Paul Biya manipulé au nom de Boko Haram

L’implication de certaines personnalités originaires du Grand-Nord, dans les négociations pour la libération des otages, laisse apparaître de gros risques pour le pouvoir de Yaoundé et la déstabilisation du Cameroun.

Après Amadou Ali pour la famille Moulin-Fournier en avril 2013, Cavaye vient de prendre le relais.

Le déballage a commencé. Dans son édition du lundi 06 janvier, l’hebdomadaire régional «L’oeil du Sahel», donne de croustillants détails sur les négociations ayant, conduit à la libération, le 30 décembre dernier, de Georges Vandenbeusch, prêtre français en poste à la paroisse de Nguétchéwé (Extrême-Nord), enlevé le 13 novembre par la secte islamiste nigériane Boko Haram. Selon le journal de Guibaï Gatama, au cœur des tractations, on retrouve le président de l’Assemblée nationale, Cavaye Yeguie Djibril. C’est lui, affirme la publication, qui a conduit les pourparlers avec les intégristes. L’homme de Tokombéré, apprend-on, avait comme «bras droit» pendant les négociations, un certain Hassan, richissime chef (lawan) d’Achigacha (Mayo-Tsanaga, région de l’Extrême-nord), à la lisière de la frontière nigériane.

En tout, la secte aurait palpé entre 6 et 8 milliards de FCFA en termes de rançon. Sans oublier la libération de l’un de ses lieutenants, Kanuri Djida Umar, qui était détenu à Maroua, après avoir été interpellé avec une cargaison d’armes de guerre.

L’enquête de «L’Oeil du Sahel» est lourde d’enseignements. Elle laisse apparaître une organisation terroriste bien tenue, des intermédiaires camerounais qui maîtrisent le sujet, ainsi que la circulation de fortes sommes d’argent. Le réseau met en scène de hauts responsables du Cameroun, avec des niveaux d’implication qui donnent froid dans le dos. Au final, l’on est tenté de se demander si ces élites de premier rang ne sont pas, elles-mêmes, engagées dans ce hideux marchandage.

Aujourd’hui, c’est en effet, Cavaye Yeguie Djibril, troisième personnalité de la République. Hier, c’était le vice-Premier Ministre, Ministre délégué à la présidence chargé des Relations avec les Assemblées, Amadou Ali, que certaines sources affirment avoir hébergé, pendant quatre jours dans sa résidence de Kolofata, le négociateur de Boko Haram pour la libération de la famille Moulin-Fournier en avril 2013.

Hommes de confiance du Chef de l’Etat, des mauvaises langues les présentent aujourd’hui, comme plusieurs autres élites du Septentrion, d’être partie liée avec les «Djihadistes». On ne comprendrait pas autrement que, du jour au lendemain, ils se montrent aussi «efficaces» dans la négociation avec des terroristes impitoyables.

Et demain?

Avant le phénomène Boko Haram, le Cameroun a été, pendant longtemps, secoué par les exactions des coupeurs de routes dans sa région septentrionale. Plusieurs rapports d’enquêtes auraient fait ressortir le rôle trouble de certaines élites (politiques et traditionnelles) des régions du Grand-Nord. De même, des témoignages concordants affirment que des pressions étaient régulièrement exercées sur les responsables de la sécurité, afin de faire libérer ces bandits de grand chemin interpellés dans des conditions particulièrement difficiles.

L’époque des coupeurs de route semble désormais révolue, laissant la place à une pratique bien plus pernicieuse. Désormais, ce sont des dirigeants, avec des intermédiaires accrédités, qui mènent le bal en plein jour. On imagine les «commissions» retenues sur le chemin de la libération des otages, les armes qui prendraient des chemins incontrôlables, le risque de déstabilisation du Cameroun.

Boko Haram serait-il donc, à la fin, devenu un nouveau fonds de commerce pour quelques responsables sans foi ni loi, qui à travers le paiement de juteuses rançons, viennent de trouver une nouvelle formule pour s’engraisser, et surtout pour mieux faire chanter politiquement Paul Biya, qui n’arrête plus visiblement de tomber dans leur piège? A moins que, suprême vice, l’insécurité planifiée ne soit devenue un moyen de pression sur Paul Biya, permettant à certains hauts responsables de tenir le Président pour faire valoir leurs volontés inavouées.

camernews-GEORGES-VANDENBEUSCH

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