camernews-pere-ludovic-lado

Opinion- Ludovic Lado: Sous la soutane, un fantassin dissident

Opinion- Ludovic Lado: Sous la soutane, un fantassin dissident

Après la bataille perdue à l’Ucac, le prêtre catholique a ouvert un nouveau front de guerre.

L’opinion publique, au-delà des frontières camerounaises, découvre un prêtre bousculé jusqu’à ses derniers retranchements lorsqu’il est viré de l’université catholique d’Afrique centrale (Ucac), le 21 juillet 2012. Le Père Tonlieu Ludovic Lado y exerce comme enseignant et vice-doyen à la faculté des sciences sociales et de gestion. Aboutissement d’un bras de fer qui l’opposait à son «patron», Monseigneur Victor Tonye Bakot, archevêque métropolitain de Yaoundé et, surtout, grand chancelier de l’Ucac, institut de Yaoundé. En fait, les évêques membres de l’association des conférences épiscopales de la région de l’Afrique centrale (Acerac), conseil supérieur de l’université catholique d’Afrique centrale basée à Yaoundé sanctionnaient le prêtre pour «faute professionnelle».

En fait, le regroupement des présidents des épiscopats d’Afrique centrale n’avait pas apprécié le fait que Tonlieu Ludovic Lado divulgue, à travers les médias, une demande d’explication à lui servie par Mgr Tonye Bakot. Notamment en ce qui concerne la forte présence des Camerounais et de Bamiléké dans les effectifs de la Faculté des sciences sociales et de gestion. Demande inspirée par ses collègue des autres pays de l’Afrique centrale qui s’offusquaient du trop plein des Camerounais et des Bamiléké à la faculté des Sciences sociales et de gestion de l’Université catholique au détriment des ressortissants des autres pays, alors que tous contribuent «équitablement» aux charges de cette institution universitaire. Sur ce pas de danse aux relents tribalistes, l’archevêque obtient la tête du prêtre. Mais, pas la conscience de ce jeune prêtre jésuite né un 12 novembre 1970 à Bafou dans le département de la Menoua, région de l’Ouest.

Père Ludovic Lado, qui exerce en ce moment en Côte-d’Ivoire, où il est directeur de l’Institut de la Dignité et des Droits Humains d’Abidjan, n’était pas à sa première épreuve de courage. La dernière semble encore plus corsée. Dimanche dernier, Ludovic Lado a initié une pétition pour demander aux responsables de l’hôtel Intercontinental de Genève en Suisse dans lequel séjourne le chef de l’Etat camerounais Paul Biya, lorsqu’il est «en cours séjour privé en Europe» (pour reprendre le traditionnel communiqué du directeur du cabinet civil), de ne plus accueillir leur illustre hôte. Ses mots, pour motiver sa demande, sont aussi virulents que les manifestations du CODE. «C’est scandaleux dans un pays comme le Cameroun où au moins 50% de la population vit dans la pauvreté, avec moins de 700 Fcfa par jour. Un pays où les Camerounais manquent d’eau potable, où ils meurent faute de soins élémentaires…où les enfants à travers le pays fréquentent des écoles en plein air, assis sur le sol, faute de locaux et de bancs...» Ces propos ne constituent qu’une goutte du venin qu’il a émis, au point ou certains observateurs avertis le comparent déjà volontiers à ses aînés, prélats ou prêtres tels que Christian Cardinal Tumi, Mgr Albert Dongmo, le jésuite Engelbert Mveng, Jean Marc Ela, de par son ton dur vis-à-vis du régime de Yaoundé.

Mésaventure

Comme eux, Ludovic Lado s’attaque au système. Notamment à la politique telle que pratiquée avec des règles de jeu toujours questionnables. N’a-t-il pas lancé une campagne dite citoyenne, baptisée «Je veux un autre code électoral» ?

«Pourquoi ne pas enlever sa soutane et enfourcher la tunique de politicien?» demandait encore un chrétien rencontré hier sur le parvis de la cathédrale Notre dame des victoires de Yaoundé. Ludovic Lado n’a sûrement aucune envie de marcher sur les traces de père Aristide, qui fut président d’Haïti, premier pays noir indépendant, situé en Amérique centrale. Père Aristide avait passé 1111 jours au pouvoir. Le prêtre dit vouloir plutôt agir comme membre de la société civile. Et cet entrain, cet élan, il les nourrit depuis son jeune âge. D’ailleurs, le titre du premier ouvrage qu’il publie alors qu’il préparait sa thèse de doctorat à Oxford dans le Royaume Uni est intitulé: «De la déchéance à la dissidence : quel christianisme pour la renaissance du Cameroun ?»

Le docteur en anthropologie sociale, critique par essence, reconnaît être dissident, mais, pas subversif. Sa cible se trouve aussi bien sur le front catholique que politique. En mai dernier, après que Ies autorités ecclésiastiques ont demandé aux fidèles de payer les dettes de l’archidiocèse de Yaoundé, le Père Ludovic Lado a plutôt conseillé à ces derniers d’exiger des explications à l’administrateur apostolique.

L’ancien professeur de philosophie au collège Libermann à Douala et au collège Charles Lwanga de Salir au Tchad avait accusé en 2011 les prélats camerounais de connivence avec le pouvoir, après l’élection présidentielle. Sur ce sujet, le prêtre dissident trouva une riposte. Notamment celle du sociologue Pierre Titi Nwel, membre du Conseil électoral d’Elections Cameroon (Elecam). Pierre Titi Nwel écrit : «Le Père Lado n’engage pas un débat de fond. Il reste à la surface du problème qu’il soulève, se contentant, pour chagriner une trentaine de prélats, de moduler ses idées sur les lieux communs qui meublent les représentations collectives, tels que l’exigence de la «neutralité politique de l’Eglise».

Dans une tribune libre parue dans Le Messager en son temps, Pierre Titi Nwel disait du Père Lado qu’il «n’entend participer au vote que lorsqu’il est certain que son candidat ou son parti va l’emporter. Combien de Camerounaises et de Camerounais a-t-il entraîné dans cette mésaventure ? En démocratie, on vote pour exprimer son point de vue, son choix, son ras-le-bol s’il le faut (…). Faute de le savoir ou de l’accepter, l’anthropologue nous introduit dans l’univers magique où le contraire produit son contraire: le refus de la compétition électorale aboutit à la démocratie!».

Quand ce ne sont pas ses confrères qui reçoivent ses coups de griffes, c’est le régime de Yaoundé, incarné par son chef, Paul Biya. Lors de la visite de ce dernier au Vatican le 18 octobre 2013, Ludovic Lado signe une tribune libre qu’il titre, «Ce qu’on n’a pas dit au Pape». Il écrit: «On n’a pas dit au Pape François que le Cameroun est un pays riche mais dont les habitants sont Très Pauvres et Très Endettés à cause du déficit d’éthique et de gouvernance. Oui, nous n’avons pas osé enlever nos visages et révèle tels qu’ils sont. » Père Tonlieu Ludovic Lado a peut-être eu le courage d’oser.

 

 

camernews-pere-ludovic-lado

camernews-pere-ludovic-lado