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Opération épervier: Comment Amadou Ali arrosait les magistrats

Opération épervier: Comment Amadou Ali arrosait les magistrats

Dans une correspondance, l’ex-ministre de la Justice détaille la répartition des 300 millions de F.Cfa alloués par la présidence de la République.

Entre octobre 2010 et février 2011, une bonne partie des 300 millions de F.Cfa débloqués par la présidence de la République a été partagée entre plusieurs magistrats. Ils avaient travaillé ou travaillent encore sur les dossiers de l’opération Epervier. C’est en tout cas ce que révèle une correspondance d’Amadou Ali, rendant compte au Président de la République, Paul Biya, de l’usage et de la répartition des fonds mis à disposition «en appui à la lutte contre la corruption, le détournement de deniers publics et le blanchiment d’argent». La révélation a été faite par les confrères de L’œil du Sahel dans leur édition du 9 novembre 2013.

Face au silence général, la publication du contenu de la lettre d’Amadou Ali a le mérite de donner aux Camerounais un aperçu de ce qui est fait de leurs impôts, eux à qui les dirigeants rendent si peu compte, surtout sur la gestion de l’argent qui gravite autour de cette nébuleuse. Mais il paraît plus opportun de s’interroger sur les raisons du déblocage des 300 millions.

Me Bernard Keou, avocat au barreau du Cameroun, y voit a priori, des primes payées à des fonctionnaires qui, certes perçoivent un salaire, mais ont été sollicités pour un travail supplémentaire, de loin plus ardu. Faut-il alors rappeler que les magistrats doivent éplucher ou monter de volumineux dossiers et conduire des audiences parfois durant des nuits entières.

«L’argent débloqué par le Président de la République est un denier public comme tout autre. Il doit correspondre à une ligne de dépense. C’est pourquoi on parle d’opportunité de la dépense. Il revient à l’ordonnateur de justifier la dépense qui doit être prévue dans une ligne budgétaire», poursuit Me Kéou. A bien le comprendre, il y a un fondement au déblocage des 300 millions qui représentent alors, les émoluments ou un encouragement à ceux qui sont mobilisés pour l’opération Epervier. Et si justificatif doit être apporté, il revient à l’ordonnateur de la dépense de le faire, donc au Président Paul Biya.

Deux poids deux mesures

Si l’argent distribué est un encouragement au travail, sa répartition semble bien curieuse. En effet, des sommes dérisoires ont été payées aux magistrats du parquet qui ont pour tâche de monter les dossiers d’accusation sans être ceux qui jugent. Ainsi, Jean Datchoua, Ndanga Dogoua, Maurice Soh ou encore Fabo Onana ont chacun touché 100.000 F.Cfa. Or, les magistrats du siège, ceux-là mêmes qui décident de l’issue des procès, ont reçu des enveloppes plus conséquentes. Mvondo Evezo’o, à l’époque président de la Cour d’appel du Centre, a émargé à hauteur de 16.900.000 F.Cfa. Il a été ensuite promu directeur des Affaires pénales et des Grâces au Minjustice. Gilbert Schlick, qui demeure le président du Tribunal de grande instance du Mfoundi, a, quant à lui, perçu 6.750.000 F.Cfa.

Il faut se souvenir que ces magistrats ont reçu l’argent de l’Etat qui est en même temps, le plaignant dans les affaires de l’Epervier. On peut alors déduire qu’il soit ensuite difficile de prononcer des jugements contre cet Etat et donc de donner tort à Paul Biya qui avait annoncé que les détourneurs de fonds publics rendraient gorge, et s’est ensuite montré généreux envers la Justice. On soupçonne une pression en douce, même si en réalité de simples ordres auraient suffi pour mettre les magistrats au pas. Aussi craint-on que la Justice soit influencée, car jusqu’ici, aucun ancien membre du gouvernement, aucun ex-directeur général arrêté n’a été ensuite libéré. Bien qu’acquitté devant le Tgi du Mfoundi, Jean-Marie Atangana Mebara n’a jamais été libéré malgré la signature du mandat de levée d’écrou.

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