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Nomination des Directeurs généraux : L’équilibre régional rompu au détriment du Grand Sawa

Nomination des Directeurs généraux : L’équilibre régional rompu au détriment du Grand Sawa

Deux dirigeants d’entreprises publiques et parapubliques de souche Sawa ont été démis de leurs fonctions, en l’espace d’un mois. Leurs successeurs proviennent d’une autre aire géographique. Toutes choses qui confinent ladite communauté au rôle de faire-valoir.

POUR AVOIR FAIT de l’équilibre régional l’un des critères de choix des responsables à divers échelons, le pouvoir a ancré des convictions : celles selon lesquelles les nominations obéissaient jusqu’alors à un simple jeu de chaises musicales. Si cela le demeure pour certaines composantes sociologiques nationales une réalité indubitable, pour la composante Sawa par contre, elle en est à expérimenter la perte progressive des rares strapontins qui lui étaient concédés. Une saignée entamée à l’orée des années 80 où elle perdit le contrôle de la Scdp avec l’assassinat de feu Nguea Lottin et qui s’est poursuivie depuis lors dans d’autres secteurs et même au sein du gouvernement.

Et depuis deux ans, cette saignée s’est empirée avec respectivement le limogeage suivi de l’arrestation de Charles Metouck alors Dg de la Sonara, avant qu’il y ait quelques jours, Frédéric Mbotto Edimo batte le record de furtivité à la tête de la Camair-Co, aussitôt suivi du départ depuis hier de Jean David Billé d’Aes Sonel. Loin de constituer les seuls cas de limogeages de Sawa non assortis de la nomination aux fonctions qui étaient les leurs d’autres Sawa, laisse supposer qu’il n’existerait point suffisamment de cadres issus de cette composante sociologique ou pire, qu’elle paierait de fait son militantisme timoré au sein du parti au pouvoir, portée qu’elle est à la critique poignante de tout ce qui participerait de quelque forme d’injustice ou pire, d’abus.

I- Le lourd tribut de l’intégrité

Analyse faite cependant, il est une constance selon laquelle peu enclins aux compromissions, les cadres de cette composante sociologique ont tôt fait de se mettre à dos les adeptes des manoeuvres rédhibitoires. Et dans ce registre singulier, le cas le plus patent est très certainement celui de la Camair-Co où Frédéric Mbotto Edimo a simplement fait les frais de son intégrité, en refusant de jouer le jeu de certains administrateurs de cette compagnie aérienne qui entendaient l’amener à leur octroyer des droits indus et autres avantages exorbitants que n’autorise pourtant pas la trésorerie de la compagnie. En refusant de s’y faire, ces derniers ont recouru au stratagème de son incapacité à implémenter son propre business plan.

Pourtant, ces mêmes administrateurs se seraient refusés d’y apposer leur aval afin de libérer conséquemment les disponibilités financières pour ce faire. A peine sorti de ce choc, le Grand Sawa se voit littéralement asséné un autre coup de poignard dans le dos avec l’éviction de Jean David Billé du poste de Dg d’Actis au profit de Joël Nana Kontchou. Si l’argument mis en exergue est celui du changement de partenaire stratégique, on comprend mal que le repreneur d’Aes Sonel n’ait point intégré la réalité sociopolitique nationale articulée sur le fameux équilibre régional à préserver. Et sauf de croire que les Anglais n’aient pas trouvé mieux que dans le giron sociologique duquel est issu Joël Nana Kontchou, il y a tout de même lieu de s’interroger sur la saignée que subit depuis peu le Grand Sawa.

II- Le développement d’un nouvel axe sociopolitique

POUSSANT PLUS loin notre analyse, nous observons depuis peu la montée en puissance de la région de l’Ouest dans toutes les composantes sociopolitiques nationales. Un peu comme si l’on voudrait passer de l’axe nord-sud d’alors à celui désormais de mise entre le sud et l’Ouest. Et pour cause … En optant pour la surenchère politicienne depuis peu, le pouvoir central a progressivement concédé la part belle à l’Ouest, question de compenser en temps opportun le poids sociopolitique des régions septentrionales qui ont cru y fonder certaines de leurs revendications. Et ce n’est certainement pas anodin de constater que cette région est depuis peu au-devant de la scène, qu’il s’agisse des excroissances du pouvoir ou ce qui en tient lieu ou des structures de production.

