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OPÉRATION EPERVIER : BERNARD MESSENGUE AVOM ENTENDU AU TCS

OPÉRATION EPERVIER : BERNARD MESSENGUE AVOM ENTENDU AU TCS

Soupçonné de détournement de deniers publics, depuis hier, 20 novembre, l’ancien ministre des Travaux publics fait l’objet d’une enquête judiciaire.

Il est resté fidèle à ses costumes gris croisés-pochette comme du temps où il était membre du gouvernement. Bernard Messengue Avom, ancien ministre des Travaux publics et son avocat, Me Ebah Manga sont arrivés hier, 20 novembre, dans les locaux du Corps spécialisé des officiers de police judiciaire du Tcs vers 11h. Ils ne sont ressortis de là qu’à 16h30, les traits tirés, visiblement épuisés. Messengue Avom et son conseil sont raccompagnés à la sortie par le commissaire divisionnaire Enyegue Mbolong, chef de la division de l’unité des enquêtes du Tcs, après cinq heures d’audition.

Rien n’a filtré de l’interrogatoire de Bernard Messengue Avom. D’après nos informations, suite aux soupçons de malversations financières autour de la construction de la route Ayos-Bonis, relevées dans le rapport 2011 de la Conac, une enquête policière a été ouverte. D’où la convocation de Bernard Messengue Avom, à l’époque des faits, ministre des Travaux publics. Cette enquête judiciaire survient trois ans après le rapport de la Conac qui avait clairement épinglé Bernard Messengue Avom.

Garga Haman Adji

En effet, la construction de la route Ayos-Bonis a été divisée en deux lots. Le lot n°1 couvre la distance Ayos-Abong Mbang, soit 88 kilomètres. Le marché a été attribué à l’entreprise Pantechniki pour un montant global de 17,935 milliards FCfa. Le second lot va d’Abong-Mbang à Bonis, soit 103 kilomètres. Le marché a été attribué au groupement Pantechniki/Edok Eter pour 21,610 milliards FCfa. Le rapport de la Conac montre de nombreux dysfonctionnements, aussi bien dans l’attribution des marchés que dans la conduite des travaux. « La mission de la Conac a relevé une collusion certaine de l’entreprise avec un certain nombre de responsables et agents du maître d’ouvrage (ministère des Travaux publics, ndlr », mentionne le rapport.

Cette collusion, d’après la Conac a entraîné des incongruités. Il s’agit par exemple : de la prolongation infinie des délais contractuels de construction de la route, qui sont passés de 25 mois à 66 mois pour le premier lot, et de 30 mois à 56 mois pour le second. La mission de la Conac constate que cette prolongation des délais a entrainé des rallonges successives dont le montant global se chiffre à plus de 932 millions FCfa pour les libéralités faites par l’entreprise à certains fonctionnaires du ministère des Travaux publics et à 25,2 milliards FCfa au titre des surfacturations, paiements en trop et paiements erronés au détriment de l’Etat. Ce qui fait en tout 26,1 milliards FCfa.

S’agissant des 41 mois cumulés de retard pour les deux lots, « curieusement, jamais l’entreprise n’a été sanctionnée par des pénalités de retard pourtant prévues au marché. Ce qui a entraîné un préjudice au détriment de l’Etat équivalent à 4,9 milliards FCfa. Un véritable cadeau  offert à l’entreprise par l’équipe du ministère chargée du projet », indique la commission Garga Haman Adji. La Conac constate aussi que l’entreprise a réussi à faire passer, sans payer la douane, tous les matériels du lot n°2 non exonérés d’une part, et une dissimulation dans ses déclarations d’extraction des matériaux de carrière qui lui a fait bénéficier au détriment de l’Etat 71,737 millions FCfa.

Principe du contradictoire

Ce rapport de la Conac est rendu public en février 2011. Bernard Messengue Avom réagit en novembre 2011. À travers un communiqué, il rejette les affirmations de la Conac concernant des malversations financières et des détournements de fonds dans le chantier de l’axe routier Ayos-Bonis. « Depuis le mois de février 2011, un rapport de la Conac faisant état de malversations financières et de détournements de fonds publics par le personnel du ministère des Travaux publics est largement diffusé sur les médias tant publics que privés.

Les sommes mises en cause seraient de l’ordre de plusieurs milliards de Fcfa». Dans son communiqué, Messengue Avom signale qu’au cours de l’exercice 2010, deux missions, dont l’une conduite par Hamadjoda Hadjoudi, portant sur le contrôle des procédures de passation des marchés publics, et la seconde, dirigée par Garga Haman Adji qui visait le projet de construction de la route Ayos-Bonis, ont séjourné au ministère des Travaux publics.

D’après l’ancien ministre, bien que toute la documentation concernant ce projet ait été transmise aux équipes de la Conac, « le ministère des Travaux publics n’a jamais eu ni connaissance de ce rapport, ni n’a été amené à s’expliquer sur les faits observés par cette mission, en violation du principe du contradictoire en vigueur en pareille circonstance». Pour Messengue Avom, l’inobservation de ce « principe pourtant public, entraîne la nullité de toutes les procédures ».

 

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