Opération Epervier: Comme une empreinte qui plane

La France ne lésine pas sur les moyens pour la libération de la Franco-camerounaise Lydienne Eyoum, comme c’était déjà le cas pour Michel Thierry Atangana.

Dans le menu des échanges entre le président camerounais, Paul Biya et son homologue français, François Hollande, le 3 juillet prochain, sera certainement inscrit le dossier Lydienne Yen Eyoum. Cette avocate franco-camerounaise dont la condamnation à 25 ans de prison a été confirmée le 9 juin dernier par la Cour suprême du Cameroun. Rendant ainsi définitive et exécutoire, la sentence du 26 septembre 2014 du Tribunal criminel spécial (Tcs) du 22 décembre 2004, qui condamnait l’avocate à 25 ans de prison pour détournement de la somme de 1,077 milliard Fcfa.
Me Caroline Wasserman, avocat de Mme Eyoum en France a d’ailleurs entrepris des démarches pour que le sujet soit inscrit dans l’agenda «serré» du président de la France. Le 24 juin dernier, Me Wasserman a rencontré la conseillère Afrique de l’Elysée à Paris. L’annonce faite par le journal édité à Paris «La lettre du continent» le 23 juin dernier,

indiquait que le processus visait à plaider à un plus haut niveau pour la libération de l’avocate de nationalité française et d’origine camerounaise.
Un plaidoyer qui vient corroborer le rapport publié le 9 juin dernier par le groupe de travail sur la détention arbitraire de l’Organisation des Nations Unies (Onu). L’organe onusien s’est penché sur le cas de l’avocate, concluant à une «détention arbitraire». Une conclusion fondée sur plusieurs faits: «Me Lydienne Eyoum a été arrêtée en janvier 2010 sans aucune notification des raisons d’une telle arrestation. La durée de la détention de Me Eyoum à la prison centrale de Yaoundé (plus de 4 ans) n’a pas respecté le délai légal qui est de 18 mois selon la loi camerounaise». Des affirmations qui vont provoquer la sortie médiatique du ministre de la Communication du Cameroun, Issa Tchiroma Bakary, en date du 12 juin dernier «notre pays est pris en tenaille par certains organismes internationaux qui pointent un doigt accusateur sur notre système judiciaire coupable, selon eux, de détention arbitraire à l’égard de Madame Yen Eyoum», a dénoncé le Mincom qui joint au téléphone quelques jours avant par radio France international a indiqué «tous les droits de Me Lydienne Eyoum ont été respectés».

Traitement équitable
Une déferlante médiatique et diplomatique qui fait penser au cas de Michel Thierry Atangana libéré le 24 février 2014 à la faveur du décret présidentiel du 18 février 2014 portant commutation et remise de peines d’une certaine catégorie de prisonniers. Un décret présidentiel signé, pour plus d’un, pour sauver la face. Surtout que le Mincom n’a pas cessé d’invoquer «la souveraineté» de l’Etat qui ne saurait se plier aux exigences du Mécanisme thématique du conseil des droits de l’Homme de l’Onu qui n’émet que «des avis et recommandations». Toujours est-il que l’expert financier franco-camerounais, Thierry Atangana a été libéré après l’avis 38/2013 adopté le 13 novembre 2013, du Groupe de travail. Qui déclarait: «Michel Thierry Atangana a été détenu arbitrairement pendant 17 années, dont 15 au secret. Il a fait l’objet d’un procès inéquitable et a été condamné 2 fois, à une peine de 15 ans et de 20 années d’emprisonnement pour le même fait».
Après sa sortie, et une fois retourné en France, l’ancien prisonnier du Secrétariat d’Etat à la défense (Sed), dans une interview à Rfi, le 28 février 2014 a interpellé la France pour qu’elle se penche également sur le cas de Lydienne Eyoum, franco-camerounaise comme lui, qui est toujours détenu à Kondengui. Il a d’ailleurs mis sur pied un groupe de soutien à Mme Eyoum. Dans une correspondance datée du 21 janvier 2013, François Hollande écrivait à Michel Thierry Atangana alors incarcéré au Sed. « […] Moi-même je ne manquerai pas, lors de mes prochains contacts avec mon homologue camerounais, de lui dire à nouveau l’importance que j’attache à ce que votre cas fasse rapidement l’objet d’un traitement équitable». Cette visite pourrait être l’occasion pour François Hollande de réitérer son «attachement pour un traitement équitable». Mais cette fois en faveur de Lydienne Eyoum.