentir auxquelles des générations successives de Camerounais s’identifient. Nos cultures sont un patrimoine qu’il faut valoriser, préserver et transmettre aux générations futures.
La diversité des cultures est une réalité incontestable au Cameroun. Les cultures ne sauraient s’éviter ou s’opposer. Ce sont des richesses qu’il faut partager, à travers un dialogue permanent entre elles, un enrichissement mutuel, dans une dynamique de fécondation et de renouvellement permanents.
La Constitution a même érigé une des composantes de notre multiculturalisme en véritable cause nationale. Elle met en effet à la charge de la République l’obligation visant, [JE CITE] «la protection et la promotion des langues nationales ». [FIN DE CITATION].
Pour ce qui est du vivre ensemble, c’est l’ingrédient sans lequel la Nation est une idée virtuelle. Le vivre ensemble est fondé sur notre histoire commune, faite de joies et de peines partagées.  Il est le fruit d’un attachement au « berceau de nos ancêtres» et la conviction d’avancer vers cette « Land of Promise, Land of Glory ».  La trajectoire de notre Nation n’a pas été un long fleuve tranquille. Les épreuves qui ont jalonné l’avènement du Cameroun indépendant, tout comme les succès engrangés sur le chantier de la construction nationale ont renforcé les liens qui nous unissent.  Cependant, nous devons garder à l’esprit que le vivre ensemble n’est pas un acquis définitif. Il doit être cultivé et entretenu de manière volontariste. Cela fait partie des attributions de la Commission pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme.
A cet effet, la Commission est une interface entre les citoyens et le président de la République, sous l’autorité duquel elle est placée. C’est ainsi que la Commission est chargée : [JE CITE] – de soumettre des rapports et avis au président de la République et au gouvernement, sur les questions se rapportant à la protection et à la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme ;
– d’assurer le suivi de la mise en œuvre des dispositions constitutionnelles faisant de l’anglais et du français deux langues officielles d’égale valeur, et notamment leur usage dans tous les services publics, les organismes parapublics ainsi que tout organisme recevant des subventions de l’Etat;
– de mener toute étude ou investigation et proposer toutes mesures de nature à renforcer le caractère bilingue et multiculturel du Cameroun;
– d’élaborer et soumettre au président de la République des projets de textes sur le bilinguisme, le multiculturalisme et le vivre ensemble;
– de vulgariser la réglementation sur le bilinguisme, le multiculturalisme et le vivre ensemble;
– de recevoir toute requête dénonçant des discriminations fondées sur l’irrespect des dispositions constitutionnelles relatives au bilinguisme et au multiculturalisme et de rendre compte au président de la République;
– d’accomplir toute autre mission à elle confiée par le président de la République, y compris des missions de médiation. [FIN DE CITATION] .
La Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme doit être à l’écoute de la société. Cet état d’esprit lui permettra de recevoir et traiter toutes les requêtes des citoyens victimes de discriminations fondées sur la langue et la culture.
Mesdames et Messieurs, Distingués invités,
Pour animer la nouvelle Commission, le président de la République a opéré un savant dosage. Il a choisi quinzè (15) personnalités dont les profils reflètent la variété et la richesse des ressources humaines camerounaises. Ces personnalités ont en partage le patriotisme et l’engagement pour les causes les plus nobles dans la société camerounaise.
L’expérience des affaires publiques au plus haut niveau des uns côtoie l’ardeur de la jeunesse des autres. Les atouts des pédagogues, venant du secteur de l’éducation, s’enrichiront de la rigueur des juristes.
Par-delà la représentation des dix régions, le chef de l’Etat a également tenu compte, dans le choix des quinze (15) commissaires, de la représentativité des femmes et de nos principales aires socioculturelles.
Je ne doute pas que, sous la conduite de son président, M. Peter MAFANY MUSONGE, la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme accomplira sa mission avec efficacité.  Le soutien du peuple camerounais ne lui fera pas défaut. La Commission peut compter sur la disponibilité sans faille du gouvernement.  La promotion du bilinguisme et du multiculturalisme a désormais ses champions. L’œuvre qu’ils accompliront ouvrira très certainement une ère nouvelle pour le vivre ensemble au Cameroun.
C’est sur cette note d’espoir que je déclare installés, le président et les membres de la Commission nationale pour la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme.
Vive le Cameroun et son illustre chef, le président de la République, chef de l’Etat, Son Excellence Monsieur Paul BIYA.
Je vous remercie de votre attention. »

*L’intégralité du discours du Premier ministre, chef du gouvernement, à l’occasion de la cérémonie d’installation du président et des membres de la Commission Nationale pour la Promotion du Bilinguisme et du Multiculturalisme le 27 avril 2017