On la retrouve ainsi au Sénat, au secrétariat général du comité central du Rdpc, dans les grandes entreprises à l’instar d’Edc, Actis, Camair-Co, mais surtout dans les groupements professionnels et consulaires tels le Gicam, Ecam, Chambre de Commerce… En somme, autant la région de l’Ouest en est à développer littéralement une stratégie d’encerclement, autant en retour elle s’est muée en vivier électoral nouveau du parti au pouvoir entrainant ainsi le net recul du Sdf  et dans une moindre mesure celui de l’Udc.

Un peu pour confirmer la maxime selon laquelle pas d’intérêt, pas d’action. Dans le même temps pourtant, le pouvoir ne s’est guère offusqué d’alimenter quelque démagogie en clamant la protection des minorités. Mais peut-on valablement le faire en marginalisant les mêmes minorités ?

III- Le lobbying déficitaire du Ngondo

LONGTEMPS REDOUTÉ le Ngondo, entendez l’assemblée des Chefs traditionnels du Grand Sawa, s’est progressivement mué en affidé du régime. Toute chose qui en a altéré les moyens de pression à l’encontre du pouvoir. Dès lors, le Ngondo en est littéralement à se plier en quatre pour obtenir quelque faveur du même pouvoir qui n’hésite pourtant pas à le mettre à contribution pour rallier à sa cause, des populations plus enclines à le honnir. Sinon, comment comprendre le caractère désormais itératif du confinement de cette composante sociologique à une portion extrêmement congrue, parlant des postes de responsabilités ?

Peut-être voudrait-on faire croire à cette même communauté sociologique qu’elle ne compte en réalité que pour du beurre qui fond aussitôt au soleil. L’allégorie peut paraître exagérée à bien d’égards mais la rapportant au rôle que devrait jouer le Ngondo, on en vient à croire que celuici ait perdu toute son influence et ne puisse conséquemment pas exprimer clairement ses desiderata. Si cela était, alors il ne fait point de doute qu’il est déficitaire en matière de lobbying et  pourrait conséquemment être assimilé à quelque adepte du stoïcisme qui croit uniquement au destin. Or, il dispose pourtant de moyens pour à défaut de forcer le même destin, de lui donner plus de hauteur. Mais démissionnant en matière de positionnement des siens, le Ngondo présente plutôt la pâle image d’un panier de crabes où egos exacerbés et luttes de préséance sabordent l’indispensable symbiose.

IV Laurent Esso, le dernier mohican

Cameroun,Cameroon - Nomination des Directeurs généraux : L’équilibre régional rompu au détriment du Grand SawaTOUTEFOIS, la longévité exceptionnelle de Laurent Esso dans le sillage du pouvoir constitue un cas inédit. Mais désormais desservi par l’âge et plutôt esseulé, il ne peut opposer aux autres composantes sociologiques, le poids requis pour influencer quelque décision. Dans un tel contexte, il devient difficile d’envisager quelque renaissance du Grand Sawa dans les arcanes du pouvoir ou de ce qui en tient lieu.

Pire encore, en libérant contre son gré des postes de responsabilités, cette composante sociologique concède aux autres la possibilité d’étendre davantage leur influence, comme semble le faire depuis peu celle de l’Ouest à son détriment. Aussi en vient-on à se demander, eu égard à l’imminence d’un remaniement ministériel longtemps attendu, quelle serait la part du gâteau national qui sera réservée au Grand Sawa ?

Assistera-t-on à des compensations des postes perdus ou perpétuera-t-on la saignée avec les départs plausibles de Laurent Esso mais aussi de Pierre Moukoko Mbonjo ? Autant de questions qui restent pendantes et qui de fait confortent la position de dernier mohican de Laurent Esso, fort de l’étroitesse des relations qui sont les siennes avec le Prince. Mais connaissant la capacité de revirement de ce dernier, loin de constituer quelque surprise désormais, le Grand Sawa part inéluctablement désavantagé à plus d’un titre, quand bien même entre supputation et réalité, il subsiste un important gap que seul maîtrise le Prince. Comme  quoi, nous ne perdons rien à attendre.

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