Pauvreté Le Cameroun abrite 8,1 millions d’indigents

Alors que les camerounais se réjouissent de l’enrichissement de leurs compatriotes, l’Institut national de la statistique s’inquiète surtout de l’appauvrissement de nos ménages. L’Ins estime qu’il faudrait accorder près de 130 000 Fcfa à un adulte pour le sortir de la pauvreté.

Alors que le magazine Forbs africa met en valeur les plus grandes fortunes d’Afrique, parmi lesquelles celles du Cameroun, l’Institut national de la statistique choisit de rappeler que malgré l’enrichissement Tgv des hommes d’affaires, le taux de pauvreté continue à avancer sur le territoire national. D’après des résultats de la 4e Enquête camerounaise auprès des ménages (Ecam4) rendue publique par l’Institut national de la statistique (Ins), le nombre de personnes  indigentes vivant  sur le sol camerounais continue sa progression. En 2014, il a atteint les 8,1 millions de personnes, contre 7,1 millions de personnes il y a sept ans (2007).

En parcourant le même document, on apprend que sur la base d’un seuil de pauvreté monétaire de 339 715 Fcfa par an, soit 931 Fcfa par jour par équivalent adulte, calculé à partir des dépenses de consommation finale des ménages, l’incidence de la pauvreté se situe à 37,5% en 2014, contre 39,9% en 2007. En rappel, ce taux était de 40,2% en 2001 et 53% en 1996, ajoute l’institution. Cette baisse modérée de 2,4 points de pourcentage est en deçà du rythme préconisé dans le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (DSCE) et ne permet pas d’atteindre l’Objectif de réduire de moitié la pauvreté à l’horizon 2015 suivant l’Agenda des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD).

En somme, conclut le rapport sur ce volet, il faudrait allouer en moyenne à chaque adulte pauvre, la somme annuelle de 130 200 Fcfa pour le sortir de la pauvreté. En 2007, ce montant était de 83 000 Fcfa.

L’informel premier employeur du Cameroun

L’Institut national de la statistique ajoute que dans ce constat de l’évolution  galopante de la pauvreté, les zones rurales restent les plus  touchées, alors qu’en milieu urbain, la pauvreté tende  à reculer. En outre, dit l’Ins, les disparités de niveaux de vie se sont accentuées, d’une part, entre les milieux urbain et rural, et, d’autre part, entre les pauvres et les non-pauvres. A titre d’illustration, en 2014, les 20% des ménages les plus riches consomment 10,1 fois plus que les 20% les plus pauvres ; alors que ce ratio était déjà élevé et se situait à 7,5 en 2007.

Au sujet du marché du travail, le rapport préliminaire de l’Ecam4 renseigne que malgré les milliers d’emplois générés principalement dans le tertiaire où les administrations publiques ainsi que les entreprises publiques « face à un secteur privé hésitant », L’économie informelle a, quant à elle, continué d’être le réceptacle des jeunes chômeurs à la recherche de leur subsistance en attendant des meilleures opportunités d’insertion dans l’économie moderne. « Cette création d’emplois a sensiblement contribué au recul de la pauvreté, surtout en milieu urbain, car, la plupart des emplois créés relèvent principalement du secteur public et du secteur informel urbain », conclut l’Ins.

Le Riz s’invite de plus en plus dans le plat du riche

Autre élément marquant dans ce rapport produit par l’Ins, les dépenses de consommation alimentaire. En effet, entre 2007 et 2014, la part de la dépense d’achat du riz dans la dépense totale de consommation alimentaire a augmenté de 1,2 point pour un ménage non pauvre, en passant de 6,8% à 8,0%. Pour un ménage  pauvre, elle a augmenté de 1,7 en passant de 4,1% à 5,8%. En ce qui concerne le poisson frais/ congelé, sa part dans la dépense alimentaire totale des ménages s’est accrue de moins d’un point en passant de 4,7% en 2007 à 5,5% en 2014. Celle des ménages non pauvres a en moyenne varié de 0,7 point, alors que celle des ménages pauvres a varié de 0,9 point. Il est aussi à noter que les ménages urbains ont le plus bénéficié de ces subventions. A titre d’exemple, leurs dépenses de consommation de poisson congelé et de riz représentent respectivement 63,6% et 56,2% des dépenses totales de consommation de ces deux produits.