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Paul Biya et les conjectures d’agenda

Paul Biya et les conjectures d’agenda

Devrait-on parler d’entêtement? De fautes d’orgueil? D’une manie visant à toujours déjouer les spéculations de calendrier? Le Chef de l’Etat n’arrête pas de nourrir les interprétations, parfois les plus délirantes, sur sa gestion du temps et des événements.

Devrait-on parler d’entêtement? De fautes d’orgueil? D’une manie visant à toujours déjouer les spéculations de calendrier? Le Chef de l’Etat n’arrête pas de nourrir les interprétations, parfois les plus délirantes, sur sa gestion du temps et des événements. Paul Biya, en véritable bête politique, semble se jouer des conjectures qui ont fait leur lit dans le landernau. C’est un mélange de sphinx et de sioux. Il donne toujours l’impression d’être absent, alors même qu’il est maître de la scène. Il frappe lorsqu’on s’y attend le moins. Ne donnait-on pas Paul Biya au bout du rouleau, prêt à rendre le tablier au plus fort des -années de braise- 1990-1992? L’opposition et la contestation étaient dehors. «Paul Biya must go!» entendait-on ici et là. «Si Paul Biya s’entête, on le débarque», avaient très sérieusement menacé les représentants de l’opposition, en tournée en Europe et qui exigeaient l’organisation d’une Conférence nationale souveraine. On disait alors le régime par terre, et c’est à peine si certains n’annonçaient pas que le Président de ta République négociait une sortie de la magistrature suprême moins humiliante. La suite, on la connaît.

Paul Biya a repris en main les leviers du pouvoir. Il a redessiné le paysage politique et institutionnel, afin de l’adapter à un environnement qui épouse les nouvelles exigences de la mondialisation. Il a mis en échec ses détracteurs, y compris ceux de son camp au loyalisme flageolant et qui avaient tôt fait d’abandonner la barque, ou de s’en éloigner. Il a confondu les louvoyeurs, forts nombreux au sein du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), véritables militants du dimanche venus -faire fortune- ou -trouver refuge- au sein du parti au pouvoir. En un peu plus de trois décennies de magistère, Paul Biya a appris ta maîtrise du prétexte, du contexte et des hommes. J’ai, à titre personnel, eu tout le loisir d’observer de loin, cet homme secret, discret, parfois taiseux, souvent effacé, mais redoutable tacticien. On l’a dit timoré, il apparaît déroutant. On le prétend froid et distant; ceux qui ont eu la chance de l’approcher parlent d’un gros blagueur, un homme chaleureux, sans être vulgaire.

Paul Biya vient une fois de plus de démontrer ses qualités d’homme d’honneur, mais surtout son indépendance d’esprit à la faveur de son décret du 18 février, portant commutation et remise de peines à la faveur de la célébration du Cinquantenaire de la Réunification. Mais que n’a-t-on pas dit, jusqu’à ce texte! Que n’a-t-on pas entendu, en termes de -pressions- dont on le disait soumis! Le Chef de l’Etat était ainsi devenu rien moins qu’un sujet aux mains de supposés lobbies ou puissances étrangères. Et, prétendait-on, il n’avait d’autre choix que de se plier à la volonté de ceux qui le menaçaient des foudres de l’enfer.

Un exemple, un seul, permet pourtant de constater à quel point l’homme à horreur de subir les événements ou de se rendre otage des pressions. Le 30 janvier 2013, Paul Biya, qui vient de rencontrer son homologue français François Hollande, s’exprime face à la presse hexagonale. A une question qui taraude les esprits et mobilise les défenseurs des droits de l’Homme, il réplique, le plus calmement du monde: «Le problème de Michel Thierry Atangana, que j’ai connu dans des dossiers, je ne le connais pas personnellement, donc il ne peut pas être un ennemi politique, c’est un homme qui a été condamné par les tribunaux pour détournement de deniers. Et son affaire est en instance. Il a fait appel et il a saisi également la Cour suprême. Nous attendons la décision de la Cour suprême pour voir ce qu’il y a lieu de faire. Notre souci, c’est qu’il y ait le maximum de gens libres, mais je ne veux pas contrarier les décisions de justice».

Il semblait ainsi clair que Paul Biya ne souhaitait en rien interférer sur le travail de la justice. Au nom de la séparation des pouvoirs. Mais cela n’avait pas suffi aux annonceurs de tempête. Ils ne voyaient pas le Chef de l’Etat résister une semaine de plus aux pressions françaises. Mais, le locataire du Palais de l’unité a laissé se clore la procédure judiciaire. Il a pris le temps nécessaire pour, 7 mois et demi plus tard, faire jouer le pouvoir de grâce que lui confère la Constitution. Cet acte de magnanimité ne concerne pas seulement Michel Thierry Atangana qui dit merci à Paul Biya et avoue lui avoir demandé la grâce. Le Président a élargi sa mesure à plusieurs autres détenus, parfois des dizaines d’anonymes, qui aujourd’hui, respirent l’air de la liberté. C’est le temps du Président.

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