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PAUL BIYA AGACE LA SUISSE

PAUL BIYA AGACE LA SUISSE

De sources proches du Palais fédéral suisse, contrairement à la propagande de la Présidence de la République camerounaise selon laquelle Madame Simonetta Sommaruga, vice-présidente de la Confédération suisse et conseillère fédérale (ministre) en charge du Département fédéral de justice et de police, serait venue au Cameroun pour négocier la libre circulation des diplomates, il faut retenir plutôt que les séjours intempestifs des membres de la délégation pléthorique de Paul Biya (titulaires de passeports diplomatiques et de services) ont été au centre des discussions sous l’emballage de nouveaux accords sur la politique migratoire entre la Suisse et le Cameroun.

En effet, la Suisse n’a aucun intérêt à favoriser la libre circulation des Camerounais titulaires de passeports diplomatiques et/ou de services. La réciprocité, côté suisse, n’a pas d’importance significative pour mériter le déplacement de la Vice-présidente suisse. C’est plutôt le Président camerounais qui a introduit ce sujet de discussion pour les intérêts de sa délégation lors de la rencontre de ce samedi 27 septembre 2014 entre les deux personnalités.

Il faut dire qu’en Suisse et contrairement à la France, c’est le peuple qui dirige (démocratie directe) et qui dicte la conduite à tenir à l’élite qui gouverne. Même si Paul Biya a des amis au sein de l’élite prédatrice suisse, c’est le peuple détient le dernier mot. Ce peuple aujourd’hui est en majorité proche de l’extrême-droite comme dans beaucoup d’autres pays démocratiques. Les principaux partis sont l’Union Démocratique du Centre (UDC, parti nationaliste) au niveau fédéral et le Mouvement Citoyen Genevois (MCG, parti nationaliste) au niveau de l’Etat de Genève.

Les Camerounais qui pensent que Paul Biya est un bon client pour l’hôtel Intercontinental et pour la Suisse n’ont aucune notion de la nouvelle gouvernance mondiale. Personne ne voudrait plus se montrer proche des pétrodollars, des diamants du sang, du blanchiment d’argent et des biens mal acquis, de l’argent de la fraude fiscale, des détournements de deniers publics ou de la corruption, etc. En Suisse, aucun citoyen doté de la fierté et du patriotisme suisse, ne voudrait se laisser dire qu’il vit du fruit de la dictature ou du commerce de la misère. Aucune personne ne voudrait se laisser dire qu’elle vit sous le dos de la pauvreté des Africains ou de l’exploitation humaine. Et dans les ajustements de sa politique du secret bancaire, la Suisse ne veut plus accueillir l’argent susceptible « d’attirer des bruits ».

Il faut plutôt lire dans la rencontre spontanée entre Paul Biya et Simonetta Sommaruga que la presse camerounaise a réussi à interpeller le peuple suisse qui a réagi. C’était d’abord la médiatisation de la présence des forces de sécurité camerounaise en service sur le territoire suisse en vue de protéger Paul Biya au mépris de la loi suisse. D’ailleurs, le site de la Présidence camerounaise annonce que les questions de sécurité ont été au menu des entretiens. C’était ensuite, la semaine dernière, la surmédiatisation de la pétition du Père Ludovic Lado sur l’irresponsabilité sociétale de l’hôtel Intercontinental de Genève en particulier et de la Suisse en général. Ce que le grand public ignore, c’est que le Parlement fédéral suisse (conseil national et conseil d’Etat réunis), siège des prises de décision (régime parlementaire), a été interpellé à travers son président et ses membres du bureau et à travers les membres de la Commission de politique extérieure (CPE). En plus de la presse suisse, les figures de proue de l’UDC et du MCG ont été interpellées. Et ce qui devait arriver, arriva. Le Conseil fédéral (Présidence suisse) a été interpellé à son tour par le Parlement (fort) et la Vice-présidente n’a pas eu d’autre choix que de venir immédiatement en mission au Cameroun (un weekend en plus !).

La Suisse, l’une des 10 meilleures démocraties du monde, est un exemple de démocratie directe qui fait de plus en plus des admirateurs à travers le monde pour la simple raison que le peuple sait défendre ses intérêts. Le secret de l’alternance pacifique au Cameroun se trouve en Suisse. Paul Biya y a tous ses intérêts et il n’ignore pas le traitement que le peuple suisse avait réservé aux intérêts du dictateur Mobutu. Si les Camerounais veulent chasser Paul Biya dans la paix et non dans la rébellion, alors ils doivent poursuivre la médiatisation de la présence intempestive de Paul Biya en Suisse en mettant en avant la non-transparence qui entoure cette dépense publique. En plein 2014-2015, le peuple suisse ne supportera plus que son pays soit perçu comme base arrière pour la dictature féroce. En pleine démocratie, la moindre des choses est que Paul Biya déclare ses biens et qu’il communique de façon transparente sur ses séjours à l’étranger.

Déjà en 2010-2011 suite au scandale financier causé par ses dépenses de vacances insolites à La Baule, Paul Biya avait vu la taille des membres de sa délégation réduite (titulaires de passeports diplomatiques et de services). C’est d’ailleurs ce qui avait expliqué les prouesses des activistes du CODE à Genève à cette époque. Mais, depuis lors, le Président camerounais a trouvé le prétexte du transit en Suisse pour ramener dans ce pays des délégations pléthoriques d’agents de sécurité détenant des accréditations de journalistes. Par exemple, au 13ème Sommet de la Francophonie en 2010, le Cameroun avait 102 journalistes accrédités. Allez-y chercher qui étaient ces journalistes et où ils avaient travaillé.

Aux Camerounais qui se préoccupent de la sécurité de leur Président en Suisse, il est utile de rappeler que la Suisse est un havre de paix depuis 12 siècles où il n’y a pas d’attentats. Les citoyens y mènent une vie paisible et n’ont aucun intérêt qu’une personnalité étrangère comme Paul Biya propage le spectre de l’insécurité. La Suisse tient à sa neutralité et à son image de paix et n’hésite pas à ramer à contre courant pour préserver ses intérêts comme dans le cas du non-respect des sanctions occidentales contre la Russie au sujet de la guerre en Ukraine. Même les Présidents américains (qui ont des déplacements à l’étranger avec un nombre pléthorique d’agents de sécurité) n’ont pas droit à une escorte de plus de 5 voitures en Suisse. Il est interdit de créer l’embouteillage pour troubler la quiétude des populations.

Ce sur quoi la Présidence camerounaise ne communique pas, c’est le point qui stipule que la sécurité en Suisse est placée sous la responsabilité de la police suisse. Vivement que cette mesure soit respectée pour que cela permette au Cameroun de faire quelques économies susceptibles d’être réinvesties dans l’éducation et la santé pour le bonheur des populations nécessiteuses qui ne demandent qu’à mieux vivre chez elles.

 

 

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