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Obsèques de Mme Mboutchouang Rosette Marie : Des hommes du régime se ridiculisent

Obsèques de Mme Mboutchouang Rosette Marie : Des hommes du régime se ridiculisent

Avec le décès de la mère de la première Dame, Maire de la Commune de Bangou, belle mère du président de la République, l’opinion publique a eu à se régaler de la dérive flagorneuse, et monarchique des plus proches collaborateurs du président de la République. Faisant couler encre et salive à profusion.

LA DERNIÈRE EN DATE est le traitement de l’information par le journal à capitaux publiques, Cameroon-Tribune qui a non seulement consacré sa grande Une de l’édition du lundi 20 octobre 2014, aux obsèques, mais encore, consacré 6 pages pour cette information dont il était publié un communiqué, un article ou une contribution des laudateurs qui voulaient se mettre en exergue. C’est le cas de la grande tribune signée du directeur adjoint du Cabinet civil de la présidence de la République, Joseph Le.

Une tribune libre de celui qui est par ailleurs Président du conseil d’administration (Pca) de ce journal et dans laquelle, il magnifiait la défunte. En revanche, lorsqu’il s’est agi de la presse à capitaux privés de traiter la même information sous une autre couture, alors les  panégyriques du régime au pouvoir ont trouvé une belle occasion pour sortir du bois et manifester aussi leur dithyrambe, là où ils auraient mieux fait de se taire. Et ceci non sans vouloir se positionner, cette fois en défenseur, mais alors de piètre défenseur des causes perdues, pire de l’indéfendable.

C’est le cas de Grégoire Owona, Ministre du Travail et de la Sécurité Sociale, par ailleurs Secrétaire général adjoint du comité central du Rdpc, parti au pouvoir, qui, dans une «Lettre ouverte à la presse camerounaise» publiée le 18 octobre 2014, a eu la prétention de «recadrer» les «surenchères de toutes sortes», relayées par des médias camerounais autour des obsèques de Rosette Mboutchouang, née Ndongo Mengolo, mère de la première dame Chantal Biya, belle-mère du chef de l’Etat Paul Biya et Maire de la Commune de Bangou. Dans son «plaidoyer pour plus de respect face à la mort», et en réaction à ce qu’il qualifie de «sarabande des charognards de tous bords qui tiennent à faire d’un événement privé, que les principaux concernés ont tenu à vivre ‘dans la plus stricte intimité’, une source d’invectives voire d’inutile confrontation», Grégoire Owona invite «[ses] Amis et [ses] Ennemis de la presse camerounaise» à «rester décents, dignes et sereins pour l’accompagnement de cette grande Dame».

Une sortie «injurieuse et prétentieuse» qui n’a pas laissé indifférent les professionnels des médias. Pire qui a suscité, depuis le week-end dernier, à travers les émissions de débats radiophoniques et audiovisuelles, des vives réactions aux allures de volets de bois verts qui sont partis de toutes parts. Le Syndicat national des journalistes du Cameroun (Snjc) n’était pas en reste. Dans un communiqué publié hier lundi 20 septembre 2014, le Snjc tout en se prosternant devant la mémoire de la défunte et en adressant ses plus sincères condoléances à la famille si durement éprouvée, constate, pour le déplorer, que :

  • – la sortie médiatique de Grégoire Owona est à la fois indécente et inopportune ;
  • – les médias camerounais ne sauraient être les souffre-douleur, encore moins le paillasson, d’opportunistes zélés en mal de positionnement ; les médias camerounais ne sauraient être comptables des turpitudes d’un système incapable, sur le plan communicationnel, d’anticiper sur les événements ;
  • – le Secrétaire général adjoint du Comité central du Rdpc, en croyant donner des leçons d’éthique à la presse, se place lui-même dans un champ licencieux qui l’éloigne de la commisération qu’il promeut pourtant face à la mort ;
  • – sauf à vouloir infantiliser les médias, la divergence d’opinions participe bien de la démocratie dont le Rdpc s’est fait le chantre dans notre pays.

Condamnation des thuriféraires du régime Biya

Par la suite, le Snjc, tout en appelant les journalistes camerounais à plus de professionnalisme condamne une tentative d’instrumentalisation des médias susceptible de jeter le doute et le trouble dans les esprits ; conseille à Grégoire Owona de respecter lui-même le caractère «privé» et de «stricte intimité» de ce deuil, tel que voulu par la famille de la disparue ; et appelle le Secrétaire général adjoint du Comité central du Rdpc à ne point profaner la mémoire de Rosette Mboutchouang, née Ndongo Mengolo.

Il y a aussi eu cette sortie malencontreuse du ministre de la Communication (Mincom), Issa Tchiroma Bakary, par ailleurs Porteparole du gouvernement, qui s’est aussi vu pousser les ailes en allant justifier le choix du couple présidentiel d’inhumer leur mère et belle-mère à Mvomeka’a plutôt qu’à Badenkop, le village d’origine de son époux. Un choix qui a suscité une avalanche de critiques, au point que le Mincom a fait une sortie dans l’émission «Dimanche Midi» du poste national de la Cameroon Radio Television (Crtv), dont il est le Pca, pour arguer que : «Quand le Chef de l’Etat se déplace, c’est toute la République qui se déplace.

Est-ce que Bangou (Commune qui englobe le village Bandekop) est en mesure de recevoir 10 000 personnes ? Est ce que Bangou offre des possibilités pouvant permettre au Chef de l’Etat d’y passer la nuit ? Est-ce que vous savez que pour qu’il aille làbas, il faut réhabiliter l’aéroport de Bafoussam ? N’oubliez pas que nous sommes en guerre contre Boko Haram et c’est une source budgétivore. Où allons nous trouver de l’argent pour investir ou réhabiliter les aéroports, construire peut être un hôtel, améliorer des résidences, améliorer les routes ? Où aurions nous trouvé de l’argent alors que nos compatriotes sont entrain de livrer bataille, et pour certains perdre la vie ? Ce que je dis de Bangou, l’est tout autant pour Nanga Eboko.

C’est pour cette raison que la résidence du chef de l’Etat à Mvomeka’a, qui offrait un minimum, était toute indiquée. Donc, tous ceux là qui font ce procès, sont de très mauvais procureurs…» Balivernes ! Et très vite ses contradicteurs sont sortis du bois pour répliquer qu’Issa Tchiroma a confirmé à demi-mot que Paul Biya n’a rien fait pour son pays en 32 ans. «Si Bafoussam qui est la troisième ville du Cameroun n’a pas d’aéroport capable de recevoir un avion c’est très grave, si l’Ouest n’a pas de résidence capable d’accueillir un président c’est encore très grave, si l’Ouest n’ a pas d’hôtels capables d’accueillir les moutons qui accompagnent le roi c’est plus que grave. C’est un aveu d’échec que vient de nous lire Issa Tchiroma.», souligne Patrice Nganang.

Et de conclure par cette interpellation : «Démissionnez donc». Leçon de chose : les flatteurs pensent rarement tout bas ce qu’ils disent tout haut. On peut déjà entrevoir les futurs «girouettes» qui viendront clamer avec la même verve que l’on observe aujourd’hui qu’ils n’ont jamais cru à ce qu’ils disaient. Mieux qu’ils fussent obligés de le faire… En tout cas de Bokassa, à Ahidjo en passant par Mobutu ou Idi Amin Dada, les exemples permettant de renforcer la célèbre citation: «tout flatteur vit au dépens de celui qui l’écoute» sont légion.

 

 

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